Spectacle Slip In Side, compagnie Okidoc, une des dates à retenir dans la saison de l'Espace Malraux.
L’Espace Malraux de Joué-lès-Tours (Indre & Loire) a l’habitude de nous séduire avec sa programmation, certes de qualité, mais aussi intelligemment éclectique. En voyant celle qui s’annonce pour 2026/2027, on est en droit de pousser le « waouh » ridicule à la mode sans (presque) avoir honte.
Le problème, c’est que, devant l’avalanche d’intervenants très haut de gamme, toutes catégories confondues, annoncés, il va falloir oublier la canicule et piquer un sacré sprint pour récupérer son abonnement.
À vos marques, prêts ? Partez !
Franchement, et sans cacher le faible que nous avons pour l’Espace Malraux de Joué-lès-Tours (Indre & Loire), on peut avouer que le programme tout frais pondu de la saison 2026/2027 nous a laissés sur… ce que vous voudrez mais, surtout pas, sur notre faim. Du grand art, un choix multiple et divers comme toujours, du jazz au K-pop en passant par le théâtre et la danse, sans négliger, évidemment, l’humour (mais du bon, ça existe encore, apparemment).
Soyons honnêtes : nous ressentons pour l’Espace Malraux une sympathie doublée d’admiration qui ne date pas d’aujourd’hui et n’a jamais été déçue. De là à dire que le regard que nous portons sur la programmation à venir est d’une absolue mauvaise foi et d’un parti-pris total, il n’y a qu’un tout petit pas que nous franchissons sans la moindre gêne, en espérant bien fort que vous serez nombreux à nous suivre. Cela dit, nous n’entendons pas par là que nous ne respectons pas les autres lieux culturels de l’agglomération, loin s’en faut. La lecture de notre site est là pour le prouver.
La preuve par quatre
Nous n’allons pas passer en revue la foultitude spectacles annoncée, L’Espace Malraux s’en charge ici. Nous ferons seulement un petit tour dans les dates que nous avons gravées au burin sur notre tablette (au sens mésopotamien du terme, on n’a pas bouzillé notre belle Samsung toute neuve pour autant…).
Coup de chapeau d’abord au retour de Pierre Arditi que l’on aime bien, et nous ne sommes pas les seuls.
La tendance de ce clavier étant la révérence, nous ferons une entorse à nos habitudes et nous nous abstiendrons de dire ici tout le bien que nous pensons du monsieur, puisque nous l’avons déjà fait dans un précédent article. C’était déjà lors d’un passage sur la scène jocondienne, en 2013, passage familial et théâtral avec Fallait pas le dire, une pièce signée de Salomé Lelouch, en compagnie d’Évelyne Bouix.
Cette fois, Pierre Arditi sera le seul de la famille et jouera son propre rôle, face à deux «journalistes culturels» (c’est ainsi qu’ils sont présentés), plutôt deux animateurs de télévision, Christophe Combarieu et Mathieu Wilhelm. Le duo a déjà rôdé la formule, Un soir avec… en compagnie d’Anny Duperey, Michel Boujenah, Francis Huster ou Charles Berling.
Peu importe d’ailleurs. Toute occasion donnée à Pierre Arditi de raconter ou de se raconter est bonne à prendre. Le comédien y ajoutera un moment de ses activités préférées, la mise en avant, avec lecture incorporée, des livres qu’il aime.

Deuxième coup de chapeau, à plumes, Le Bourgeois Gentillhomme interprété par Jean-Paul Rouve, aussi inattendu dans le rôle que plébiscité : « Jean-Paul Rouve prête ses traits au Bourgeois gentilhomme, formidablement naturel, au phrasé accessible» dit Le Nouvel Observateur. Même si Le Point n’hésite pas à faire le rapprochement avec Les Tuche (« En se glissant dans le costume du Bourgeois gentilhomme […] Jean-Paul Rouve s’exposait forcément à ce genre de raccourcis de la part de la critique. »), c’est pour mieux s’en éloigner : «Jean-Paul Rouve se glisse dans le costume du Bourgeois gentilhomme, campant avec finesse un Monsieur Jourdain candide, entouré par une troupe formidable. » tout en y ajoutant une évocation de Louis de Funes dans La Folie des grandeurs. Pas mal.
Autre grand moment à découvrir, Fin, fin et fin, de et avec Lancelot Cherer, récompensé aux Molières 2026, qui pose une question existentielle : qu’est-ce qu’on pourrait bien faire pour le dernier jour avant l’apocalypse ? Réponse : un pique-nique. Why not ?
On a l’impression qu’elle vient de débuter mais cela fait une vingtaine d’année qu’elle a gagné ses galons de star du jazz. Youn Sun Na revient à L’Espace Malraux où nous l’avions découverte en 2019.
Dans ses bagages, la Coréenne apporte les titres de son dernier album, Lost Pieces, ce qui est un joli cadeau : « Musicalement, Lost Pieces confirme l’éclectisme maîtrisé de Youn Sun Nah. On y perçoit des influences allant du minimalisme contemporain aux nuances soul, en passant par un jazz aux harmonies délicates. Le vocabulaire reste profondément jazz, mais jamais figé : il respire, se métamorphose, s’autorise les contrastes» dit Jazz Radio qui voit le disque comme « un écrin jazz/soul pour recoller les fragments du cœur». Joliment dit.
Nouveau passage vers le théâtre pour notre dernier coup de cœur (cela dit, pas besoin d’un électrocardiogramme pour comprendre qu’il bat pour plein d’autres dates du programme…), la visite de Francis Huster et de son divan, ou plutôt celui d’En Thérapie, déménagé du petit écran pour atterrir sur scène.
La série télévisée avait fait un juste carton sur Arte, comme sa version israélienne originale, BiTipul. L’adaptation théâtrale, où l’on trouve Francis Huster, psy « tourmenté » lui-même face à trois patients, un policier anti-émeute qui a tué un manifestant, une traductrice réfugiée de guerre et une jeune femme embrigadée dans une communauté religieuse, suit le même chemin…
Un plein de Malraux, s’il vous plaît !
Style renaissance en début de saison avec l’inattendu Hervé Vilard. Il faut avoir quelques heures de vol et un sonotone bien réglé pour avoir vécu les débuts du monsieur et appris en direct que « Capri, c’est fini », ce qui, touristiquement parlant, n’est pas tout-à-fait vrai. Autres revenants, Gilbert Montagné et I Muvrini, sans oublier Stéphan Eicher qui devrait rassembler les générations pour ramasser sa Poussière d’or.
Nostalgie aussi avec un hommage à Jacques Brel pour la rubrique nécrologique qui n’est pas vraiment notre préférée, dans laquelle on peut rajouter Jules Grison et son Formidable Azanavour : « Le public est transporté dans une époque révolue, revivant la magie et l’essence de la bohème parisienne. » Dont acte. Même approche avec France Gall et Michel Berger, Pasion de Buena Vista et, en fin de saison, Piaf, le spectacle (7 mars). Ainsi soit-il.
La génération dite Z sera servie avec un double débarquement de K-Pop, version comédie musicale pour K-Pop Shadow Slayers, mais pas seulement.
Pour en finir
On ne les connait pas mais ça nous tente bien. Pour en finir avec une liste interminable et interminée, signalons Les Fo’Plafonds, des gens à ne pas laisser entrer dans votre garage. Ils font concurrence au formidable Stomp en tapant sur tout ce qui ne bouge pas, faisant de la musique (ou du bruit, c’est selon) avec n’importe quoi, à commencer par des bouteilles vidées … Par eux ?
Clin d’œil spécial pour Le Ballet Julien Lestel et son Run, comme pour Okidok. Le premier parce que ce sera le seul spectacle de danse contemporaine de la saison, ce qui est étonnant à Malraux.
Julien Lestel a convaincu avec un Carmen revu à la sauce féministe. Cette fois, il montre qu’une société qui court après elle-même manque peut-être de but.

Pour les autres, nous ne pouvons pas manquer deux gars qui se baladent sur scène en slip kangourou. Au-delà, Okidok mêle acrobatie et humour. C’est marrant et pas si facile. « Ils revisitent le monde de la virilité avec une élégance toute clownesque. À grands coups de poses ridicules, d’acrobaties maîtrisées et de silences bien placés, les clowns belges d’Okidok se moquent tendrement des codes du macho, du spectacle de force, et de l’excès sous toutes ses formes. Le titre ? Slips in side. On rigole d’avance.
Saison 2026/2027
Le programme de la saison est ICI (1)


