Il a baladé un rhinocéros dans les rues d’Avignon, jugé Vidocq, déplumé une cantatrice et concassé pas mal de cacao… Jean-Marie Sirgue et son drôle d’Oiseau qui pète seront à Vaugarni le dimanche 24 février 2019.

Il faut avoir engrangé une belle quantité d’heures de vol au-dessus d’un nid de théâtreux pour se souvenir des débuts de Jean-Marie Sirgue. En ce temps-là, un monsieur au caractère bien trempé menait à la baguette une troupe, réfugiée dans une petite salle du Grand Théâtre de Tours, la salle Jean Vilar. Il se nommait André Cellier. Mais comme face à lui se trouvait un autre monsieur au caractère bien trempé – et d’un tout autre bord politique –, un certain Jean Royer, l’aventure se termina par une implosion qui propulsa l’un des élèves (André Cellier était aussi un excellent professeur) vers une autre troupe, le Pratos. Jean-Marie Sirgue y récolta ses premiers galons de comédien en titre, avant de monter sa propre compagnie, le Théâtre de la Fronde.
Les racines de l’Arbrabulle
Jean-Marie Sirgue est donc un frondeur. Un drôle de zigue qui, s’il ne déteste pas aller s’exprimer sur les scènes parisiennes, a les pieds pris dans la glaise et considère que l’on peut être comédien tout en restant fidèle à ses oiseaux et à ses abeilles, lochoises en particulier : « un comédien prétendait exercer son métier hors de Paris, ce qui semblait un peu curieux, et vivre à la campagne, ce qui paraissait complètement inconcevable » dit-il à propos de ses débuts.

Et il a eu raison. Depuis la naissance du Théâtre de la Fronde en 1982, il reste fidèle à une région où les enfants le virent débouler dans leur école avec Till & l’Arbrabulle, son premier lever de rideau perso, ses racines. Ce qui ne l’a pas empêché, en compagnie de la Fronde, de convaincre les ceusses de Paris avec Ionesco qu’il donne et redonne au Théâtre de la Huchette depuis quelques lustres (La Cantatrice chauve, La Leçon…) et un rhinoceros. Une belle bestiole qu’il a baladée dans les rues d’Avignon, où le spectacle fut fort apprécié, et à travers le monde. Et, pour être complets, précisons que le comédien a aussi glissé un pied dans la porte des studios de télévision et de cinéma notamment pour être juge chez Vidocq.
Les enfants de l’Arbrabulle ont grandi, Jean-Marie Sirgue pas trop. Il a toujours ses yeux de gamin découvrant une vitrine de Noël, un peu plus marqués, certes, et son sourire de gars gentil. Pourtant, il pourrait rouler des mécaniques, le Jean-Marie. Car le comédien/metteur en scène est aussi auteur. Les spectacles que donne la troupe peuvent être de Ionesco, ils sont souvent de Sirgue Jean-Marie. Et c’est rudement bien. Tellement que certains textes, édités à compte d’auteur, se vendent comme des rillons chauds à la sortie des spectacles.
Chroniques théâtrales
Il a une belle plume, le Sirgue. Et pour en avoir la confirmation, il suffit de visiter le site de la compagnie (un peu difficile à explorer, mais passionnant) et de s’abonner à ses chroniques. Elles sont superbes. Comme on n’est pas chiens, on vous donne l’adresse : http://www.theatredelafronde.com/
Donc, ce sera un texte de Sirgue Jean-Marie que Jean-Marie Sirgue donnera ce 24 février à la Grange-Théâtre de Vaugarni, du côté de Pont-de-Ruan (Indre-et-Loire). Un texte en cinq nouvelles, malicieusement titré L’Oiseau qui pète. On y croisera bien du monde, des personnages croqués avec tendresse, humour et poésie, parfois drôles, parfois touchants, parfois pas sympas du tout mais toujours vrais. Il y aura sûrement aussi un peu d’absurde là-dedans, Ionesco oblige. Ce qui se comprend quand on a écrit des pièces comme Les Konkasseur de Kakao où l’on croisait Desproges, Prévert, Bedos ou Maupassant.
Jean-Marie Sirgue sera en compagnie de Lucile Louis, une violoncelliste qui aura bien du mérite à faire cohabiter Philip Glass, Franz Schubert, Edward Elgar ou Georges Bizet avec le drôle d’oiseau de l’affiche.
Un oiseau qui veut probablement poéter plus haut qu’il a le croupion…

