Thomas Lebrun
Danse avec les looks

Si la formule « coup d’œil dans le rétro » est sérieusement éculée, elle s’applique pourtant parfaitement à Another look at memory, que l’on peut traduire par « un autre regard vers nos souvenirs ». Thomas Lebrun reprend à la salle Thélème l’un de ses spectacles les plus appréciés.

Another look at memory de Thomas Lebrun © Frédéric Iovino

Le travail de Thomas Lebrun, danseur, chorégraphe et directeur du Centre Chorégraphique National de Tours (1), est un kaléidoscope surprenant. Passant du comique pur (Itinéraire d’un danseur grassouillet) au tragique (Trois décennies d’amour cerné, sur les années SIDA), il écrit une œuvre aux formes diverses, aux styles nuancés, qu’il rassemble pourtant peu ou prou dans Another look at memory. Une création pour quatre danseurs (trois + un puisque le dernier n’apparaît qu’en deuxième partie), présentée pour la première fois en 2017 et que beaucoup s’accordent à considérer comme son chef d’œuvre, tout près de La jeune fille et la mort.

Complètement vrai

Initialement, le chorégraphe a voulu reprendre des bribes de ses travaux passés : « De ces créations partagées en dix ans, quels sont les gestes qui nous sautent aux corps, à la mémoire, aux yeux ? Comment partager des soli écrits pour soi avec les collègues qui les ont vus dansés tant de fois, quelque part offrir une partie de son intimité artistique… ? »

Un assemblage qui ne doit pourtant pas guider (ou dérouter) le spectateur : « Au début, on recherche de quelle pièce sont issus certains gestes, mais très vite, captés par une danse splendide, très liée, extrêmement gracieuse et aux postures originales, on abandonne ces spéculations pour s’adonner à la magie d’une chorégraphie et d’une interprétation plus qu’envoutantes. » (Danser).

Le spectacle est plus ou moins inspiré par une formule de Marguerite Duras : « Vous savez, je ne comprends pas toujours très très très bien ce que je dis. Ce que je sais simplement, c’est que c’est complètement vrai. » Ce que Thomas Lebrun traduit par « J’aime écrire la danse et j’aime ces corps qui racontent, ces corps porteurs d’histoires, les leurs mais aussi celles des autres. Ou encore, quand ils ne savent pas toujours très très bien ce qu’ils disent... ». Les deux artistes, finalement, se retrouvent dans la définition de ce qui nourrit tous les arts : l’inspiration. Une matière impalpable et souvent plus forte que celui qui la ressent.

Bluffé

Cette inspiration, Another look at memory l’exprime sur une musique de Philip Glass, dont le titre est… Another look at harmony. Les quatre danseurs et danseuses, dont trois sont des partenaires de – presque – toujours pour le chorégraphe, y apportent une énergie sidérante, maîtrisée par un travail d’une rigueur absolue. Ils rapportent qu’ils ne peuvent danser qu’en comptant chaque temps, chaque pas, chaque geste. Il en ressort une construction d’une beauté et d’un cohérence parfaite : « L’on est bluffé par la richesse chorégraphique qui nous est proposée, par cette science du quatuor, par cette façon toujours surprenante de faire bouger les corps. » (Danse avec la plume)

Maxime Aubert, Raphaël Cottin, Anne-Emmanuelle Deroo, Anne-Sophie Lancelin sont les interprètes d’un spectacle qui ne se contente pas de Tours puisqu’il a été ou sera présenté à Taiwan, à la Maison de la Danse de Lyon, à Théâtre de la Cité internationale de Paris, etc.

(1) Thomas Lebrun a été découvert par Daniel Larrieu qui sera son prédécesseur à la tête du CCNT (Centre Chorégraphique National de Tours, créé par Jean-Christophe Maillot, actuel directeur des Ballets de Monte-Carlo, et qui fut aussi dirigé par Bernado Montet dont le travail est également programmé cette saison).

Mardi 26 février 2019 (20h30) à la Salle Thélème (Université François Rabelais de Tours)

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