Camille et Julie Berthollet à Joué-lès-Tours
Le classique est-il soluble dans le marketing?

Parce que Camille a gagné l’émission qui porte ce nom, elle est qualifiée définitivement de “prodige”. Mais dans le monde de la musique classique, il est nécessaire de confirmer. Le concert que Camille et Julie Berthollet donneront à l’Espace Malraux de Joué-lès-Tours le 19 décembre 2019 permettra de juger si le classique est soluble dans le marketing… ou s’il s’y noie.

Camille et Julie Berthollet
Camille et Julie Berthollet, les âmes sœurs du violon. (Photo DR)

Elles sont jeunes, jolies, rousses, sœurs, complices, drôles, musiciennes et elles ont un certain talent (et inversement). Du succès aussi. Beaucoup. C’est ça le problème avec les sœurs Berthollet. On a les sunlights dans les yeux et la rumeur dans les oreilles. Ça gène un peu pour écouter.

On connaît l’histoire, à moins d’être totalement réfractaire aux journaux « people ». Deux enfants précoces (elles sont inscrites à l’« Association Nationale Pour les Enfants Intellectuellement Précoces », précise Gala), Julie, l’aînée, et Camille, la cadette, Berthollet, filles de professeurs (technique et éducation physique, rien à voir), tentées (« dès quatre ans », insiste Gala, qui parle de « deux ans » pour Julie dans un autre article, tant qu’à faire) par la musique et accros, toutes les deux, à l’archet. Julie est au violon et Camille au violoncelle. Mais aussi au violon. Et puis il y a un piano dans le salon, à tout hasard. À cet âge-là, on se cherche.

C’est sûr, elles sont douées, et pas seulement « intellectuellement ». Entre deux bonnes notes, elles déchiffrent celles des partitions au conservatoire. Et elles bossent. Normal, dans ce monde-là, le travail se compte en heures quotidiennes.

Le marketing idéal

Bref, les voilà qui atteignent l’adolescence avec le même enthousiasme. Jusqu’au jour où Julie (trop âgée) pousse Camille vers l’émission Prodiges de France 2 (elle a 15 ans à l’époque). Camille y apporte son violon, sort une petite musique d’attente téléphonique (L’Été des Quatre saisons de Vivaldi, ça ne dépayse pas trop) et cartonne. Le public est debout, le jury en extase. « C’est bon, Coco » doit-on se dire dans la régie. Normal : on a tout ce qu’il faut pour le marketing. Une jolie jeune fille, assez douée, qui ne rechigne pas à jouer un air des plus rebattus mais grand public, c’est tout bon. On imagine les réunions de travail pour le lancement de Prodiges: « Hé Coco, on a essayé les chanteurs, on a fait danser des stars sur le retour, on a exploité les cuistots et les pâtissiers, on a quoi, maintenant ? » Réponse : « Ben, le classique. » « Oui, mais avec des jeunes, sinon on va s’effondrer à l’Audimat. Et il faudra que la caméra bouge dans tous les sens, comme pour la musique à Orange, sinon ils vont nous lâcher ».

Bingo, personne n’a zappé et Camille Berthollet est devenue une star. Sympa et bonne frangine, elle emmène Julie avec elle sur scène et dans les studios. On ne les a pas trouvées dans Diapason mais alors, côté Gala, Paris-Match, Télé Loisirs et autres, on ne les lâche plus. Quand elles veulent un appartement, elles font l’émission de Stéphane Plaza. C’est vous dire !

Une carrière à construire

Et la musique, dans tout ça ? Camille a une bonne technique et certainement un don. Julie a un peu de mal à suivre mais ne démérite pas. Il est clair qu’en travaillant, elles tiendront leur rang. Une carrière classique, ça se travaille tous les jours. Gare à ne pas tomber dans le show-business (elles sont déjà passées au stakhanovisme de l’enregistrement), on en a vu d’autres disparaître à la vitesse d’une star pop de seconde zone. On ne devient pas les sœurs Labèque uniquement en faisant plaisir à « Coco ». Donc, danger. D’un côté, les demoiselles mettent la barre parfois un peu trop haut pour elles, histoire de montrer leur virtuosité (Sarasate, Wieniawski, c’est un peu casse-gueule). Mais elles ont leur place chez Bach pour son Concerto pour deux violons, moins acrobatique.

Et puis, il faudrait choisir. Camille passe du violon au violoncelle. Sur scène, on continue à faire plaisir. On te balance du classique (Schubert, Brahms, Rachmaninov, Dvorak…) mais on glisse du Scott Joplin, du Piazzolla, du John Williams. Il faut plaire à tout prix, et à tout le monde. Ce n’est pas demain qu’on plongera dans l’atmosphère d’un concert classique bien construit. Comme dirait Alain Duault : « Pour le moment, c’est une “violoniste de salon”. Ce qu’elle fera de son don et de sa technique décidera, ou non, de son avenir. »

Le classique pour tous

Camille et Julie Berthollet
Camille et Julie Berthollet, une carrière en devenir. (Photo DR)

Pour le moment, les sœurs Berthollet cherchent un Stradivarius – au pire, elles accepteront un Guarneri – pour qu’on les entendent mieux quand elles jouent avec orchestre. Mais ça ne court pas les fosses d’orchestres, ces bêtes-là. Et c’est révélateur : si un généreux mécène en prête un, c’est bon signe pour l’avenir. On attend de voir. Mais si vous en avez un dans votre grenier, vous pouvez toujours tenter le coup.

Bon, on s’est permis de s’interroger sur une idole, ce qui est un crime absolu. Changeons de ton. C’est bien que la musique classique soit offerte à un public non initié. C’est bien qu’il puisse découvrir qu’on peut écouter le 1er trio élégiaque de Rachmaninov sans bâiller (c’est vrai que ce n’est pas très long). Mais un poil de rigueur dans le programme ne changerait sans doute pas grand-chose au succès des sœurs Berthollet. Encore un choix à faire.

Parce qu’elles sont jeunes, jolies, rousses, sœurs, complices, drôles, musiciennes et qu’elles ont un talent certain.

Jeudi 19 décembre 2019 à l’Espace Malraux de Joué-lès-Tours

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