Cosi fan tutte à l’Opéra de Tours
L’amour en transes napolitaines

Dernière mise à jour le 19 mai 2020

C’est le tube mozartien par excellence. Cosi fan tutte fait l’ouverture de la saison à l’Opéra de Tours. Avec le regard de Gilles Bouillon sur ces intrigues amoureuses originellement situées du côté de Naples par Mozart et son librettiste fétiche.

 

Cosi fan tutte à l'Opéra de Tours
Gilles Bouillon met en scène sa version contemporaine de Cosi fan tutte pour la troisième fois. (Photo François Berthon)

En toute logique politiquement correcte, Wolfgang devrait en prendre pour son grade sur les réseaux sociaux. Son Cosi fan tutte ressasse allègrement en sens unique tous les poncifs (masculins, évidemment) sur l‘infidélité des femmes. Pas le temps d’écrire Cosi fan tutti i ragazzi, monsieur Mozart ?

Petit rappel du « pitch » (la transposition de l’opéra au XXe siècle par le metteur en scène autorise cet anachronisme littéraire). Un cynique jeune homme (Don Alfonso) parie avec ses amis (Guglielmo et Ferrando), fiancés, que leurs promises – deux sœurs, Fiordiligi et Dorabella, les tromperont, « comme elles le font toutes ». Il déguise ses camarades, supposés partis pour la guerre, et les lance à l’assaut de leurs propres fiancées. Lesquelles finiront par se laisser aller, d’où les inquiétudes facebookesques évoquées plus haut. Tout le monde se réconciliera mais gardera dans le cœur une amertume qui laisse craindre un avenir peu radieux pour les couples. Cosi est une comédie, mais le tragique n’est pas loin.

Mozart, ce contemporain

On n’est pas loin de Marivaux, même si le livret de Da Ponte n’emprunte à personne, contrairement aux Noces de Figaro, inspirées par Beaumarchais. Cela dit, l’histoire part dans tous les sens, s’affranchit de toute vraisemblance, et laisse à Mozart l’occasion d’écrire ce que certains considèrent comme sa plus belle création lyrique.

Et c’est vrai que Wolfgang s’en donne à cœur joie. Des arias pour chacun des personnages principaux répartis dans chaque acte, le thème-titre glissé dans l’ouverture et que l’on retrouve au deuxième acte, et un clin d’œil (ou d’oreille) aux Noces de Figaro dans lequel on chantait déjà… « Cosi fan tutte le belle ».

Partout, c’est un festival. Chaque scène, chaque sentiment est souligné d’une musique dont la richesse a rarement été égalée par Mozart, selon certains analystes.

Cosi fan tutte à l'Opéra de Tours
Gilles Bouillon en répétition de Cosi fan tutte lors des journées du patrimoine. (Photo Opéra de Tours)

La mise en scène de ce Cosi fan tutte est confiée à Gilles Bouillon. L’ancien directeur du Théâtre Olympia (Centre Dramatique National de Tours) retrouve Cosi pour la troisième fois puisque c’est lui qui l’a créé sous cette forme en 2014 à la demande de Jean-Yves Ossonce, alors directeur de l’Opéra de Tours et chef d’orchestre. Bouillon reprenait ensuite sa production à Toulon en 2015.

Les Tourangeaux ont donc déjà vu cette adaptation contemporaine de l’opéra. Gilles Bouillon déménage les transes napolitaines de Cosi de la baie de Naples aux rives du Lac de Côme, dans une propriété – lieu unique – peut-être prêtée par George Clooney, qui sait ?

Comme toujours, ce type de transposition a ses admirateurs et ses détracteurs. Pour les premiers, « Gilles Bouillon ne vise pas la relecture mais s’efforce de fluidifier le déroulement de l’ouvrage et de mettre en évidence les sentiments des personnages. […] Il réalise un travail minutieux de directeur d’acteurs qui rend crédibles les espoirs et les tourments du quatuor d’amoureux. » (ResMusica).

Pour les autres, « transplanté de Naples et son Vésuve symbolique dans un arbitraire bord du placide lac de Côme, situé dans une vaste demeure sans charme, le charmant et cruel opéra perd beaucoup du sien. » (ClassicNews). Chacun appréciera mais si l’on en juge par la satisfaction du public, les choix de Gilles Bouillon sont majoritairement applaudis : « Il y a des signes qui ne trompent pas : une salle comble, vissée sur son siège, applaudissant à tout rompre après presque quatre heures de spectacle, ne peut qu’avoir passé une bonne soirée » dit ForumOpéra, qui apprécie la mise en scène : « Le dispositif sur lequel s’appuie la mise en scène de Gilles Bouillon est aussi simple qu’efficace ».

Reste maintenant à juger sur pièce la direction d’orchestre du nouveau maître des lieux, Benjamin Pionnier, que les habitués pourront comparer à celle de Jean-Yves Ossonce en son temps. Quant à la distribution, totalement différente de celle de 2014, la voici :

Fiordiligi : Angélique Boudeville
Dorabella : Alienor Feix
Despina : Dima Bawab
Ferrando : Sébastien Droy
Guglielmo : Marc Scoffoni
Don Alfonso : Leonardo Galeazzi

Grand Théâtre (opéra) de Tours, les vendredi 4 octobre à 20 heures, dimanche 6 octobre à 15 heures et mardi 8 octobre à 20 heures.
Réservations (s’il reste des places, ce qui est peu probable…) et renseignements ICI