14 mai 2026
La Périchole, de l'Opéra-comique à celui de Tours. (Photo Opéra-comique Stéphane Brion)

Un personnage de fiction repris d'une véritable courtisane péruvienne par Mérimée et Offenbach. (Photo Opéra-comique Stéphane Brion)

La classique opérette de fin d’année sera plutôt un opéra-bouffe. Et pas n’importe lequel : La Périchole, d’Offenbach, qui sera reçue à Tours en 2023, arrive tout droit de l’Opéra-Comique.

L’opéra aime bien les courtisanes, c’est là son moindre défaut. D’autant plus qu’il les magnifie, ce qui représente en soi un avant MeToo inattendu. Que ce soit Traviata, Thaïs, Manon ou, d’une certaine façon, Carmen, les héroïnes, flamboyantes ou tragiques, mises en musique font preuve d’un caractère et de qualités propres à faire grogner le bourgeois, au moins à l’époque de leur création.

La Périchole n’échappe pas à la définition. Cette chanteuse des rues de Lima, entraînée vers la fonction galante par nécessité (la goualante ne paye pas), imaginée par Prosper Mérimée dans son Carrosse d’or (que Renoir reprendra au cinéma sous le même titre) fait preuve d’un solide caractère et, finalement, d’une non moins solide vertu, face à un phallocrate couronné peu fréquentable.

Un happy end que l’inspiratrice du personnage n’aura pas connu. María Micaela Villegas y Hurtado de Mendoza était réellement connue sous le nom de La Perricholi (version doublement originale de La Périchole). Un pseudo pas vraiment sympa, si l’on en croit la majorité de ses exégètes, puisqu’il viendrait d’une insulte en dialecte péruvien, perra chola, autrement dit chienne métisse.

La Périchole, de l'Opéra-comique à celui de Tours. (Photo Opéra-comique Stéphane Brion)
Un personnage de fiction repris d’une véritable courtisane péruvienne par Mérimée et Offenbach. (Photo Opéra-comique Stéphane Brion)

Parce que la dame, moins farouche que son homonyme lyrique, fut be(le) et bien la maîtresse du potentat local, le vice-roi du Pérou (on est autour des années 1770). Occasion de trouver une autre interprétation de son surnom, beaucoup plus gentil celui-là : ce pourrait être une adaptation du petit nom que lui donnait son amant, pirri-choli, qui signifie jolie petite indienne. C’est mieux.

Peu importe, puisque La Périchole de Mérimée et d’Offenbach est bien plus sage. Et, si elle a faim, si elle est prête à aller se sustenter à la table du vice(sic)-roi et lui servir de dessert, son honnêteté, son amour pour son Piquillo (On sait aimer quand on est espagnol) et quelques coups de théâtre bien ficelés par Meilhac et Halévy, lui permettront d’envisager de fonder une famille sans passer par la case gourgandine, et d’envisager d’avoir des enfants, lesquels grandiront car ils sont espagnols (air connu).

Jacques prend un tournant

Ceci pour l’argument. A priori, on est en plein dans le classique de l’opéra-bouffe. C’est d’ailleurs ce qu’attendaient en 1868 les premiers critiques… et qui leur a valu d’être dubitatifs – contrairement à Mérimée, fan absolu – voire déçus. Un peu. Mais pas le public, qui bissa aussi une deuxième version, présentée en 1874.

Pourquoi tant de gêne en 1868 ? Parce que l’ami Jacques est en train de dériver, musicalement s’entend. Si sa Périchole n’est pas encore un opéra, elle n’est plus tout-à-fait une opérette. Attention, jeunes gens, Les Contes d’Hoffmann pointent à l’horizon et La Périchole est un tournant dans l’œuvre du compositeur.

Il grandira car il est espagnol, dans la version Opéra Comique, qui sera à Tours pour les fêtes de fin d’année.

La version présentée à Tours pour les fêtes de fin d’année 2023 est née à l’Opéra Comique en 2022. C’est donc l’incroyable Périchole de Valérie Lesort que l’on recevra rue de la Scellerie, avec les époustouflants costumes de Vanessa Sannino. On oubliera un peu le virage vers Les Contes d’Hoffmann pour plonger goulûment dans l’opéra-bouffe tout cru.

Le spectacle est littéralement fou. Les inventions sont continues. L’humour est dans tous les éléments, du visuel au gestuel. On vous conseille l’idée des chevaux au premier acte. Unique ! Bref, un sacré spectacle dont les costumes mériteraient une exposition. Picasso a dû s’amuser autant en dessinant ceux de Parade.

C’est à Valentine Lemercier (La Périchole), déjà entendue à Tours comme Myrtale dans Thaïs, qu’il reviendra d’être un peu grise, un peu grise. Mais chut ! Faut pas qu’on le dise ! dans cet univers de couleurs, au Nantais Philippe Talbot (Piquillo), qui a fréquenté La Périchole à New-York, de faire une grosse crise de jalousie (Écoute, ô roi, je te présente, à la face de tous ces gens, la femme la plus séduisante… et la plus fausse en même temps !) qui le conduira en geôle, sous le regard envieux du baryton Pierre-Yves Pruvot (Le vice-roi), lui aussi passé par Tours dans Thaïs, et qui devra juste mettre une dose d’humour dans un rôle qui lui rappellera celui de Scarpia, qu’il connaît bien.

La Périchole, de l'Opéra-comique à celui de Tours. (Photo Opéra-comique Stéphane Brion)
La mise en scène et les costumes sont époustouflants. (Photo Opéra-comique Stéphane Brion)

La baguette, forcément virvoltante, sera confiée à Franck Villard, un habitué du genre (La Grande duchesse de Gerolstein, Le Pays du sourire, Les Mamelles de Tirésias) mais capable aussi de s’attaquer à Puccini ou à Verdi.

Les amateurs de mystère ne seront pas frustrés non plus puisque la fin de l’aventure évoquera celle d’Edmond Dantes dans Le Comte de Monte Cristo. Pour ceux qui ne la connaissent pas, nous garderons le secret. Comme dit La Périchole : Chut ! Chut !

À l’Opéra de Tours, les mercredi 27 et vendredi 29 décembre 2023 à 20 heures, et dimanche 31 décembre à 15 heures.

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