Au Centre Dramatique de Tours,
des serpents, une baleine et autres animaux humains

Le théâtre et les masques, c’est une vieille histoire. Mais la présentation de saison avec des protections chirurgicales sur le nez, c’était nouveau. Pour lancer son programme 2020/2021, le Centre Dramatique National de Tours (CDNT) a dû faire avec.

Mais, depuis la présentation, on a frappé les trois coups. Et c’est bien parti pour un fort belle (et dense) saison où la fièvre du théâtre ne retombera pas.

Normalement, c’est une chouette soirée entre copains, un long bavardage entre amoureux du théâtre, une communion comme seule la culture est capable d’en apporter. C’est la traditionnelle présentation de la saison du Centre Dramatique National de Tours, CDNT pour les amoureux des raccourcis et Théâtre Olympia (T°) pour les vieux Tourangeaux. Mais, cette année, il a fallu s’adapter.

Covid-19 oblige, il n’y a pas eu vraiment de pique-nique bondé entre fanas des planches pour présenter le programme 2020/2021. Pas très rigolo mais pas une raison non plus pour que l’équipe de la rue de Lucé ne frappe pas ses trois coups dès le mois de septembre, en espérant au passage écraser le virus, à la manière dont le pauvre Lully se bousilla mortellement les orteils pour faire plaisir à Louis XIV. Mais revenons à nos trois coups à nous, moins douloureux.

Avant-goûts

C’est parti, donc, avec des serpents, déroulés par Jacques Vincey, patron du CNDT, soi-même. Et ça continuera, jusqu’au joli mois de juin, à l’exception du festival WET T° 5, qui a dû battre en retraite pour mieux renaître, augmenté sans doute, au printemps. On attendra.

Bien sûr, il faudra jouer au docteur et se tenir à distance dans la salle, sans négliger d’applaudir avec des mains hydro-alcoolisées. Le CDNT prend ses précautions, la preuve ICI.

Quant à nous, nous nous contentons de vous donner quelques avant-goûts apéritifs de la saison, par la magie du copier-coller, non sans renvoyer, en toute franchise, vers le texte original en cliquant sur le titre des spectacles.

Bonne lecture, bonnes soirées, et bonne santé à tous.

Fruits de saison

LES SERPENTS  (Marie Ndiaye / Jacques Vincey) du 29 septembre au 8 octobre 2020

Photo Christophe Raynaud de Lage

Un homme enfermé. Devant sa maison, trois femmes. Sa mère, son épouse, son ex-femme. Autour un champ de maïs. Au-dessus un soleil accablant. La mère souhaite récupérer de l’argent auprès du fils. L’épouse désire sauver ses enfants. Le fils de l’ex-femme, a-t-il été autrefois enfermé dans une cage avec des serpents ? Jacques Vincey met en scène Marie NDiaye. Monstre, canicule et palabres.

MOBY DICK OU LES ENFANTS DE RACHEL (Herman Melville / Stuart Seide) du 3 au 7 novembre.

Photo DR

Moby Dick, la baleine blanche. Pour approcher la créature inventée par Herman Melville, un conteur de talent : Jean-Quentin Châtelain. Et un metteur en scène qui connaît bien ce mythe littéraire : Stuart Seide. Les deux artistes privilégient l’intime pour transmettre le récit d’Ismaël emporté dans une chasse effrénée par le charismatique capitaine Achab.

KADOC  (Remi De Vos / Jean-Michel Ribes) du 17 au 21 novembre

©Giovanni Cittadini Cesi

Ah le monde du travail ! Qui d’autre pour en révéler la folie sinon Rémi De Vos ? Porté par six comédiens impressionnants de drôlerie et d’énergie, Kadoc fait glisser la vie de bureau et celle de couple vers la grande pagaille. Délires obsessionnels et soirées virant à la mise à nu : tout est possible dans Kadoc !

BLEUE  (Clémence Weill / Coraline Cauchi) du 24 au 25 novembre

© M. Kielb

Quelle boucherie ! Dans une chambre froide, une jeune femme nommée Bleuenn parle de sa vie et de son travail. Autour d’elle des carcasses suspendues. Ses réflexions sur le sang, le don d’organe ou la virginité se mêlent aux flashbacks d’une histoire d’amour et, entre autres, à la recette du pain de viande… Bleue, une grande pièce sur le « faiminisme ».

LA RÉPONSE DES HOMMES (Tiphaine Raffier) du 2 au 4 décembre

© Simon Gosselin

De quoi relève l’exercice de la justice ? Quand l’éprouvons-nous ? Quand l’incarnons-nous ? Tiphaine Raffier actualise les Œuvres de miséricorde, recommandations qui invitent le croyant à agir avec abnégation. Dans un espace muséal hors du temps, elle invite à repenser notre sens de l’éthique.

RÉMI (Hector Malot / Jonathan Capdevielle) du 14 au 18 décembre

© Marc Domage

En route avec Rémi ! Adaptant Sans Famille d’Hector Malot, classique de la littérature jeunesse de la fin du 19e siècle, Jonathan Capdevielle nous emporte dans un conte initiatique peuplé de créatures étranges et de masques. Un spectacle émouvant qui s’adresse aux enfants d’hier et d’aujourd’hui.

3 ANNONCIATIONS (Pascal Rambert) du 7 au 12 janvier

Entre mémoire et avènement des temps nouveaux, Pascal Rambert imagine les annonciations d’aujourd’hui. En associant son écriture et sa mise en scène à un espace conçu avec Yves Godin, il déploie trois monologues portés par des comédiennes d’exception.

SEUL CE QUI BRÛLE (Christiane Singer / Julie Delille) du 19 au 21 janvier

© Yannick Pirot

Désirs incandescents et obscurités du Moyen Âge : Seul ce qui brûle convoque la nature, la féminité et l’Histoire, et nous fait éprouver la folie qui guette toute jalousie.

En adaptant le roman éponyme de Christiane Singer, Julie Delille nous emporte dans le vertige de l’amour jusqu’à ses plus profonds abysses…

HOW DEEP IS YOUR USAGE DE L’ART ? (NATURE MORTE) (Antoine Franchet / Benoît Lambert / Jean-Charles Massera)  26 au 28 janvier

© Vincent Arbelet

L’Art, qu’est-ce que ça nous fait ? Venus d’horizons différents, trois artistes, Antoine Franchet, Benoît Lambert et Jean-Charles Massera, tentent de répondre à cette question essentielle en compagnie d’interprètes de générations différentes. Fantaisie assumée, How deep is your usage de l’Art ? chamboule le plateau en un immense point d’interrogation.

MONUMENTS HYSTÉRIQUES (Vanasay Khamphommala) du 28 au 30 janvier

© Marie Pétry

Qu’est-ce qu’un monument ? Étymologiquement : « ce dont il faut se souvenir ». Mais que faire lorsqu’en pleine inauguration quelque chose déraille ? Quand la parole et la mémoire dérapent et que les corps des participants vont de travers ? Avec Monuments hystériques, l’approche documentaire vacille sur ses bases et bascule dans la fiction et l’irrationnel.

CONDOR (Frédéric Vossier / Anne Theron) du 2 au 5 février

Années 70. Pour imposer son pouvoir, la dictature argentine met en place le plan Condor. Arrestations, disparitions des dirigeants, enlèvements d’enfants, l’opération s’avère redoutable. Le dramaturge Frédéric Vossier raconte, des années après la chute du régime, les retrouvailles ambiguës d’un frère et d’une sœur.

NORMALITO (Pauline Sales) du au 19 février

© Arianne Catton-Balabeau

À dix ans, Lucas ne connaît ni problèmes scolaires ni inadaptabilité sociale. Tout va bien ? Non : il se trouve désespérément normal. Tout va changer avec Iris, enfant zèbre éprise de normalité. Et d’une Dame Pipi, Lina, qui garde un lourd secret. Dans une mise en scène aux portes battantes, l’auteure Pauline Sales célèbre les différences… et les ressemblances.

LA GIOIA (Pippo Delbono) du 10 au 13 mars

© Luca del Pia

À peine atteinte, déjà elle s’enfuit. Comment retrouver pour des êtres pris par la douleur, cette joie essentielle ? Après la mort d’un de ses compagnons de route, le sourdmuet Bobò, Pippo Delbono embarque sa troupe de comédiens-clowns-performers pour un voyage lyrique et coloré vers la Joie. Jusqu’à une explosion florale.

LES BONNES (Robyn Orlin) du 17 au 20 mars

© Jérôme Seron

Robyn Orlin met sous tension Les Bonnes de Jean Genet en liant l’interprétation du texte par trois comédiens à la projection simultanée d’une version réalisée par le cinéaste Christopher Miles en 1975. Par la rencontre du théâtre et du cinéma dans un espace commun, la chorégraphe bouscule nos perceptions et nos préjugés.

FESTIVAL WET° 6 du 25 au 28 mars

Plutôt que de nous résigner à une édition du WET° 5 dégradée cet automne, nous parions sur une édition du WET° 6 augmentée au printemps prochain. Les spectacles seront dans la mesure du possible reportés et d’autres propositions viendront enrichir la programmation d’un week-end élargi, du jeudi 25 au dimanche 28 mars 2021.

LE GARDE-FOU (Julie Ménard / Sophie Guibard) du 1er au 3 avril à la Pléiade de La Riche-sur-Loire

Surveiller, être surveillé, enfermer, être enfermé : la metteuse en scène Sophie Guibard et l’auteure Julie Ménard créent une ronde folle où quatre comédiens tour à tour interrogent et sont interrogés. Avec Le Garde-fou, la question de l’enfermement prend un double visage. Et provoque en nous une étrange polarité…

INSOUTENABLES LONGUES ÉTREINTES (Ivan Viripaev / Galin Stoev) du 14 au 17 avril

© François Passerini

« Pour être vivant, il faut traverser l’enfer. » Avec distance et humour, les personnages du dramaturge russe Ivan Viripaev annoncent les épreuves qui les attendent.

Connaîtront-ils un jour le repos ? Dans la mise en scène aux murs fragiles de Galin Stoev, ils se racontent et éprouvent la plus dangereuse des sensations : vivre.

A BRIGHT ROOM CALLED DAY (Tony Kushner / Catherine Marnas) du 21 au 24 avril

© Pierre Planchenault

En partant de l’ascension d’Hitler, et en remplaçant le président Reagan de la pièce d’origine par Donald Trump, Tony Kushner, auteur du mythique Angels in America, actualise son œuvre A Bright Room Called Day. Catherine Marnas met en scène ce glissement des démocraties vers le totalitarisme.

JEANNE DARK (Marion Siefert) du 18 au 21 mai

© Matthieu Bareyre

Ce soir, Jeanne a décidé d’utiliser son compte Instagram pour raconter sa vie, ses craintes comme ses désirs. Désormais plus de faux-semblants. En se filmant, elle parle et danse, tandis que son image est projetée sur grand écran. Son pseudo : Jeanne Dark.

ÉCHO (Vanasay Khamphommala) du 22 au 24 juin

Depuis toujours, Écho répète les paroles de Narcisse et meurt. Puis renaît, répète les paroles de Narcisse et meurt. Puis renait, répète… Et si on en finissait avec les chagrins d’amour ? Vanasay Khamphommala déplace notre lecture du célèbre mythe… pour le mettre en transe.

La photo d’accueil du CDNT est de Christophe Raynaud de Lage

Pour réserver un billet, c’est ICI