Dernière mise à jour le 18 mai 2024
La rhétorique, c’est son truc. Surtout quand il la démonte comme un enfant un peu brise-fer son dernier cadeau de Noël. Clément Viktorovitch passera à la moulinette les discours politiques le 14 mars 2025 au Vinci de Tours. Une mise en situation pour mettre à nu les « communicants » qui gouvernent nos esprits. Aux grands mots, les grands remèdes.
Les mauvais esprits diraient qu’il faut un certain culot pour donner des leçons de français quand on s’appelle Clément Viktorovitch. Outre que ce serait malvenu, ils auraient tort. Clément Viktorovitch est né à Saint-Denis, dans le 93, comme on dit, et sa maman était institutrice, ce qui explique peut-être quelque chose.
Pas sûr car, en ce temps-là, le gamin voulait devenir astrophysicien. D’où un bac scientifique. Allez savoir pourquoi, c’est à la galaxie des mots qu’il va finalement s’intéresser. On le retrouve donc à Science-Po (où il reviendra plus tard comme prof), puis à la Sorbonne.

Là, il fait fort, et pas très grand public : un mémoire sur Le mariage et la sexualité des clercs à l’époque mérovingienne. On en imagine devant leur écran qui se demandent s’ils ne vont pas revendre leur billet… Pas de panique, on va vite sentir venir le vent.
Touche-à-tout, on le retrouve à la Sorbonne pour une thèse intitulée Parler, pour quoi faire ? : la délibération parlementaire à l’Assemblée nationale et au Sénat. C’est déjà mieux (enfin, pour ceux qui ont pris leurs places) et les plus assidus peuvent lire la chose ici.
On y découvre que le thésard a constaté que “les théories de la démocratie délibérative admettent deux modèles » et que “son influence sur la législation demeure limitée, sans être pour autant négligeable. » Tiens, tiens, on approche.
Les idées au micro ondes
Normalement, quand on balade un truc comme ça dans sa besace, on file droit vers l’enseignement. Ce sera le cas de Clément Viktorovitch, avec un petit passage sur le terrain via un poste d’attaché parlementaire. Mais la transmission grand format le titille. Youtubeur avant l’heure, il s’offre carrément Aequivox, une “université populaire en ligne” grâce à laquelle il commence à expliquer aux citoyens électeurs l’art et la manière de ne pas tomber dans le panneau, surtout quand il est brandi par les politiques. On se rapproche de L’art de ne pas dire, le spectacle qu’il donnera au Vinci de Tours en mars 2025.

Le néo-Démosthène s’accroche bientôt à des micros plus « mainstream ». Débuts un brin surprenants pour quelqu’un dont les idées, c’est évident pour beaucoup, flirtent avec la gauche, ce qu’il n’avoue pourtant jamais : « Je ne me définis pas comme de gauche, je ne suis l’homme ni d’un parti, ni d’un camp. » (France-Info). Bon, on veut bien, mais force est de constater que, s’il « ne conteste pas la ligne politique des personnes mais leur argumentation », il navigue plus entre les Charybde de tribord que les Scylla de bâbord.
Débuts surprenants, donc, parce qu’ils se font sur le plateau de Pascal Praud, antithèse cathodique du discours honnête et mesuré. Devenu, aux yeux de certains, la caution de gauche de l’animateur, qualifié d’islamo-gauchiste de service par Télérama, le « bobo gaucho » persiste et signe, affirmant être libre de dire ce qu’il veut et de renvoyer dans les cordes les blablateurs de tout (mauvais) poil.
Cela lui vaut de recevoir un “Bobard classique” en 2019 pour avoir affirmé sur CNews « qu’il n’y pas d’immigration massive ». Il peut en être fier, puisque ces « récompenses » proviennent d’une association très identifiée extrême-droite. On a les détracteurs que l’on mérite…

Cela dit, la qualité de son travail et le sérieux de ses connaissances peuvent être reconnues par ceux-là même qui sont en désaccord avec lui, dès lors qu’ils savent aller au-delà de la simple diatribe (« Le rhétoricien finalise le tableau avec l’usage du stratagème numéro 11 d’Arthur Schopenhauer qui, dans son livre « l’Art d’avoir toujours raison », préconisait de présenter ses conclusions comme des faits. Carton plein. » – Atlantico). On peut donc lire dans Causeur un excellent article qui démonte l’approche de Clément Viktorovitch tout en saluant son travail (« Quelqu’un qui cite Cicéron et qui porte les lunettes de John Lennon ne peut être totalement mauvais ».)
L’autrice, Ingrid Riocreux, dont le CV n’a rien à envier à celui de Clément Viktorovitch, spécialiste de rhétorique elle aussi, reproche au tribun de donner une image de la discipline plus proche de la manipulation que de la science de la parole. « Saint Augustin disait qu’il ne fallait pas abandonner l’usage de la rhétorique aux méchants » rappelle-t-elle, tout en nuançant, « mais donner l’impression que seuls les méchants font usage de la rhétorique, c’est biaiser, chez nos auditeurs, la réception des propos en fonction des orientations idéologiques de celui qui s’exprime. » Bien vu et bien dit, et digne d’être analysé par Clément Viktorovitch, ce qui a sûrement été le cas…
Mais la liberté, surtout de ton, n’a qu’un temps, et l’on va vite le retrouver sur des ondes plus calmes et plus fiables, de Canal+ (pré-Bolloré) à Quotidien, en passant par France-Info. Et sur les rayons des librairies avec Le pouvoir rhétorique, sous-titré La parole est une arme.
L’envers du discours
Démonstration par l’absurde, ou presque, d’autres diront par une représentation de la réalité, avec le spectacle que Clément Viktorovich présentera au Vinci de Tours au printemps 2025. Soit le conseiller en communication d’un président de la République soudain touché par la grâce et décidé à « dévoiler tous les secrets qu’ils ont utilisés pour conquérir le pouvoir ». Bon, en la circonstance, la grâce passe par le fait de s’être fait virer, ce qui n’est pas vraiment une preuve absolue de probité, mais le résultat est là : le conseiller va tout déballer, ce qui permettra accessoirement d’éviter aux plus radins l’achat du livre de Clément Viktorovitch.

Le personnage ─ et le spectacle par voie de conséquence ─ s’interroge : « Et si l’art qu’il a pratiqué n’avait finalement rien d’anodin ? Au fil des dissimulations et des manipulations, ce qui a été perverti, ne serait-ce pas, en réalité, le sens même de la démocratie ? »
Bonne question, qui fera penser à ………….. (remplacer les pointillés en fonction de ses convictions) et qui mériterait d’être analysée par tout-un-chacun à l’approche des scrutins offerts à une société qui, trop souvent entend sans écouter, et qui confond conviction avec idolâtrie.
Comme le dit Clément Viktorovitch : « L’art de convaincre est un pouvoir trop grand pour ne pas être partagé ! » Dont acte.
Au palais des congrès Vinci de Tours, le vendredi 14 mars 2025 à 20h30.
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