21 mai 2026
Benjamin Biolay à Tours en octobre 2023

Benjamin Biolay et "Saint-Clair" : nouveau succès en vue. (Photo DR Facebook de Benjamin Biolay)

Retour de Benjamin Biolay à Tours le 20 octobre 2023. Une tournée sous la bénédiction de Saint-Clair, colline sétoise chère à son cœur.

Biolay, c’est un métronome. Un album tous les deux ans, la tournée qui va avec et hop, on recommence. C’est en tout cas ce qu’affirment Les Inrockuptibles, qui ont fait le compte depuis 2001, avec Rose Kennedy.

C’est donc deux ans après la sortie, et la tournée, de Grand Prix, succès total et pétaradant (Victoire de l’interprète de l’année et meilleur album, la totale), qu’il réapparaît avec, sous le bras, Saint-Clair, album dont le nom est emprunté à une colline de Sète, ville où Benjamin Biolay vient se ressourcer, comme on dit, à l’ombre de Brassens ou de Combas. Une ville, comme le peintre précité, dont il n’est pas originaire puisqu’il est né à Villefranche-sur-Saône, cité moins connue pour ses artistes que la Venise du Languedoc. Mais il y a passé pas mal de vacances et y possède une résidence, sur le mont Saint-Clair, évidemment.

Benjamin Biolay à Tours en octobre 2023
Benjamin Biolay, en direct de Sète. (Photo DR)

Donc, le pilote Biolay avait besoin de couper le contact avec la foule et de le reprendre avec lui-même. Non qu’il ait abusé des troisièmes mi-temps. Parce que, même si, Biolay, c’est le gars dont on se dit en le voyant qu’il n’a pas dormi des masses, qu’il n’a pas sucé que des glaçons pendant la nuit, et qu’il ne va pas tenir la distance si la rencontre dure un peu trop, on a tort. Croyons-le sur parole, s’il a pu passer une nuit blanche, c’est sans doute parce qu’il a bossé comme un dingue.

D’ailleurs, il n’aime pas qu’on lui dise que sa musique (ou son boulot) est « facile » : « Viens dans ma peau pendant deux ans et demi ! Une fois que tu as fini tes chants, tes guitares, tes claviers et qu’il faut t’enfermer pour écrire tes cordes et, le lendemain, les diriger, viens voir si c’est facile ! » (Marie-Claire). Non, lui il est du genre à aller au studio, dit-il, pour plaquer quelques accords et à revenir le lendemain matin en s’étonnant qu’il fasse jour. Dont acte, les poches sous les yeux, c’est pour la bonne cause.

Et puis, les nuits blanches imbibées, c’est fini depuis longtemps. Le Benjamin Biolay qui tombait les filles avant de tomber lui-même ivre-mort a pris conscience un (pas beau) matin qu’il n’y avait pas de quoi être fier. « Je me suis trop noyé dans le monde de la nuit, à faire n’importe quoi de ma vie, à boire beaucoup, à partir en virée. C’est là que la célébrité fausse absolument tout. » (Marie-Claire)

Débuts en fanfare

On ne reviendra pas sur sa vie privée, un peu agitée tout de même, mais on soulignera que le monsieur a aussi du talent sur les écrans. Et qu’il ne choisit pas mal ses réalisateurs. Comme pour ce passage devant la caméra, dans The Eddy, un téléfilm réalisé par Damien Chazelle (qui a aussi signé La la land), où il jouait le rôle d’un producteur de jazz.

Le jazz, c’est une sorte de retour aux sources puisque Benjamin Biolay, Lyonnais de Villefranche-sur-Saône, souffla d’abord dans le tuba de la fanfare locale avant de quitter une ambiance familiale tendue pour apprendre le trombone au conservatoire : « J’ai accepté de faire des études supérieures avec un instrument qui ne m’intéressait pas. Je mentais même à des gens que j’adorais. Je savais que c’était juste un moyen de fuir. » (Marie-Claire)

Initiales BB

Benjamin Biolay à Tours en octobre 20233.
Une goutte de mystique dans un océan de sentiments. (Photo DR)

Retour au calme, donc, pour se regarder dans la glace. “Dans mon album, je parle d’amour, de voyages, de foi, de qui je suis, de qui je ne suis plus.” (Les Inrocks) La foi, ça surprend un peu chez Biolay mais ça fait plaisir à La Croix qui voit dans Saint-Clair « des convictions religieuses inattendues » et une «foi de rockeur», non sans nuancer un peu : « Amour et sacré, méditation et jouissance, introspection et politique : l’album bouillonne de variations. » C’est un euphémisme.

Ce n’est pas encore demain que Benjamin Biolay servira la messe, même s’il ajoute à Saint-Clair, Sainte-Clara (en duo avec Clara Lucciani) et Saint-Germain. Mais ce ne sont que des quartiers de Sète, sauf Sainte Rita… D’ailleurs, l’artiste le dit lui-même : « Ma foi est intime, modeste. Je ne suis pas pratiquant mais ça m’intéresse beaucoup. J’aime échanger avec des théologiens, j’aime aussi la richesse architecturale des lieux de culte.» (La Voix du Nord) Saint-Clair attendra pour être chanté dans les églises.

La conception de l’album a commencé parce que la tournée de Grand Prix avait des ratés pour cause de Covid. Biolay a rangé sa valise et écouté de la musique. Mention spéciale pour The Strokes, qui, sans doute, lui rappellent ses débuts avec son groupe de l’époque, Matéo Gallion. En tout cas, il voit là la naissance d’un album plus rock que les autres : « Les clins d’œil à Julian Casablancas ne manquent pas, jusque dans les intonations vocales ou le phrasé, qu’on retrouve à plusieurs reprises (Petit Chat, Mort de joie, Forever) dans le déroulé de l’album. Dans la tête de BB, le point de départ était clair comme la mer Méditerranée : “Je voulais faire un disque de rock analogique avec des textes. C’est la première fois de ma carrière qu’il n’y a pas la moindre programmation ni plug-in. Surtout, je suis devenu le chanteur d’un groupe. Cela fait vingt ans que j’attendais ça.” (Les Inrocks) Ça doit être vrai puisque BB le disait déjà lors de la sortie de Grand Prix

Les jolis et les gros

Restait à sortir une palanquée de textes qui tiennent la route. Benjamin Biolay voulait parler de lui, jouer la sincérité, flirter avec les sentiments et ce n’est pas toujours facile. Et puis la question se posait, au moins pour l’Obs, de savoir si le nouveau-né vaudrait l’aîné : « Tout a commencé par une grosse inquiétude : l’idée que le nouvel album entier de Benjamin Biolay ressemble à son premier single, Rends l’amour !, une rengaine de manège irritante à souhait, avec sa mécanique cousue de fil blanc et ses paroles vaguement vulgos (« Et si tu veux, j’te baise… »), chantée de cette voix traînante qui nous ravit d’ordinaire. »(Télérama). Aïe ! Et Le Monde d’en rajouter : « Il avait plutôt raté son départ, en juin, avec un premier single, Rends l’amour, dont le ronron radiophonique ne masquait pas la banalité laborieusement coquine du refrain. »

Benjamin Biolay à Tours en octobre 2023
Benjamin Biolay et « Saint-Clair » : nouveau succès en vue. (Photo DR Facebook de Benjamin Biolay)

Voilà qui semblait confirmer la prophétie du Monde, la encore : « Les meilleurs albums de Benjamin Biolay ont rarement été suivis d’un épisode à la hauteur. » C’est vrai qu’il y a mieux que… S’il te plait rends l’amour/Et je me jette de la falaise/Et je m’en vais te cueillir des fraises/Si tu veux même/Je te baise.

Oublions les fraises pour constater que le monsieur bien propre sur lui aime glisser dans son panier quelques vulgarités dont on pourrait se passer, même s’il assume : « Il y a plein de gens qui écrivent des textes magnifiques mais quand c’est trop bien tourné, trop élégant, ça ne me convient pas. J’ai besoin de quelques mots crus pour que ça soit plus naturel… »

On a le droit de ne pas être de son avis et de penser qu’il y avait mieux à dire que Je l’aime, je l’aime cette belle putain de vie/Son gros cul, ses cheveux gras ou Les lumières de la ville/Me ramènent aux années perdues/Je n’étais assis guère que sur mon cul, quand on est capable d’écrire Les lumières de la ville/Me ramènent aux premières amours/Hôtel sans papiers au petit jour/Finir dans l’escalier de secours… C’est mieux, non, les jolis mots sans les gros ?

« Le chanteur ne donne jamais dans la vulgarité, plutôt dans le réalisme cher à la littérature américaine, de John Fante à Jim Harrison, avec la cruauté qui pointe au détour d’une phrase » disent pourtant les Échos. Mouais, nous on préfère Jim Harrison tout de même…

Reste qu’une fois passé le premier titre, tout le monde tombe sous le charme, et c’est plutôt justifié. « Benjamin Biolay se fend de dix-sept titres qui rappellent, à leurs meilleurs moments, La Superbe, double album majestueux dans lequel il avait laissé tout son talent s’épanouir. » (L’Obs)

Et que l’on ne s’y trompe pas. Si Biolay se penche sur son passé, ses amours, ses bonheurs et ses emmerdes (là, le gros mot est autorisé depuis Aznavour), il n’oublie pas de regarder le monde en face. Se rappelant une soirée sur la plage avec La Traversée, il évoque la souffrance des migrants, sans que ce soit, selon Ouest-France, « une protest song, mais un fait. « Je décris une sensation. Être le soir sur la plage, il fait beau, tout le monde boit des piña coladas en écoutant mixer Gilles Peterson. Et à 600 kilomètres, des gens se noient… » Cela va sans dire, mais cela va mieux en le chantant au cas où certains l’auraient oublié.

Déjà un succès de vente, Saint-Clair sera aussi le nom de la prochaine tournée de Benjamin Biolay. L’auteur/compositeur/chanteur a beau dire qu’il se sent apaisé et a voulu faire un disque dans cet esprit, il est peu probable qu’il en aille de même du public.

Qu’on se le dise, il n’y aura pas de place pour tout le monde sur le sable de la plage de Sète, d’autant plus qu’elle a été déplacée du Parc des expositions au Centre de congrès Vinci de Tours.

Au Centre de congrès Vinci de Tours, le vendredi 20 octobre 2023 à 20h30.

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