Le Prénom en tournée a tours
Rendu célèbre, notamment, par Patrick Bruel au théâtre et au cinéma, Le Prénom revient sur scène avec une distribution qui a pour lourde charge de faire oublier ceux qui ont porté la pièce sur les fonts baptismaux, c’est le cas de le dire. Pour vérifier si le pari est gagné, il faudra aller au Vinci de Tours le 7 décembre 2019. Le Prénom a quitté le théâtre Édouard VII pour partir en tournée.

Reprendre un immense succès est un pari risqué. C’est ce que l’on a vu avec Art, de Yasmina Reza (voir ICI notre article) il y a peu. Un pari réussi, c’est sûr, mais qui avait dans sa besace quelques solides cartouches puisque Jean-Pierre Darroussin et Charles Berling étaient en scène avec Alain Fromager.
Nouveaux noms pour Le Prénom
Rien de pareil avec le retour sur scène (toujours mis en scène par Bernard Murat, directeur du théâtre Édouard VII où la pièce est venue au monde). Cette fois, le formidable Vincent de Patrick Bruel, le magnifique Pierre de Charles Berling (qui remplaçait Jean-Michel Dupuis au cinéma), l’inénarrable Claude de Guillaume de Tonquédec, la superbe Élisabeth de la regrettée Valérie Benguigui, l’excellente Anna de Judith El Zein (on arrête là : tout le monde était parfait) n’ont pas droit à des doublures de leur calibre. En apparence, en tout cas, puisque ce sont deux habitués des one-man-shows comiques qui sont en tête d’affiche.
Certes, leur nom a connu la gloire des écrans plats (et quelques apparitions au cinéma) mais leur activité théâtrale reste (beaucoup) plus discrète. Florent Peyre et Jonathan Lambert (le reste de la distribution n’est pas définitif et sera différent des représentations du théâtre Édouard VII) sont en tête d’affiche.
Du premier, on connaît surtout ses prestations d’imitateur dans On n’demande qu’à en rire ou encore Touche pas à mon poste !, qui ne font pas figure de référence en la matière. Du second, on rappellera sa présence (à nos yeux oubliable) dans Quotidien ou encore dans On n’est pas couché. Bref, pas de quoi faire rêver les trois millions de spectateurs de la version cinématographique de 2011.
Une tragédie comique

Pourtant, si l’on en croit les critiques et les réactions du public lors de la reprise parisienne, il semble que nous soyons dans l’erreur. Comme quoi on peut être modeste humoriste et bon comédien. « Je voulais une nouvelle génération, qui colle avec l’âge des personnages : 35 ans. Ceux-là, dans leur légèreté, ont réussi à épouser l’importance des propos qui sont tenus dans une famille. Pour un prénom, on est capable de se tuer » dit Bernard Murat. Nous avons sans doute tort de nous accrocher à nos souvenirs, aussi bons soient-ils. Après tout, on rejoue Molière et l’on a oublié la distribution de la création…
Il faut dire que le texte de Matthieu Delaporte et Alexandre de la Patellière est véritablement exceptionnel. Pour ceux qui n’étaient pas au courant, Le Prénom met en présence famille et amis d’un couple qui va avoir un enfant. On demande au futur père le prénom qui a été choisi et tout déraille. Les caractères, les situations, les mots sont tous justes, et sonnent vrai. La construction de la pièce est celle d’une tragédie (ce que confirme le metteur en scène) et pourrait conduire au drame.
On ne dira pas à ceux qui ne la connaissent pas quelle est la chute. Mais, ce qui est certain, c’est qu’au côté de prétendues pièces de boulevard « à succès », Le Prénom fait figure – à juste titre – de chef-d’œuvre.
Il sera possible de rire et d’apprécier la nouvelle distribution le 7 décembre au Vinci de Tours. A priori, les comédiens du Prénom sont en train de se faire un nom.

