Ami intime revendiqué de la chanteuse mais aussi partenaire sur scène, Gérard Depardieu revient pour chanter Barbara. Il sera à Tours, au Palais des congrès Vinci, le 10 juin 2023.
En 1986, Tours recevait, après un démarrage au Zénith de Paris, Lily Passion, un incroyable spectacle mûri pendant quatre années par Barbara et dont on vient de retrouver miraculeusement les enregistrements (un disque est sorti) et des vidéos. L’histoire d’une chanteuse, aimée d’un assassin, qui tue dans les villes où elle se produit. Il est là, sur scène, il dit des textes, il s’appelle Gérard Depardieu.

À l’époque, si Barbara – sublime, forcément sublime, aurait dit Duras, qui la connaissait – nous avait déchirés, son partenaire ne nous avait pas particulièrement fait vibrer, c’est le moins que l’on puisse dire. Depardieu, comme trop souvent, faisait son Depardieu, jouait faux, loin de la ferveur de la chanteuse. Peut-être donne-t-il la réponse lui-même : « Moi, j’étais ivre mort et souvent prostré. » (L’Obs). Dommage. Et triste.
Aussi, quand nous voyons que Gérard Depardieu revient sur scène pour chanter et dire Barbara, reprenant un spectacle inauguré en 2017, vingt ans après sa mort, nous avons le droit de nous inquiéter. D’autant que l’acteur n’est plus vraiment le jeune homme de la création de Lily Passion.
Le voleur d’émotions venu de Châteauroux
Il le dit, il le crie et, maintenant il le chante, Gérard Depardieu a été un ami très proche de Barbara. Une relation passionnée, qui a commencé dès leur première rencontre et s’est achevée (même pas) au cimetière de Bagneux, en novembre 1987. Parlant de lui, Barbara disait : « Un voleur magnifique, un voleur d’émotions, un poète médium, hyperémotif, hyper-tout, il mangerait d’amour ceux qu’il aime ! Il invente des miracles. Je ne sais pas comment il peut faire surgir de la zone glacée un arbre de lumière » (L’Obs).
Castelroussin, Gérard Depardieu a mené une jeunesse discutable à l’ombre de la base américaine. S’il passe plus souvent au tribunal que sur les planches à l’époque, il affirme avoir découvert Barbara à ce moment-là, alors que ses potes s’intéressaient au rock : « Je l’ai découverte adolescent, à Châteauroux, en l’entendant à la radio. J’étais le contraire des gamins de mon époque. Bien sûr, comme eux, j’apprenais l’anglais sur les chansons d’Elvis Presley, d’Eddie Cochran ou de Bill Haley. « One, two, three o’clock, four o’clock, rock ! » Mais Barbara, ça n’avait rien à voir. Sa voix et ses mots avaient le don de me désinhiber, alors que j’avais quasiment perdu la parole. » (Télérama)
Il la rencontrera, beaucoup plus tard, à la sortie d’un de ses récitals. Coup de foudre, amitié éternelle, fusion : « Plus tard, on s’est connus mieux et on est devenus très proches, comme si on avait été amants dans une vie antérieure. On s’est mis à se voir, à se téléphoner tout le temps. J’avais ma chambre chez elle, à Précy. » Il sera près d’elle jusqu’à la fin.
Une chanson, et puis…
Vingt ans après la disparition de son amie, Depardieu décide de lui rendre hommage en chantant ses chansons. Un hasard. Gérard Daguerre, le pianiste de Barbara, lui propose de participer à un disque instrumental. Depardieu chante une chanson (Nantes), puis une autre, puis…
Un disque est enregistré : « Barbara manque à beaucoup de gens. Et elle me manque aussi. Ce disque et ce spectacle sont une façon de célébrer la mémoire que j’ai d’elle. Ce n’était pas prémédité. » (Télérama). Le spectacle suivra le disque. Gérard Daguerre est au piano.
Quand, comme nous, on ne fait pas partie des thuriféraires inconditionnels de « la seule star française » (sic), l’initiative a de quoi inquiéter. S’y ajoute le fait que Depardieu n’a rien d’un chanteur – il le reconnaît –, que son comportement en général et récemment en particulier(1) n’inspire pas une sympathie débordante, et que son physique est loin du cristal fragile des chansons de Barbara.
Et si nous avions tort ?
« …au point de provoquer des larmes »
Conscient de la difficulté de l’expérience, Depardieu n’en profite pas moins pour dézinguer à tout-va, à sa manière habituelle : « Je ne veux pas être la caution d’une famille de croque-morts ni d’une industrie musicale qui fait du pognon avec le 20e anniversaire de la disparition de Barbara. On s’est déjà infligé Patrick Bruel, ça suffit. » (Le Nouvel Obs). D’autres passent à la moulinette, y compris Brel ou Ferré.
Reste le spectacle, qui sera à Tours en juin 2023.

Et là, surprise, énorme surprise. Faisons confiance aux confrères et consœurs : « Son interprétation sera vivante, unique, forcément bourrée de maladresses (des limites dans les aigus notamment) mais d’une vérité et d’une intensité rare, au point de provoquer les larmes. » (Les Échos), « Il s’est hissé à la hauteur de l’art, puis a poussé sa force vitale et créatrice par déférence envers Barbara. De cela ressort une profonde émotion, liée au contraste entre l’homme, colossal, et les textes chantés, romantiques et mélancoliques. » (Marianne), « Parfaitement juste, dans tous les sens du terme. Au service d’une œuvre et d’une femme – en l’occurrence, les deux ne font qu’une –, il réussit la prouesse d’être à la fois totalement présent et presque discret. Depardieu sert Barbara. Il ne se sert pas d’elle et on ne saurait en dire autant de tous ceux qui la reprennent. » (Télérama).
Il faut donc aller voir le monstre prosterné, celui qui reprend, à la fin du spectacle (les chansons sont entrecoupées de textes), les paroles dites sur la tombe de son amie : « Chante mon ange, chante ma belle, chante encore, dans ton île aux mimosas, où déjà tu es reine. Tu as apaisé mon âme, chante encore mon amour, chante-moi l’amour, chante-moi la force de vivre, aide-moi, fais-moi pleurer… Chante, mon ange, chante, Barbara, je t’aime. »
Le public devrait avoir la même ferveur.
(1) Gérard Depardieu a été récemment accusé de violences sexuelles et sexistes par plusieurs femmes suite à une enquête de Médiapart. Après une plainte de l’une d’entre elles, Gérard Depardieu a été mis en examen pour viols et agressions sexuelles.
Depuis, les différents concerts de sa tournée (à l’exception notable de celui de Châteauroux, sa ville natale) ont été perturbés par des militants qui veulent en obtenir l’interdiction. C’est le cas à Tours où un collectif de plusieurs associations proteste contre la venue du comédien. Plusieurs affiches ont été collées, notamment sur la façade du Vinci, qualifiant Gérard Depardieu de violeur.
Citée par Télérama, l’une des contestataires, Mathilde Laumonier (membre du Réseau féministe d’Indre-et-Loire) affirme : « Il faut cesser de dire qu’il est un monstre sacré du cinéma. C’est un monstre tout court. »
Décédée en 1997, Barbara avait donné son ultime récital à Tours en 1994, dans le même Vinci où Gérard Depardieu est censé se produire. Victime d’un inceste (sa chanson, L’Aigle noir, en serait l’allégorie), Barbara n’aurait certainement pas suivi son ami Gérard sur le chemin où il semble bien s’être embourbé, malgré ses dénégations.
Au Palais des congrès Vinci de Tours, le samedi 10 juin 2023 à 20 heures.
Pour réserver ailleurs, c’est LÀ (2)

