Shen Yun en tournée
Entre propagande(s) et chorégraphie

Quand il s’agit de faire sa pub, la troupe de Shen Yun sait y faire. Pas une page Facebook, entre autres, n’y échappe. Mais ce qui est plus subtil (encore que…), c’est la propagande que la compagnie programme entre deux tableaux. Et là, ça se complique.

Impossible d’y échapper. Depuis des mois, le spectacle de Shen Yun s’affiche partout, à commencer par Internet. Difficile de ne pas subir le coup de gong et l’affirmation que l’on passera « une soirée inoubliable », que c’est « une épopée féerique » et que le New-York magazine dit du spectacle qu’il faut « le voir absolument ». Et puis, Véronique Jannot l’a dit aussi (dans la pub, toujours, mais on peut supposer qu’elle n’est pas allée au-delà, en sinologue amateur qu’elle est). Un vrai supplice chinois.

Cela dit, derrière le spectacle, c’est un peu plus compliqué. Certes, Shen Yun présente un excellent travail (avec sept troupes à travers le monde, selon le principe cher à Holiday on Ice). On tortille du doigt en cadence, on s’envole dans de grands froufrous de chiffons colorés, tout ce petit monde fonctionne au millimètre devant un immense fond de scène où défilent des images un poil ringardes mais représentatives de la Chine d’antan. Bref, les amateurs de chinoiseries chorégraphiques n’ont pas à se plaindre, c’est vrai.

Un travail dont la qualité est incontestée. (Photo Shen Yun Performing Arts)

Reste que quelques grincheux n’apprécient pas de se voir infliger, entre deux tableaux (ou même au sein de certains) un discours de propagande pour lequel ils n’ont pas signé. Surprise, ce n’est pas, comme on pourrait s’y attendre, un discours pro-Xi Jinping que l’on reçoit mais, au contraire, une critique du régime du successeur de Mao. Explications.

De la gym qui fait tousser

Derrière Shen Yun, se trouve le Falun Dafa (ou Falun Gong, c’est pareil et ça veut dire l’École de la roue de la loi de Bouddha), un mouvement exporté en 1999 par un certain Li Hongzhi après un gros coup de colère du régime. Aujourd’hui, certains le voient comme une sorte de secte, quoique plus soft que la Scientologie (on ne vise pas trop au porte-monnaie des sympathisants et l’on ne sépare pas les familles).

L’histoire commence dans les rues de Chine, où des rassemblements pratiquent le qigong, une gymnastique minimaliste peu propice à procurer la musculature de Schwarzenegger mais au moins la sérénité. Les touristes s’en amusent, ou plutôt s’en amusaient. Car, si cette gymnastique traditionnelle a toujours existé, Li Hongzhi en a développé la pratique, à tel point qu’il a pu annoncer avoir eu plus de sympathisants que le Parti communiste chinois. Ça, du côté de la cité interdite, on n’aime pas beaucoup. Et quand on n’est pas content, en Chine, ça finit mal.

Sans que l’on puisse vraiment vérifier (pas plus que les chiffres donnés par Li Hongzhi qui a néanmoins rassemblé un jour 10 000 partisans devant le siège du parti en plein Pékin), le mouvement aurait été réprimé à la mode locale – emprisonnements, tortures et, dit-on, mort par prélèvement d’organes en vue d’un sanglant trafic – et interdit. D’où l’expatriation de Li Hongzhi qui va continuer à répandre la bonne parole depuis les États-Unis. Le journal Le Monde explique parfaitement les choses dans une excellente vidéo que vous pourrez voir ICI.

Comme il faut bien vivre, Li Hongzhi écrit des bouquins, donne des cours et des conférences. On dit qu’il fait aussi des séances de guérison (payantes) dont l’efficacité n’a pas été démontrée, c’est peu dire.

Entre petits hommes verts et Superman

La mystique de Falun Dafa est un brin confuse, comme l’explique Libération : « Un cocktail abracadabrant de mystique traditionnelle chinoise remise au goût d’un pays qui découvre la modernité occidentale. Emprunts au taoïsme et au bouddhisme, animisme et alchimie s’y mêlent à des références pseudo-scientifiques venues de l’informatique ou de la physique quantique, mais aussi à la croyance aux extra-terrestres, aux soucoupes volantes, le tout mis à la sauce d’une morale confucéenne puritaine. »

Les ombrelles, paravents du Falun Dafa… (Photo Shen Yun Performing Arts)

Li Hongzhi anime depuis 2006, la fameuse troupe, Shen Yun, censée représenter la véritable culture chinoise, laquelle aurait été pervertie par le Parti communiste, voire détruite, ce que conteste évidemment le gouvernement chinois. Pour être franc, il est probable que les deux points de vue se défendent, le drapeau rouge ayant peu de chance d’avoir fait partie de la danse chinoise il y cinq mille ans pas plus que la critique du parti ne devait inspirer les chorégraphes de l’époque.

Il semble que le pouvoir chinois ait régulièrement tenté de faire interdire les spectacles de Shen Yun, ce qui ne serait pas surprenant quand on lit le communiqué vengeur publié sur les sites de ses ambassades (cliquez), où Li Hongzhi est présenté comme porteur d’un « doctrine absurde ». Ce n’est pas à nous de juger mais il est vrai que le monsieur, qui affirme que son « corps émet des rayons infra-rouges, ultraviolets, des ondes subsoniques, des rayons gamma, des forces magnétiques, et un bombardement de neutrons à des niveaux 80 à 170 fois supérieurs à ceux d’un être ordinaire » (Libération) a parfois de drôles d’idées…

Il faut donc savoir que le spectacle de Shen Yun, quelle que soit sa qualité, n’est pas innocent. Au spectateur de juger et de supporter, selon les cas, des intermèdes « éducatifs » ou des tableaux où le méchant communiste est converti par la sérénité du qigong.

Dernière précision, proclamée haut et fort par les organisateurs : « Shen Yun n’est pas originaire de Chine. Shen Yun est basé à New York, pas en Chine, et n’est en aucune façon affecté par le coronavirus. » Évidemment, si vous avez lu ce qui précède, vous le saviez déjà.

En tournée et au Palais des congrès Vinci de Tours les mardi 18 février 2020 à 20 heures, mercredi 19 février à 15 heures et 20 heures, jeudi 20 février à 14 heures.
Attention, à l’heure où nous publions, il ne reste que quelques places (deux ou trois par-ci par-là) pour chaque séance !
Réserver à Tours avec Entrée du Public ICI
…et pour réserver ailleurs en France, c’est LÀ