Assises Internationales du Journalisme
« Je t’aime, moi non plus… »

Les 12es Assises Internationales du Journalisme se tiendront à Tours pour la quatrième fois du 13 au 16 mars 2019. Thème de la session : Tous les mêmes ? Sans oublier le point d’interrogation.

Ariane Chemin et Raphaëlle Bacqué
Ariane Chemin et Raphaëlle Bacqué, grands reporters au Monde,, présideront un jury. (Photo DR)

Ils en veulent tous aux journalistes. Trump et ses « fake news », Macron et ses « journalistes qui ne cherchent plus la vérité  », les gilets jaunes et leurs « journalistes téléguidés par le pouvoir », sans oublier les réseaux sociaux qui remettent en cause la crédibilité de la presse au profit d’une « information » populaire qui ne trouve sa reconnaissance que dans la loi du nombre. Avec cette formule  : « Les Journalistes, tous les mêmes… ». Sous-entendu : « tous pourris  ».

C’est cette formule que les 12es Assises Internationales du Journalisme reprennent en exergue, non sans l’agrémenter d’un point d’interrogation. On est là pour (se) poser des questions, c’est l’ABC du métier. On va donc, pendant trois jours, face au public (l’accès est totalement libre et gratuit) parler du travail, de ses difficultés, de ses interrogations, de ses erreurs aussi. Cela se passera, pour la première fois à Tours, à l’ancienne imprimerie Mame, avec quelques incursions au Théâtre Olympia. Un joli retour puisque Mame fut l’une des plus anciennes imprimeries françaises.

On se dira tout, donc. Les journalistes sont attaqués et ils trouvent ça injuste. Certes, la presse est faillible. Certes, peut-être n’a-t-elle pas toujours été assez à l’écoute. Mais nier que les professionnels sont aussi honnêtes que possible, c’est dur à avaler. La faute à qui ? Peut-être d’abord aux politiques qui se sont tiré une balle dans le pied en critiquant, partout dans le monde, les médias qui les gênaient. Ce qui pose la question : en quoi la presse dérange-t-elle un pouvoir ? Réponse : parce que pour un politique, toute vérité n’est pas bonne à dire… CQFD

Résultat : faute de médias reconnus, les politiques n’ont plus de relais fiables. Et eux-mêmes sont décrédibilisés. Retour à l’envoyeur. Et pourtant, ils manient le paradoxe avec une obstination largement partagée. Tout le monde crache sur les médias… tout en les utilisant à outrance. C’est « Je t’aime, moi non plus  », avec une bonne dose d’hypocrisie.

Info exacte, avis libre

Sans prétendre posséder toutes les réponses, nous pensons que l’erreur initiale relève de la simple bonne foi. Il y a confusion entre information et expression. Si les deux sont libres, la première n’est respectable que si elle est exacte. C’est l’exigence d’objectivité, soit, selon M. Larousse, « la qualité de ce qui est conforme à la réalité, d’un jugement qui décrit les faits avec exactitude  ».

La seconde, qui s’appuie sur l’information, y ajoute une analyse, un regard qui est celui du journaliste. Qui a dit que la presse n’a pas le droit de prendre parti ? C’est même tout le contraire. Elle doit informer et aider à comprendre, ce qui impose de confronter les points de vue. Reprochera-t-on à l’Humanité de ne pas avoir la même opinion que Le Figaro  ?

Le malentendu, exploité tragiquement aujourd’hui, est ici. La presse n’est pas un reflet, en tout cas pas un miroir. Si elle est un reflet, c’est celui d’une eau qui bouge, qui modifie, non pas la réalité mais sa perception. Le journaliste, comme tout être humain, a sa propre vision, nourrie de ses connaissances, de ses convictions. Tout-un-chacun peut ne pas être d’accord. Mais les opinions de l’un et de l’autre ont droit au respect. Non, les journalistes ne sont pas « tous les mêmes… »

Des débats et des stars

Au fil des trois jours, quelque trois-cents intervenants prendront la parole et répondront au public. Entre « workshops », débats et autres présentations, les thèmes seront multiples, à tel point qu’il faut impérativement se référer au programme (cliquer ici) pour s’y retrouver. On parlera nouveau médias, détestation des journalistes, démocratie, gilets jaunes, éducation…

Des cartes blanches recevront pas mal de stars de la presse comme Gilles Bouleau (présentateur du JT de TF1), Guy Lagache (directeur à Radio-France), Laurent Guilier (Vice-président d’Europe 1) ou encore Dominique Wolton (directeur de recherche au CNRS).

Une soirée sera totalement animée par Plantu, des studios seront en activité pendant tout le festival, une radio spéciale sera mise sur les ondes (89.3 mhz), un film entrera dans les coulisses de Médiapart, des nouvelles technologies (réalité augmentée) seront accessibles aux visiteurs et tout particulièrement aux scolaires, secteur dévolu à Marie-Laure Augry.

Le prix Éducation aux Médias et à l’Information sera remis par un jury présidé par Harry Roselmack, (Tourangeau et présentateur sur TF1), et la meilleure publication concernant le journalisme sera désignée par un jury que présideront Raphaëlle Bacqué et Ariane Chemin, grands reporters au Monde.

La presse sous couverture

Enfin, c’est devenu une tradition, le samedi 16 mars sera consacré au Salon du livre du journalisme. Plusieurs dizaines d’auteurs y participeront, occasion pour le public de s’entretenir avec un prix Goncourt (Jérôme Ferrari), des politiques (Clémentine Autain…), des personnalités du petit écran (Marc-Olivier Fogiel, Patricia Allémonière, Claude Sérillon, Patrick Poivre d’Arvor…), du Web (Edwy Plenel…), etc. Là encore, voir sur le site des assises le détail de la liste.

Doublé depuis peu d’un jumeau tunisien, l’événement est la plus importante manifestation consacrée à la presse qui existe en France et, peut-être, en Europe. Une occasion exceptionnelle de comprendre un métier qui a toujours séduit mais qui est de plus en plus incompris.

Mercredi 13, jeudi 14, vendredi 15 et samedi 16 mars 2019 à l’ancienne imprimerie Mame (voir ici) et au Théâtre Olympia, entre autres lieux.

À noter :

Le lundi 11 mars, avant-première du film documentaire Depuis Médiapart
réalisé par Naruna Kaplan de Macedo.
Le film a été tourné dans les locaux de Médiapart
pendant la campagne des présidentielles 2017 et après l’élection.
La projection sera suivie d’une rencontre avec la réalisatrice.
Au CGR-Tours Centre, 4, place François Truffaut, 37000 Tours (20 heures).
ENTRÉE PAYANTE
(l’accès aux assises est gratuit)

Le programme détaillé des Assises se trouve ICI

…et le détail du Salon du livre de journalisme, c’est LÀ