Dernière mise à jour le 31 octobre 2022
Il a écrit un Lucky Luke tout en s’offrant un spectacle avec grand orchestre. Il revient à Tours Sans modération en 2022, ce qui lui convient très bien.
Laurent Gerra sera au Vinci le 1er juin 2022, et, comme d’habitude, ce sera sûrement à guichet fermé.

Quand on est amoureux de la bonne chère et des millésimes gouleyants, rien de surprenant à s’afficher avec une étiquette de bouteille sur le front. C’est comme ça que Laurent Gerra avait choisi de présenter son nouveau spectacle Sans modération avant que l’épidémie ne vienne foutre en l’air la programmation initiale.

Au départ, il s’agissait d’une Cuvée anniversaire, puisque Laurent Gerra fêtait ses vingt-cinq ans de scène. On aura donc dû laisser la récolte mûrir un peu avant de retrouver l’humoriste-imitateur, mais le produit reste allègrement consommable. Pour rigoler, l’affiche a été modifiée et l’étiquette est descendue du front sur le nez, à l’instar de l’accessoire tendance ces derniers temps, le masque.
Un accessoire qui sera peut-être bientôt passé de mode, il faut l’espérer, permettant enfin à l’artiste de quitter les studios de RTL pour reprendre la route.
Cap à l’Ouest
Laurent Gerra est un auteur de bandes dessinées français. Il est aussi connu pour ses imitations. Faux ? Pas tout-à-fait. En 2004, Laurent Gerra a eu envie d’écrire le scénario du dernier Lucky Luke. Cap à l’Ouest, mais avec une originalité : le livre serait un hommage aux Tontons flingueurs. Les tontons Dalton sont parus avec la bénédiction de Georges Lautner lui-même. Et, pour l’occasion, l’auteur a emprunté quelques voix ici et là. Deux exemple ? C’est parti.
La bouille du gamin farceur
Retour à la scène rapide, non sans quelques passages sur le grand écran, comme comédien. Dans un premier temps, Lauren Gerra s’est amusé à balader avec lui un grand orchestre, à la manière de Raymond Ventura. Pour Sans modération, l’orchestre est toujours là mais en version réduite. Ce qui n’exclue pas la qualité, loin s’en f aut.
Pour le reste, c’est l’avantage avec les gens très célèbres, pas grand-chose à ajouter. Laurent Gerra, tout le monde connaît… et ne s’en lasse pas.

Si la classe politique et les petits copains du show-biz en prennent toujours pour leur grade (la marque de fabrique des imitateurs en général et de Laurent Gerra en particulier), il se la joue tendre quand il évoque les grandes voix de la chanson française. On retrouve donc Brassens, Trenet, Aznavour, Nougaro ou Johnny aux côtés de Nicolas Sarkozy, François Hollande et consorts.
On retrouvera aussi cette bouille de gamin farceur (dont il joue beaucoup comme il joue de sa complicité amicale avec le public) qui devait déjà être celle du môme de Mézeriat, noble cité proche de Bourg-en Bresse. Puisqu’il s’ennuyait à l’école, le petit Laurent (que l’on retrouvera sur scène) faisait rigoler ses copains. À cinq ans il imitait déjà Dutronc et Sardou, mais aussi les personnages de La Petite maison dans la prairie. C’était de son âge.
Un bidasse récalcitrant
Quelques années plus tard, tentant de rouler le médecin qui devait faire de lui un soldat, il se fait pincer. Mais le toubib apprécie la franchise du bidasse récalcitrant quand il lui avoue vouloir monter à Paris pour faire carrière. La France aura perdu un comique troupier mais gagné un grand humoriste.

Accompagné par Virginie Lemoine, à la scène comme à la ville en ce temps-là, il va peu à peu conquérir la célébrité en passant par la télévision (Ainsi font font font de Jacques Martin, et Studio Gabriel de Michel Drucker) et la radio, qu’il n’a jamais quittée, comme le savent les auditeurs de RTL.
Dix ans après la disparition de Thierry le Luron, les français retrouvaient un imitateur digne de lui. Certes, ses textes (écrit en collaboration, notamment, avec Jean-Jacques Peroni, Régis Mailhot, Albert Algoud et Pascal Fioretto) ne sont pas toujours des plus policés, c’est même la partie faible du spectacle. Laurent Gerra devrait laisser le pipi-caca aux Chevaliers du fiel et affiner le sujet, par exemple pour se hisser plus souvent à la hauteur de son portrait de Fabrice Luchini. Démonstration par l’absurde : la séquence la plus drôle sur François Hollande est un sketch muet…
Le talent de l’homme est tout entier dans la dernière partie, de loin la meilleure, lorsqu’il retrouve sa collection de personnages, politiques, évidemment, mais surtout artistes, comédiens et chanteurs. On retrouve l’imitateur des voix, bien sûr, mais aussi des mimiques et des attitudes, un assemblage qui le rend – presque – unique. Et l’émotion est réelle, des deux côtés de la rampe.
À ce moment-là, en remarquable observateur des comportements autant que des voix, Laurent Gerra est une pièce rare.

