Une antenne à Amboise
pour le Metropolitan Opera de New-York

Déjà gâtés par la présence d’un opéra « pour de vrai », les amateurs d’art lyrique tourangeaux peuvent aussi se projeter sur les plus grandes scènes mondiales.
Grâce au cinéma numérique, on peut passer une soirée au Metropolitan de New-York – presque – comme s’y on y était. Depuis son fauteuil au CinéA d’Amboise.

Tosca, dans des décors copie conforme des lieux réels. (c) Metropolitan Opera – Photo d’accueil : la Walkyrie

Rue de la Scellerie, on affiche souvent complet. Demandez aux mozartiens du coin s’ils ont tous pu franchir la porte du Grand Théâtre pour aller faire la noce avec Figaro. Trois soirées par spectacle, soit pas loin de trois mille spectateurs, c’est déjà bien. C’est vrai, Tours a la chance exceptionnelle de pouvoir se régaler de lyrique et de symphonique à un excellent niveau de qualité et avec un solide programme. Mais, quand on est amoureux de la glotte triomphante, on compte : six opéras en une saison, c’est plus que ce que l’on trouve dans moult villes françaises, et c’est peu pour une oreille gourmande de contre-ut. Paris, c’est loin et – avouons-le – c’est cher. Quant à New-York ou Moscou, n’en parlons pas.

Eh bien si, parlons-en. Si la projection numérique nous a parfois transformés en scaphandriers depuis l’invention de la 3D, elle a aussi permis d’expédier par-dessus les océans et la Place Rouge des images et des sons qui ont à la fois la bonne idée d’être techniquement parfaits mais aussi porteurs de spectacles inaccessibles jusqu’alors, en tout cas pour des tourangeaux sédentaires.

Les satellites font une drôle de bobine

Petit paragraphe technique : il fut un temps où le cinéma se transportait dans de grosses boîtes en tôle. A l’intérieur, quelques kilomètres d’un ruban transparent couvert de petites images que l’on appelait – les plus anciens s’en souviennent… – pellicule. On mettait, grâce aux biceps des opérateurs, les énormes bobines de pellicule sur les bras, non moins solides, des projecteurs. Une lampe, judicieusement placée derrière le ruban, projetait en grand sur un écran les images qu’il transportait. Mais uniquement celles-ci.

Le cinéma numérique, à part la grosse lampe, c’est une sorte de télévision (ou d’ordinateur), un énorme vidéoprojecteur qui balance des images venues de nulle part, c’est-à-dire de partout. On le sait, les ondes voyagent, le premier téléspectateur venu vous le dira. Qu’on les expédie vers un satellite et elles arrosent le monde entier et, au passage, Tours et Amboise.

Puccini, à la manière – et avec l’ampleur – d’Il était une fois dans l’Ouest (c) Metropolitan Opera

Amboise, c’est là que l’on a pu pour la première fois se croire à New-York, 88, West End Avenue, NY 10023-6389, alias Lincoln Center. Discrètement, le CinéA a installé une parabole sur son toit. Reliée au vidéoprojecteur précité, cela suffisait pour que le miracle ait lieu. C’était il y a quelques années. Le directeur de l’endroit, Roberto Rui, avait eu le culot de programmer Wagner, Verdi et quelques amis dans une salle quand les Ch’tis déboulaient dans l’autre. Et, en plus, en direct du « Met ».

On applaudit tout de même

Culotté, sans doute, mais aujourd’hui les séances ont leurs fidèles, souvent venus de Tours. Et comme le directeur y a ajouté la possibilité de casser une petite croûte à l’entracte, ça vous ajoute côté convivial pas guindé pour un sou. Faites l’essai, il y a encore un peu de place.

Certes, quelques puristes boudent (ou, le plus souvent, ignorent) les possibilités offertes aux amoureux de Carmen et de Butterfly par la technologie. Certes, s’asseoir devant un écran n’offre pas la même vibration charnelle que de s’installer dans un fauteuil à dix mètres d’une diva, juste derrière l’agité qui mène à la baguette ses cinquante musiciens. Certes, mais…

Demandez au public d’habitués qui confondent les bords de Loire avec ceux de l’Hudson. D’abord, ils ont la chance d’entendre les plus grands (Anna Netrebko, Roberto Alagna, Jonas Kaufmann, entre autres) dirigés par les meilleurs chefs du monde, ce qui n’est pas rien. Ensuite, ils vous diront qu’il faut peu de temps pour entrer dans le jeu après être entré dans la salle (en même temps que les new-yorkais visibles sur l’écran). Et ils avoueront qu’ils applaudissent les performances des chanteurs comme s’ils étaient sur place. « La magie du direct », disait-on autrefois à la télé.

Preuve que le pari de Roberto Rui était bon, le principe a essaimé et a évolué. À Tours, les CGR proposent des représentations de l’opéra Bastille, majoritairement, mais aussi des ballets.

Quant au CinéA, il retransmet les ballets du Bolchoï ou des pièces de la Comédie Française. En plus du Metropolitan, of course.

Le programme du CinéA d’Amboise
Celui du CGR Centre et du CGR Deux Lions
Et pendant qu’on y est, au Metropolitan de New-York

 

2 commentaires sur “Une antenne à Amboise
pour le Metropolitan Opera de New-York”

  1. Ping : « Marnie » au Metropolitan… et à Amboise Quand Hitchcock entre à l’opéra - Entrée du public

  2. Ping : Traviata au Ciné A d'Amboise C’est la saison des amours - Entrée du public

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