Charlot et le temps
(de l’art) moderne

Entrée du public à plutôt l’habitude de s’attarder devant les cimaises tourangelles. Mais l’exposition du Musée de Nantes, Charlie Chaplin dans l’œil des avant-gardes, mérite que l’on fasse le voyage et une entorse à nos habitudes.

Il y a un bon moment que l’on a déplacé Charlie Chaplin du tiroir des rigolos sur pellicule vers celui des analystes de la société, pour ne pas dire des philosophes. Ses Temps modernes valent tous les cours de sociologie, Les Lumières de la ville décryptent la nature humaine mieux que Sigmund Freud (La Ruée vers l’or aussi, d’ailleurs), et l’on ne parlera pas du Dictateur, leçon d’histoire à portée hélas universelle.

Charlie Chaplin Les temps modernes (Photo Musée d'arts de Nantes)
Les temps modernes (Photo Musée d’arts de Nantes)

On sait moins, cependant, que le travail de Charlie Chaplin a fait de son personnage, Charlot, l’inspirateur de nombreux artistes, particulièrement chez les surréalistes. Qui dit inspiration dit aussi critique, c’est la règle du jeu. Si beaucoup ont accueilli Charlot dans leur communauté, quelques-uns ont reproché vertement à Charlie Chaplin de profiter sans nuance des avantages hollywoodiens.

La preuve par cinq

Le rapport au surréalisme n’est qu’une des approches de l’exposition du (très beau) Musée d’arts de Nantes. Exposition à succès (il est conseillé de réserver sa place) qui organise le travail de Chaplin en cinq thèmes : l’homme-machine, la poétique du monde, le spectacle mis en abyme, l’absurdité de l’histoire. Sur cinq écrans, des extraits de ses films illustrant chacun des thèmes sont projetés. Face à la toile blanche, et dans les salles alentour, on croise František Kupka, Marc Chagall, Fernand Léger, Man Ray, Meret Oppenheim, John Heartfield, Claude Cahun… Certains ont fait directement référence à Charlot, d’autres ont travaillé des sujets parallèles. C’est le cas, par exemple, de Calder et de ses personnages en fil de fer échappés du cirque.

Le cirque (Photo Musée d’arts de Nantes)

« L’exposition propose ainsi une lecture inédite des œuvres d’avant-garde au travers du cinéma de Charlie Chaplin. De Fernand Léger à Marc Chagall, d’Alexander Calder à René Magritte, près de deux-cents œuvres provenant de collections du monde entier se déploient au regard du cinéma chaplinien » dit la présentation du Musée d’arts de Nantes, qui invite : « Découvrez les échanges affirmés, les simples échos ou dialogues inconscients entre les artistes qui prirent ensemble le virage de la modernité, à l’heure de la naissance du cinéma comme septième art. Au total, 150 œuvres (peintures, photographies, documents…) d’artistes qui « soulignent la porosité, la proximité, voire la connivence entre leurs productions artistiques et le cinéma de Chaplin. »

(Photo Charlie Chaplin Musée d'arts de Nantes)
L’usine à rêves permet aux visiteurs de tous âges de devenir artistes. (Photo Musée d’arts de Nantes)

Au centre du plateau, une « usine à rêves » fait participer le visiteur : « Conception d’un circuit avec des matériaux industriels, animation de personnages, photocall… le public peut manipuler, créer, inventer ou simplement faire une pause au cœur de l’exposition. »

On trouvera sur le site de l’exposition toutes les autres activités organisées autour de la thématique Chaplin. Et la possibilité de réserver sa visite. On vous le répète : il y a foule chez le génial vagabond.

Jusqu’au 3 février 2020
Le site du musée est ICI
…et pour renter dans le détail de l’expo, c’est LÀ