Devos de l’humour
Le festival perd son Monsieur Loyal

Dernière mise à jour le 21 juillet 2023

Salut, l’artiste !

Il avait les yeux d’un enfant qui découvre le cirque. Il avait l’enthousiasme, la foi, la volonté, la joie d’un éternel gamin. Il savait faire des miracles, il aimait les artistes et les artistes le lui rendaient bien.

Claude Even était l’un des leurs, même s’il ne les rejoignait devant le public que pour les annoncer ou les remercier. Claude Even est décédé. On pourrait enfiler les images habituelles, dire qu’il a tiré le rideau, qu’il a quitté la scène… On pourrait.

On se rappellera surtout sa gentillesse, que ce soit dans son imprimerie juste derrière le Théâtre de Tours, un signe, peut-être, ou à Monnaie. Claude Even a créé les Devos de l’humour, un festival impensable dans une si petite commune. C’était en 1989. Depuis, on ne s’étonne plus de voir des villages devenir des capitales du spectacle. En ce temps-là, monsieur, oui, c’était un miracle.

Claude Even avait commencé très tôt à organiser des spectacles dans sa ville. Début avec Les Compagnons de la chanson, les complices d’Édith Piaf. Oubliés, sans doute, aujourd’hui, mais à l’époque, des stars. D’autres, beaucoup, lui doivent d’avoir pu démarrer, comme Les Bodin’s, qui n’ont pas oublié.

Et puis, il y eut Raymond Devos. On est en 1980. Coup de foudre amical entre les deux hommes. Sans doute le même mélange de passion et de modestie. Devos reviendra, un festival prendra son nom, des tonnes d’autres humoristes (des vrais, suivez notre regard…) seront à l’affiche. Un truc dingue, génial, superbe.

Le gamin a toujours les yeux grands ouverts. Et les bras. Claude Even, l’ami des artistes.

Des soirées exceptionnelles, aussi. Celle où tout le public accueille Raymond Devos un nez de clown sur le museau. Celle des trente ans du festival, que nous évoquions ici dans un article que nous reprenons pour rendre hommage au grand bonhomme qu’était Claude Even.

En laissant Claude Even rejoindre son pote Raymond, le festival des Devos de l’humour a perdu son Monsieur Loyal, mais, on peut en être sûr, il gardera son âme.

 

Raymond Devos découvre – avec le sourire – les loges « rustiques » du Foyer rural de Monnaie. Nous sommes en 1980. (Photos d’archives Pierre Fitou)

Il y a des histoires qui vous donnent la banane, qui vous font regretter de ne pas en être (ou en avoir été) et qui vous incitent à aller y mettre le nez (rouge, le nez, on verra pourquoi). Quitte à élargir la zone d’intérêt habituelle d’Entrée du Public, direction Monnaie et Les Devos de l’humour.

Au commencement était un village (on ne nous en voudra pas : à l’époque, Monnaie comptait 2 000 habitants maxi) qui se demandait comment distraire les populations locales tout en exploitant au mieux son « foyer rural ». En charge de cette mission impossible, une bande de copains – alias « comité des fêtes » – dont un certain Claude Even, au sens de l’humour aussi affûté que la moustache.

Coup de foudre à Monnaie

Entre bals des ménages et matinées costumées, on fait dans le traditionnel. Mais ça chatouille (ou ça gratouille) du côté du comité. On se ferait bien du spectacle, du vrai de vrai. Et comme on n’a peur de rien on invite… Les Compagnons de la chanson, grandissimes stars de l’époque et accessoirement copains d’Édith Piaf qui, disons-le tout de suite, n’a rien à voir dans l’histoire. Évidemment, c’est un tabac (on utilise même les sièges du cirque Pinder, qui hiverne toujours à Monnaie) et on remet ça l’année suivante avec Les Frères Jacques.

Les Bodin's à Tours
Les Bodin’s sont restés fidèles aux Devos de l’humour où ils ont débuté et sont venus fêter l’anniversaire de la Salle Raymond Devos avec nombre d’autres comiques, programmés à Monnaie au fil du temps. (Photo Gérard Proust)

Arrive 1980. Les organisateurs sont quasi des pros et Raymond Devos accepte de se perdre deux jours dans la Touraine profonde. Il ne s’en remettra jamais. L’ambiance est telle, conviviale, chaleureuse et enthousiaste, que le roi du sens interdit et du contresens autorisé rajoute trois quarts d’heure au spectacle. Touché en plein cœur, avec en prime un grand coup de sympathie pour l’équipe de bénévoles. Devos reviendra, malgré des loges un brin rustiques (voir photo).

Un TRÈS grand monsieur

Pour ceux qui ne connaissent pas (le temps passe…), il faut rappeler que Raymond Devos est l’un des plus grands humoristes (comique serait réducteur) que la France ait connu. À peine peut-on glisser à ses côtés, dans des genres différents, Guy Bedos, Pierre Desproges ou Coluche. Raymond Devos est autant homme de cirque, clown magnifique, humoriste que poète. Il jongle, au premier degré, comme il le fait avec les mots. La langue de ses textes mérite d’être étudiée dans les classes de français (ce qui doit être le cas, d’ailleurs, certains profs ont du talent), son sens de l’absurde est à la scène ce que celui de Jacques Tati est au cinéma. Bref, Devos est un TRÈS grand. Le voir s’attacher à Monnaie est un miracle.

Dès lors, la ville affiche pas mal de noms connus et beaucoup qui le seront. C’est un temps où l’humour ne pleut pas des sunlights télévisuels avant de sécher comme une averse d’été sur le bitume surchauffé. Un temps où le coup de gueule nombriliste ne sert pas de répertoire et où les artistes n’affichent pas des personnalités proches du clonage. L’histoire est racontée ici en détails, sur le site du festival.

Retour de Devos en 1988. Triomphe évidemment. Le géant est à l’aise dans la petite ville. Un an plus tard, elle donne son nom au vieux « foyer rural » rafraîchi. Cinq-cents personnes dans la salle. Tous ses amis. Une surprise d’autant plus grande qu’à son entrée, tout le monde porte un nez rouge de clown. Devos a le sien. Encore un an et Les Devos de l’humour, devenus biennale, ont un nom. Ils le garderont en hommage à celui qui disparaît en 2006.

Aux Devos de l’humour, le programme est toujours de qualité. Les meilleurs passent à Monnaie. L’enthousiasme perdure dans la salle et dans l’équipe des organisateurs, Claude Even toujours en tête

Au fil des ans, Les Devos de l’humour ont essaimé dans tout le département (le programme est ici), mais n’oublient jamais de passer par la salle du maître, « sa » salle, la salle Raymond Devos de Monnaie.

Du samedi 29 septembre au samedi 20 octobre 2018

Toutes les infos ici
Et là, Devos parle de « son » festival :