Benjamin Biolay en tournée
« Et le chanteur du groupe s’appelle… »

Sa dernière tournée, il l’a faite avec Melvil Poupaud. Balade complice entre amis. Avec Grand Prix, Benjamin Biolay reprend la route en solitaire, en chanteur de groupe, dit-il, pour dire à tous « Comment est ta peine ? »

Biolay, c’est le gars dont on se dit en le voyant qu’il n’a pas dormi des masses, qu’il n’a pas sucé que des glaçons pendant la nuit, et qu’il ne va pas tenir la distance si la rencontre dure un peu trop. On a tort. D’abord parce que, s’il a pu passer une nuit blanche, c’est sans doute parce qu’il a bossé comme un dingue.

D’ailleurs, il n’aime pas qu’on lui dise que sa musique (ou son boulot) est « facile » : « Viens dans ma peau pendant deux ans et demi ! Une fois que tu as fini tes chants, tes guitares, tes claviers et qu’il faut t’enfermer pour écrire tes cordes et, le lendemain, les diriger, viens voir si c’est facile ! » (Marie-Claire). Non, lui il est du genre à aller au studio, dit-il, pour plaquer quelques accords et à revenir le lendemain matin en s’étonnant qu’il fasse jour. Dont acte, les poches sous les yeux, c’est pour la bonne cause.

Benjamin Biolay Grand Prix Tours
Benjamin Biolay, bosseur fou. (Photo Marta Bevacqua)

Et puis, les nuits blanches imbibées, c’est fini depuis longtemps. Le Benjamin Biolay qui tombait les filles avant de tomber lui-même ivre-mort a pris conscience un (pas beau) matin qu’il n’y avait pas de quoi être fier. « Je me suis trop noyé dans le monde de la nuit, à faire n’importe quoi de ma vie, à boire beaucoup, à partir en virée. C’est là que la célébrité fausse absolument tout. » (Marie-Claire)

Débuts en fanfare

On ne reviendra pas sur sa vie privée, un peu agitée tout de même, mais on soulignera que – comme Melvil Poupaud – le monsieur a aussi du talent sur les écrans. Et qu’il ne choisit pas mal ses réalisateurs. Dernier passage en date devant la caméra, The Eddy, un téléfilm réalisé par Damien Chazelle, qui a aussi signé La la land, où il jouait le rôle d’un producteur de jazz.

Une sorte de retour au source puisque Benjamin Biolay, Lyonnais de Villefranche-sur-Saône, souffla d’abord dans le tuba de la fanfare locale avant de quitter une ambiance familiale tendue pour apprendre le trombone au conservatoire : « J’ai accepté de faire des études supérieures avec un instrument qui ne m’intéressait pas. Je mentais même à des gens que j’adorais. Je savais que c’était juste un moyen de fuir. » (Marie-Claire)

Un son Argentin

La suite se passera à Paris, où sa collaboration avec Karen Ann le conduira vers l’écriture pour l’Affaire Louis Trio et… Henri Salvador. Ce fut Chambre avec vue un énorme succès, bouée de sauvetage d’un fantaisiste en perte de vitesse, et occasion pour le jeune au mauvais caractère, d’envoyer balader le vieux Zorro qui l’avait bien cherché.

Benjamin Biolay Grand Prix Tours
En Argentine, on aime la course automobile. Apparemment, Benjamin Biolay, qui vit là-bas, aussi, si l’on en juge par l’illustration de son album, où il met en scène l’ancienne voiture de Jean-Pierre Beltoise. (Photo DR)

La suite passera par de multiples collaborations (Isabelle Boulay, Vanessa Paradis, Lulu et Bambou Gainsbourg…), parallèles au démarrage d’une carrière personnelle. Son premier album sort en 2001, c’est Rose Kennedy qui lui vaut une Victoire de la musique, première d’une belle série de récompenses.

Pas mal d’années plus tard, ce sera Volver, en 2017, album de haut niveau en partie réalisé en Argentine et pays où il vit généralement, parce qu’il s’y sent à l’aise et loin des paparazzis.

La Gibson et la Ferrari

Et puis Grand Prix, en 2019, tout frais pressé et dont le nom sera aussi celui de la tournée qui le conduira notamment à Tours.

Un titre dont on ne connaîtra peut-être la raison d’être que lorsque tout l’album aura été décortiqué. Car le premier single, Comment est ta peine ?, est une ballade nostalgique tranquille (mais dansante), la plainte triste d’un crooner à la voix grave griffée par les cigarettes. Du pur Biolay, en somme.

Benjamin Biolay Grand Prix Tours
Benjamin Biolay, la Ferrari, la Gibson et le trait de Mathieu Persan.

Certes, un titre s’appelle Interlagos, où se déroule le Grand Prix du Brésil, Benjamin Biolay serait fan de Formule 1, on parle de Ferrari dans un des textes mais, quant au reste, mystère. Sinon que le nom de l’album permet à nos confrères de s’engouffrer dans une collection de formules à faire pâlir d’envie les auteurs de l’Almanach Vermot : «  Benjamin Biolay prendra position sur la ligne de départ. (Purebreak), « Tour de chauffe en musique pour Benjamin Biolay. » (France Inter), « un virage pop pour l’artiste » (RTL) ou encore « Benjamin Biolay revient en pole position » (Musikplease)

Benjamin Biolay Grand Prix Tours
Un peu de nostalgie dans l’affiche de Grand Prix, évocatrice des graphismes d’époque comme celui-ci. (Photo DR – Dessin Cassandre)

Pour mieux créer l’ambiance, Biolay a choisi Mathieu Persan pour dessiner la pochette. Et Mathieu Persan a choisi de se référer aux graphistes de la grande époque, à commencer par le célèbre Cassandre. Il en résulte un image qui pourrait se confondre avec celles du Grand Prix de Monaco des années cinquante à soixante-dix. Joli, mais pas explicite pour autant (notre article a été écrit début juin 2020 alors que la sortie de l’album était annoncée pour le 26 du même mois).

Il semble seulement que le titre Grand Prix, soit un hommage au jeune pilote français de Formule 1 Jules Bianchi, mort des suites d’un accident au Grand Prix du Japon 2014.

Ah ! si, il y a aussi une Gibson appuyée à la Ferrari, ce qui permet peut-être de comprendre ce que dit l’artiste quand il explique : « J’ai fait cet album en imaginant que j’étais le chanteur d’un groupe. On est quatre, cinq ou six musiciens, ce qui donne une énergie, une texture de sons plus vocale, plus crooner, plus généreuse dans la façon de faire sonner la voix. » (RTL)

Comme disait feu le grand Johnny : « Le chanteur du groupe s’appelle… »

P.S. : nouvelle révélation, Vendredi 12

C’est, évidemment, le vendredi 12 juin que Biolay a livré le clip consacré à un deuxième titre de Grand Prix, Vendredi 12, où les cinéphiles reconnaîtront peut-être Monica Vitti et quelques scènes issues de ses films. (« La Supertestimone (Super témoin, 1971) et Gli Ordini Sono Ordini (Les Ordres sont les ordres, 1972), deux films réalisés par Franco Giraldi » selon Les Inrocks).

Une nouvelle ballade, une déclaration d’amour à celle qui est partie (encore), un texte que certains trouveront génial, d’autres… cucul la prâline, comme on disait autrefois : « Ce n’était qu’un vendredi 12 / Et pourtant tu as filé en douce […] Ce n’était qu’un vendredi 12/Le voisin tondait sa pelouse/à fond ». Bon, on ne veut pas prendre parti. On vous laisse choisir. Les Inrocks ont déjà décidé que l’album est éblouissant. S’ils le disent…

Jeudi 18 mars 2021 à 20h30, Le Vinci, Palais des congrès de Tours.
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…et pour réserver ailleurs en France, c’est LÀ