
Photos Musée du Jeu de Paume
Toujours dans le cadre de son association avec le Jeu de Paume, le Château de Tours expose l’exceptionnel travail de Daniel Boudinet. Un photographe qui perturbe notre perception de la couleur.
Joli mariage que celui du Château de Tours et du Musée du jeu de Paume. Depuis 2010, il a donné naissance à une succession d’extraordinaires expositions, faisant du lieu tourangeau une référence en matière de photographie.
Après des merveilles comme Robert Capa et la couleur, Gilles Caron, le conflit intérieur ou encore la sublime exposition Vivian Maier, une photographe révélée (on en passe, et d’aussi bonnes…), l’arrivée sur les cimaises médiévales du travail de Daniel Boudinet est du même acabit. Un photographe sans doute méconnu du grand public aujourd’hui, mort à 45 ans et pourtant salué en son temps par beaucoup, dont Roland Barthes (dont il fit plusieurs portraits). Ses sujets de prédilection se rapportaient au milieu de la littérature et du cinéma, comme le montre, par exemple, un superbe portrait d’une presque débutante, Isabelle Huppert. Son travail, rigoureux et épuré, lui valut d’être exposé tant au Musée Carnavalet qu’au Centre Pompidou.
La couleur à contre-pied
S’il fut un grand maître du noir et blanc (ses portraits sont aussi maîtrisés que ses paysages), Daniel Boudinet trouvera dans la couleur un espace intermédiaire et original pour l’époque. Le photographe importera dans ses œuvres une approche qui rappelle étonnamment son travail sur le noir et blanc. Durant les années 70/80, il s’est beaucoup consacré aux paysages de nuit qui lui ont permis de maintenir sa maitrise des contrastes et du noir, tout en y intégrant des coloris atténués. Rien à voir avec l’explosion coloriste qui accompagna la démocratisation du Kodachrome.
À force de recherche sur les ombres, Daniel Boudinet poussera ses photographies extérieures à la lisière de l’abstraction, leur donnant une puissance qui n’est pas sans évoquer le cinéma, tel qu’il s’était imposé sur les écrans un peu plus tôt, sous l’objectif de la Nouvelle Vague, lorsqu’elle découvrait les pellicules suffisamment sensibles pour tourner sans éclairages artificiels.
Un autre regard pourrait aussi trouver chez Boudinet un rappel du clair-obscur de Rembrandt ou du Caravage. Rappel paradoxal – mais concevable – pour quelqu’un qui s’inscrit définitivement dans l’art contemporain.

Isabelle Huppert 1981

