C’est sûr, il va encore faire le plein, on va se bousculer, venir de loin. Yves Jamait revient à l’Espace Malraux de Joué-lès-Tours le 23 septembre 2023. Autant dire qu’il faut se dépêcher de réserver pour l’entendre, L’Autre, comme il dit… Surtout si on ne sait pas qui c’est.
Yves Jamait, c’est le mec qui pose un double problème au scribouillard de service. C’est le gars que personne ne connaît (c’est faux, mais c’est ce qu’on croit puisque « on ne l’a pas vu à la télé ») et qui fait le plein chaque fois qu’il pointe sa casquette. Et c’est aussi le mec qui vous pousse à ouvrir la boîte à jeu-de-mots faciles.
Alors, on va faire en sorte de s’en sortir en évitant les deux écueils. D’abord en faisant un aveu qui va faire hurler dans les chaumières dijonnaises : Yves Jamait, on ne connaissait – vraiment – pas avant d’avoir vu son nom à l’affiche de l’Espace Malraux de Joué-lès-Tours. Oui, c’est la honte, on sait, mais on se rattrape : depuis qu’on l’a écouté, et regardé, on est fans. À fond. Et pourtant, celui qui combat ses fautes de frappe arthrosiques pour le dire ici a largement passé l’âge de s’enthousiasmer à tout va. Ben, justement, c’est là que c’est bon.

Ensuite, en laissant à nos confrères le soin de jouer avec son nom. On ne veut pas en rajouter, même si c’est tentant, parce le gars, là-bas, doit commencer à en avoir ras la gapette (qu’il ne porte plus, d’ailleurs : « J’ai enlevé ma casquette ; j’en avais marre d’être qualifié de Gavroche polka-rock ! ») d’entendre et de lire des trucs du genre « Populaire comme Jamait » (Le Parisien).
Non. On va seulement dire que c’est un grand monsieur, ce qui se fait plutôt rare de nos jours.
De l’or au bar
Au départ, on se dit que ça rappelle quelqu’un. Qui ? On ne sait pas. Lavilliers, Renaud, des plus anciens, Ferré, Brel ? Et puis, on comprend que ça ne rappelle personne, que c’est simplement parce que Yves Jamait a un foutu talent et que c’est ça qui le rapproche des autres.
Sauf Renaud, peut-être. Jamait reconnaît que le nouvel habitant de Trentemoult (près de Nantes) l’a un peu inspiré : « Ado, Le Forestier et Renaud m’ont donné envie de gratter une guitare et d’écrire des chansonnettes. Mais je le faisais pour mes potes et pour moi. » (Le Parisien). Johnny Hallyday aussi, si on le croit (Les yeux de mon frère)
Les potes ont aimé. Pas seulement eux. Du coup, le gars qui allait de petits boulots en petits boulots du côté de Dijon s’est trouvé un métier. Les boulots, il les trouvait au bar du coin. Pas surprenant alors que le Dijonnais appelle son premier groupe De verre en vers. C’est sa prime de licenciement qui paye…
Les vers et les verres, il y en aura pas mal (« Je finirai mon verre jusqu’à la dernière larme. » – J’en veux encore), qu’il partagera aussi avec les anciens du métier. Par exemple quand il est invité par Charles Aznavour dans une émission de télé ou qu’il chante sur des paroles de Charlélie Couture (Ah ! La prudence) quand il ne collabore pas avec Allain Leprest et pas mal d’autres.
Jamait, cuvée 2022…
La déroute selon Jamait
Il est déroutant, Yves Jamais. Dans son style, on l’a dit, mais pas seulement. Tenez, sa voix. On la découvre éraillée au possible (version Renaud, quoi), laminée à la clope, dans son Dimanche, cette chanson qui l’a propulsé et qu’il appelle sa « petite Internationale » parce que les gilets jaunes et d’autres l’ont chantée sur les ronds-points et qu’il l’avait composée quand il était encore à l’usine.
Et voilà que pour L’Autre (le titre aussi de son récital, un texte et un album sublimes) ou dans Je crois, il l’emballe dans le velours. Et, pour faire bon poids, il mélange les deux dans Mon totem. Déroutant, on vous dit.
Déroutante aussi sa carrière. Si Jamait se passe des trompettes de la com’ et de la renommée cathodique, c’est pourtant à elles qu’il doit son démarrage. Et pas dans sur des scènes confidentielles. C’est d’abord le maître Foulquier qui l’invite avec quelques autres jeunots aux Francofolies de la Rochelle. Foulquier est conquis, en parle à Patrick Sébastien (mais oui !) qui programme Yves Jamait sur la scène de son « cabaret » et va le produire pendant cinq ans. Jamait est lancé… par les médias dont il n’est pas fana.
Lancé par Foulquier et Patrick Sébastien. Un démarrage pour le mons inattendu…
Et il continue On ne peut pas dire qu’il encombre les écrans. Pourtant, il fait le plein, de l’Ecrin, dans la Côte-d’Or de ses origines, jusqu’à l’Olympia. Et à Joué-lès-Tours, donc.
Déroutant aussi musicalement. Si l’accordéon a souvent sa place sous les doigts de ses musiciens-copains, on ne se vautre pas dans la guinguette pour autant. Yves Jamais entraîne du côté de la musique gitane quand il ne file pas vers la latino, en effleurant le rock au passage ou… On arrête. Tout est bon. Parce que c’est du Jamait, que les paroles sont celles d’un vrai poète, militant parfois, amoureux souvent, génial toujours.
Alors, si, comme le honteux auteur de ses lignes, vous ne connaissez pas le bonhomme, il est temps de faire du rattrapage. Comme il le chante lui-même : Quand on n’a plus que l’avenir pour mieux regarder en arrière (Prendre la route). Conseil à suivre.
Le samedi 23 septembre 2023 (20h30) à l’Espace Malraux de Joué-lès-Tours
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