Haroun
joue double « je » en tournée

Et un de plus. Il pleut des comiques par les temps qui courent. Haroun fait partie de l’averse. Avec un look et un style différent. Des textes, du style, de l’humour (du vrai). Un cas suffisamment rare pour être signalé. Et, en plus, dans son prochain spectacle, Seuls, il se dédouble. On n’en demandait pas tant.

Entre YouTube et le Jamel Comedy Club, les comiques pleuvent sur nos scènes et nos écrans. Pas toujours très drôles, rarement originaux, probablement pas éternels. C’est ainsi, c’est bien, parfois, et pas terrible, souvent.

Haroun (un bébé-Debouzze lui aussi) est annoncé comme « différent » (c’est généralement la formule employée par les producteurs, ça ne mange pas de pain). Sauf que là, il y a du vrai. Nous, on ne dira pas qu’Haroun est vraiment différent parce que nous avons quelques heures de vol dans les fauteuils des salles de spectacles (quand elles sont ouvertes) et que nous en avons déjà vu, nous, des comiques différents.

Différents de ceux d’aujourd’hui, pour qui la rigolade est synonyme d’agressivité, les textes synonymes d’insultes, et les situations synonymes de rubriques des faits divers. Oui, on en a vu qui savaient écrire, qui nous faisaient nous fendre la gueule sans gueuler, qui savaient mettre en boîte sans insulter. Des comiques, des humoristes, des artistes, quoi.

Haroun entre dans cette catégorie. Approche confirmée par pas mal de critiques, de ceux que l’on peut prendre au sérieux. Ils y voient un héritier de Gaspard Proust, « moins désabusé, moins cynique que son aîné, préférant le sourire en coin au rictus un brin dédaigneux de Proust. » (Le Monde). Un « gendre idéal » (là, c’est vrai, on ne fait pas dans l’originalité question métaphore, mais avec ses chemises bien repassées et ses jolis costumes, hein…), un gars qui parle de tout (là non plus, ce n’est pas très original, c’est devenu la règle, mais lui le fait avec finesse, tellement qu’il peut rigoler – et faire rigoler – des Marseillais… à Marseille).

« Loin des codes du genre, Haroun ose tout, parle racisme, politique, religion, écologie, simplement, sans méchanceté ni vulgarité. Un humoriste « conscient  », aussi à l’aise au Jamel Comedy Club qu’en citant Céline ou Flaubert ; qui préfère parler de l’humour comme d’une « arme de réflexion massive », en privilégiant le message plutôt que de faire « rire avec des choses creuses> ». (Télérama) On est bien d’accord, et ça fait du bien.

Haroun, en tournée avec "Seuls", de passage à Joué-lès-Tours. (Photo théâtyre)
Le gendre idéal, philosophe et humoriste. (Photo DR)
Propulsé par YouTube

Né en 1984, il va grandir à Bures-sur-Yvette, faire des études de commerce et de break-danse ( !), un petit tour du monde et prendre des cours d’improvisation. Haroun se lance sur toutes les scènes ouvertes de la capitale. Il fait la première partie du Comte de Bouderbala qu’il éclipse aux yeux de pas mal de spectateurs.

Il utilise aussi largement YouTube à partir de 2019 où ses Pasquinades le font connaître. Depuis, sa reconnaissance s’installe gentiment. Toujours poussée à la vitesse d’Internet par ses vidéos où il truque des interviews de personnalités, comme ici.

« En bon élève, il dit se nourrir autant de Coluche que du Dictionnaire des idées reçues de Flaubert ou des Aphorismes de Schopenhauer. Son « rêve ultime » : écrire un livre [Il l’a fait, ça s’appelle Les Pensées d’Héractète et c’est un texte philosophique]. En attendant il tente de « philosopher » sur scène. « Je ne veux pas être dans le jugement mais intégrer le public à ma bêtise, à mes interrogations sur ce qui vaut la peine d’être vécu » raconte Le Monde. Un cours de philo à la sauce Coluche ? Pourquoi pas ?

Pour son prochain spectacle, Seuls, Haroun met les bouchées doubles. Si l’on en croit le teaser de son spectacle (pour le reste, il faudra attendre le début de la tournée), c’est plus à Stevenson qu’à Coluche qu’il fait référence. À la manière de Docteur Jekyll et Mister Hide, Haroun met en scène sa double personnalité. Un double « je » que l’on avait déjà aperçu dans ses précédents spectacles, le gentil garçon pouvant se permettre d’être un sacré garnement. Comme il disait lors de ses Pasquinades : gendre idéal « mais pas que »…

Samedi 18 décembre 2021 à 21 heures à l’Espace Malraux de Joué-lès-Tours (Indre & Loire)
Réserver en Touraine avec Entrée du Public ICI
…et pour réserver ailleurs en France, c’est