À Saint-Cyr-sur-Loire
Un Marivaux complètement secoué

Dynamiter Marivaux par une mise en scène où le bouffon souligne le tragique, c’est la méthode Calvario. À voir dans le Jeu de l’amour et du hasard à l’Escale de Saint-Cyr-sur-Loire le 26 avril 2019.

Marivaux Saudade
Une version tonique du Jeu de l’amour et du hasard par la Compagnie Saudade à l’Escale de Sain-Cyr-sur-Loire. (Photo DR)

C’est un monsieur touche-à-tout, au moins à tout ce qui se passe sur le planches. Philippe Calvario est comédien, directeur de troupe et metteur en scène, il officie en solo et en compagnie, pour le théâtre ou pour l’opéra. Ce qui, géographiquement parlant, définit un parcours commencé à Roussillon (naissance), poursuivi à Paris (cours Florent) et passant par Nanterre (Festival de théâtre universitaire, puis Théâtre des Amandiers), Aix-en-Provence (Festival, première incursion lyrique), Hambourg et, évidemment, de nouveau Paris.

On a laissé un bon paquet d’étapes sur le bas-côté tant la carrière de Philippe Calvario est devenue dense, multiple et internationale. Ce qui signifie que les spectateurs qui se rendront à l’Escale de Saint-Cyr-sur-Loire le 26 avril pour son Jeu de l’amour et du hasard auront le privilège d’applaudir le travail d’un artiste désormais reconnu par la profession (par exemple, il a mis en scène Richard III de William Shakespeare, à Nanterre, avec Philippe Torreton), le public et la critique, ce qui n’est pas donné à tout le monde.

Le maître du mensonge

Le style Calvario est plutôt du genre Commedia dell’arte que Comédie française. Ce qui revient à dire que le metteur en scène bouscule les genres, voire les mélange. Le 26 avril 2019, c’est Marivaux ,« Maître du mensonge », selon Louis Jouvet (qui ajoutait « l’invraisemblance de ses intrigues, son marivaudage et son écriture, la difficulté qu’on a de l’écouter et surtout la difficulté qu’on a de le jouer, ne sont que la conséquence de sa perfection dramatique. » [Le Figaro]) qui sera secoué.

L’auteur du Jeu de l’amour et du hasard, critique de la société camouflée derrière une comédie (presque de boulevard, si l’on la regarde sous l’angle des quiproquos et autres travestissements) se prête plutôt bien à l’exercice. La preuve en est que Podalydès, Luc Bondy et bien d’autres s’en sont déjà chargé.

Gainsbourg en scène

Philippe Calvario reprend la méthode utilisée à Aix-en Provence en 2004 pour son Amour des trois oranges de Prokofiev, opéra à l’occasion duquel on avait découvert le personnage : « S’aidant de décors et de costumes d’un onirisme extravagant, il démultiplie les décalages surréalistes et la surenchère loufoque des imbroglios » disait alors Télérama. On retrouve la même folie avec Le Jeu de l’amour et du hasard. Dédoublant les époques (XVIIIe et XXIe siècles), faisant jouer ses comédiens avec des intonations contemporaines tout en leur accordant l’outrance du vaudeville, il pulvérise les codes avec l’aide de Serge Gainsbourg, sous-titre inattendu – et étonnamment juste – de l’intrigue.

De la bouffonnerie au service du texte, parfaitement respecté. De ce traitement radical, Marivaux ressort encore plus vrai, bien au-delà du simple marivaudage.

Vendredi 26 avril 2019 à L’Escale de Saint-Cyr-sur-Loire

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