L’Opéra entre en méditation
Thaïs à Tours en janvier 2022

Dernière mise à jour le 11 janvier 2022

La production vient de Monte-Carlo où elle fut créée sous la baguette d’un Tourangeau ! Mais, à l’Opéra de Tours, c’est Michel Plasson qui dirigera cette version de Thaïs en janvier 2022. Séduisant.

Les chemins du monde lyrique se croisent étrangement. Si le Thaïs programmé en janvier 2022 sur la scène de l’Opéra de Tours vient de Monaco, il est amusant de constater que la création de cette version, signée Jean-Louis Grinda, a été dirigée par un ancien directeur et chef d’orchestre de l’établissement tourangeau jusqu’en 2015, Jean-Yves Ossonce.

C’était en janvier 2021 et une autre figure tourangelle participait à l’aventure, Liza Kérob, premier violon de l’opéra monégasque, à qui revenait la tâche de méditer au mieux, ce qu’elle fit fort bien d’ailleurs.

Un reportage sur la création de Thaïs dans la version qui sera reprise à Tours, celle de Grinda à Monaco.

Les bonnes adresses de Laurent Campellone

Cette version rafraîchie (Thaïs n’avait pas été donné à Monte-Carlo depuis 1950, après y avoir été monté pour la première fois en 1913, peu après la création parisienne de 1894) se retrouvera donc à Tours, mais cette fois sous la direction de Michel Plasson, ami du nouveau directeur, Laurent Campellone, qui a décidément un sacré carnet d’adresses puisqu’il a aussi invité Jean-Claude Casadesus, notamment pour le concert de Nouvel An.

Laurent Campellone reconnaît d’ailleurs avoir fait appel à ses relations, après avoir pris la direction d’un opéra parti à la dérive pour monter sa saison, on n’ose pas dire « en catastrophe ». De fait, après le depart de Jean-Yves Ossonce, qui avait démissionné en 2015 devant les réductions budgétaires annoncées et à cause de sérieux désaccords avec l’équipe municipale en place à l’époque (« Alors que les abonnements, recettes et fréquentations étaient au plus haut, et le budget en excellent état ! », rappelle fort justement Jean-Yves Ossonce), un nouveau directeur a été nommé dont le mandat erratique a connu bien des vicissitudes, relatées par la presse, qui ont conduit à son départ… précipité. C’est l’actuelle municipalité tourangelle qui a choisi Laurent Campellone pour redresser la barre du bateau… ivre.

Comment ? : « En rappelant les nombreux artistes qui m’avaient manifesté leur joie, quelques jours auparavant, lorsqu’ils avaient appris ma nomination : tous ont répondu présent pour venir participer à ma première saison. » (Opéra-online) Un enthousiasme un peu douché par le Covid mais qui, finalement, porte de bien jolis fruits.

Michel Plasson dirige Thaïs de Massenet à l'Opéra de Tours (Photo DR)
Michel Plasson, un grand monsieur pour diriger Thaïs à Tours. (Photo DR)

C‘est donc l’un des chefs français les plus reconnus qui sera au pupitre. S’il est très friand de musique française (à près de quatre-vingt-dix ans, il a même créé sa propre académie pour les jeunes chanteurs), Michel Plasson est aussi réputé pour défendre la musique contemporaine. Formé au piano et aux percussions, il apprend la direction d’orchestre au Conservatoire national supérieur de musique de Paris où il obtient un premier prix avant celui du concours international de jeunes chefs d’orchestre de Besançon en 1962.

Passage par les États-Unis puis retour à l’opéra de Metz dont il sera directeur musical avant d’atterrir à Toulouse comme chef permanent de l’Orchestre du Théâtre du Capitole puis directeur musical et directeur artistique en 1973, soit pendant trente-cinq ans. Étrangement, il est aussi chef principal de l’Orchestre Symphonique National de Chine à Pékin.

Parallèlement, Michel Plasson poursuit une carrière internationale que tout le monde connaît – formule idéale pour le journaliste mou du clavier mais vraie néanmoins – au cours de laquelle il dirigera… Thaïs à Athènes, dans une version située durant les années folles.

L’éclaircie dans les ténèbres

Michel Plasson dirige Thaïs de Massenet à l'Opéra de Tours (Photo DR)
Jean-Louis Grinda a voulu mêler références historiques et début du XXe siècle. (Photo Alain Hanel – Opéra de Monte-Carlo)

Rien à voir avec celle que l’on retrouvera sur la scène tourangelle. Jean-Louis Grinda est revenu aux sources, ou presque. Un choix que certains ont trouvé sans originalité et que d’autres ont qualifié de « merveilleuse éclaircie lyrique au sein des ténèbres actuelles » (Onyrix) : « Les décors de Laurent Castaingt comme les costumes de Jorge Jara se réfèrent au début du XXe siècle, ce qui apporte une richesse esthétique plus forte que l’époque de l’action, au IVe siècle. Nous n’avons pas cherché à faire une reconstitution historique ; l’essentiel est avant tout de montrer le cheminement d’Athanaël. »

Un cheminement plus original que la mise en scène : « Pour moi, Athanaël est un fou de Dieu, aussi extrême que ceux qui peuvent commettre des attentats aujourd’hui. Il éprouve un amour profondément charnel pour Thaïs, se trouvant écartelé entre sa foi et son désir. Le seul moyen de s’en sortir est de la tuer, précisément pendant cette scène de méditation après laquelle nous avons placé l’entracte. Toute la suite de l’opéra se passe dans la tête d’un personnage possédé par son délire d’un amour ne pouvant désormais s’accomplir que dans l’au-delà » dit Grinda. La chute d’Athanaël dans la folie se traduit sur scène par une modification des tonalités, passées de la chaleur à un bleu glacé.

Le parrain a de beaux filleuls

Au pupitre, le chef, promu parrain de la saison, aura à diriger (après un certain Laurent Campellone !) le baryton André Heyboer… qui fit ses débuts au Capitole de Toulouse en 2005. Depuis, il est apparu dans Nabucco, Traviata, Macbeth, etc, et, bien entendu, dans le rôle d’Athanaël.

Michel Plasson dirige Thaïs de Massenet à l'Opéra de Tours (Photo DR)
Le rôle de Thaïs (ici Marina Rebeka à l’Opéra de Monte-Carlo) sera tenu par Chloé Chaume, habituée de la scène tourangelle. (Photo Alain Hanel – Opéra de Monte-Carlo)

Quant à Thaïs c’est une artiste que les Tourangeaux connaissent particulièrement bien qui assurera la rédemption tragique, forcément tragique, de l’héroïne de Massenet. Chloé Chaume, comme le rappelle son CV, « remarquée par Mady Mesplé puis Jean-Yves Ossonce, débute sa carrière à l’Opéra de Tours où elle chante de nombreux rôles (Thérèse de Lorget, Julia, Frasquita, Suor Osmina, Nella et Clorinda). » Et, tiens donc, on la retrouve à Toulouse en Lauretta (Les Fiançailles au couvent de Prokofiev) en mai 2015 puis pour le concert de Noël dans Mozart.

Michel Plasson dirige Thaïs de Massenet à l'Opéra de Tours (Photo DR)
C’est Chloé Chaume qui sera Thais pour les représentations tourangelles. (Photo DR)

Du beau monde, donc, pour rendre hommage au sieur Jules Massenet dont on commémore cette année la disparition, il y a cent-dix ans (1). Ce qui explique que l’on aura aussi droit à Werther en septembre 2022, cette fois sous la baguette du maître des lieux, Laurent Campellone soi-même.

Mamie Traviata

Pour ceux qui ne se rappelleraient pas l’argument (on ne leur en voudra pas, l’opéra n’étant pas joué si souvent…), rappelons que Thaïs est l’ancêtre de Traviata, quoique plus jeune de quelques années, lyriquement parlant – 1853 contre 1893 –, inspirée d’Anatole France, contre Alexandre Dumas fils pour la précédente. On est au IVe siècle et la dame est une courtisane qui loue ses « services » à la semaine, ce qui ne plaît guère à son copain d’enfance, Athanaël, devenu cénobite, sans jeu de mots, du côté d’Alexandrie et grand défenseur de la morale et de la vertu, au moins en apparence.

Voilà donc notre Athanaël qui part convaincre sa vieille copine de rentrer dans le rang et dans les ordres. Un rapide coup de méditation après (bon, pas très crédible mais ce n’est pas grave et c’est très beau), c’est fait. Thaïs remballe ses bijoux et sa garde-robe pour atterrir dans un couvent. Pas de bol, on « spoile » un peu, elle y attrape un truc du genre Covid et file droit vers le paradis pour se faire pardonner.

Michel Plasson dirige Thaïs de Massenet à l'Opéra de Tours (Photo DR)
Y’a qu’la foi qui sauve ? Pas sûr… (Photo Alain Hanel – Opérta de Monte-Carlo)

L’histoire pourrait s’arrêter là si Athanaël n’avait pas découvert entre-temps que sa grande mission rédemptrice cache de sombres appétits libidineux. Le prêtre est amoureux de la courtisane et, pendant qu’icelle entre dans les ordres, lui en sort, la bave au lèvres. Raté, la miss est déjà en passe de quitter notre monde de perdition, ce qui fera passer son soupirant de raide-dingue à dingue tout court. Le dernier acte de l’opéra se baladera donc sur un divan de psy virtuel où s’étalent les circonvolutions agitées d’un Athanaël qui essaie de récupérer son grand amour à deux doigts de rendre l’âme, ce qu’ils feront à l’unisson…

Sortez vos mouchoirs, ceux que vous avez gardé depuis votre dernière sortie avec Traviata, ça peut servir…

1. Une première représentation de Thaïs avait été donnée, déjà pour l’anniversaire de la mort du compositeur, en 2011 sur la scène de ce que l’on n’appelait pas encore l’Opéra de Tours. Une version modernisée, comme celle d’Athènes, et dirigée à l’époque par Jean-Yves Ossonce, alors directeur du lieu.

À l’Opéra de Tours, vendredi 21 janvier 2022 à 20 heures, dimanche 23 janvier à 15 heures et mardi 25 janvier à 20 heures.

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