Dernière mise à jour le 15 janvier 2026
En affichant deux Faust (le grand et le petit, comme Napoléon), un Orphée en balade vers la niche de Cerbère, un enlèvement burlesque et une fille de régiment un poil diablesse, la saison lyrique 2025-2026 de l’Opéra de Tours mène un rythme d’enfer.
Pour ceux qui n’ont jamais passé la porte d’un opéra ou feuilleté la bible de Kobbé, il est urgent de préciser que cette folle année lyrique tourangelle, aussi sombre soit-elle en apparence, a de quoi réjouir. L’enfer est peut-être pavé de bonnes intentions, quand celles-ci consistent à vouloir faire rire le public, on peut s’y jeter, oreilles grandes ouvertes.
C’est ce qu’a voulu Laurent Campellone, qui mène l’Opéra de Tours à la baguette (celle de chef d’orchestre, qu’il sortira à domicile entre deux balades à Versailles ou Lausanne) et qu’il a mis en marche dès le premier spectacle lyrique de l’année, un Faust en petit gabarit dans la parodie signée Hervé et co-produite par le Palazzetto Bru Zane, décidément comme chez lui rue de la Scellerie.
Une version au burlesque assumé, puisque le metteur en scène, s’il envoie toujours Faust au diable, choisit l’enfer du jeu, qui plus est télévisé. Au délire d’Hervé (et des librettistes d’origine, Hector Crémieux, déjà parti en enfer en compagnie d’Orphée et d’Offenbach, et Adolphe Jaime) s’ajoute une mise en scène qui n’a pas besoin d’être iconoclaste pour faire rire.
C’était en novembre, comme un amuse-bouche pour les festivités de fin d’année, lesquelles se dérouleront au même endroit avec l’Orphée aux enfers d’Offenbach, déjà cité.
Double Faust
Petit bond dans le temps pour ne pas quitter le thème et calmer l’enthousiasme de ceux qui pensent se taper sur le nombril durant toute la saison lyrique tourangelle. Si l’Opéra de Tours fera un double Faust cette année, il faut tout de même souligner que celui qui partira en randonnée printanière sur l’Achéron ne jouera pas La Croisière s’amuse.
Cette fois, c’est le commandant Gounod qui sera maître à bord (avec Laurent Campellone himself à la barre avant de mettre le cap sur L’Opéra royal de Versailles). C’est dire que l’on va moins rigoler mais que le spectacle vaudra le détour. Suivre les tristes aventures du vieux savant retombé en jeunesse est toujours un moment d’intense émotion, l’auteur étant là à son meilleur, comme on dit. Pas étonnant si l’œuvre taille quelques croupières à Carmen au box-office mondial de l’exportation lyrique française.

Nous ne vous ferons pas l’injure de rappeler l’argument. Soulignons seulement que la mise en scène (encore un peu mystérieuse à ce jour) de ce Faust fraîchement créé, sera confiée à Jean-Claude Berutti. Un monsieur qui a quelques chevrons sur la manche, particulièrement dans l’univers théâtral, sur les planches hexagonales et autres.
On le retrouve aussi au fil du temps à la direction de différents établissements, dont la comédie de Saint Étienne, ou d’une école de théâtre, la sienne. Adepte des textes originaux ou peu joués, il est connu pour sa mise en scène qui « joue de la féerie, voire de l’imagerie, pour nous faire passer plus facilement de l’autre côté du miroir, du côté de la réalité sordide » (Le Monde). Faust devrait s’accommoder de ce style et Berruti en faire un bijou, comme dirait Marguerite…
Une Marguerite qui sera incarnée par Vannina Santoni, comme elle le fit à Lille mais aussi à l’Opèra Comique, dans une mise en scène de Denis Podalydes.
Un début d’année très enlevé
Retour au pays du sourire avec l’impertinent monsieur Mozart dès le mois de janvier 2026. L’Enlèvement au sérail est là pour cela, surtout avec Michel Fau à la mise en scène et, accessoirement mais brillamment, dans le rôle du Pacha Sélim. Un double rôle déjà joué avec La Belle Hélène et Ménélas il y a un an.
Sûr que les aventures (en version française) de la belle Constance, chantées avec un petit accent canadien par Florie Valiquette, seront flamboyantes à souhait. Comme dit le site Onyrix : « Mozart sera rarement si proche de Molière qu’avec Michel Fau. » Et puis, voir un pacha d’outre-Méditerranée donner une leçon de bienveillance et de générosité aux farfelus venus du nord est un joli message au vu de l’époque actuelle…
Autre belle et autres sourires, mais toujours dans une production de l’Opéra de Versailles, au mois de mai. Cette fois, Constance laisse la place (mais pas le rôle, puisque c’est encore Florie Valiquette que l’on retrouve) à Marie, jeune femme de caractère elle aussi. La Fille du régiment, du sieur Donizetti qui se la joue Beaumarchais avec cette histoire d’amours contrariées et de fille retrouvée.
Là, le régiment était en campagne à Versailles, grognards à l’appui.
Tout finira bien, on n’est plus chez Faust, et la partition, confiée à Adrien Perruchon, a de quoi donner le sourire au plus ronchon des spectateurs.
Quant à la mise en scène, elle n’a pas peur de l’originalité puisque Jean-Marie Vesperini a déplacé l’histoire dans celle de Napoléon… vue par Louis-Philippe. Ce qui a permis au Chœur de l’Armée française de partir à l’assaut de la scène lors de la création à Versailles, avec Marseillaise en guise de final.
Les costumes de Christian Lacroix, souvent appréciés à Tours, ajoutent encore de la couleur à l’aventure. Et pour répondre au « Il est là, mon Dieu » de Marie, on retrouvera Philippe Talbot, déjà vu à Tours aussi, à qui reviendra la tâche de s’attaquer aux contre-uts de son air fétiche.
Et, en cadeau, nous vous offrons un autre extrait de La Fille du régiment, cette fois par la marraine de la saison en cours, Nathalie Dessay, qui sera en récital au même endroit le 15 janvier 2026. C’était au milieu des poilus et au Met’ de New-York, ce qui ne gâte rien…
À l’Opéra de Tours, rue de la Scellerie.
Pour réserver à Versailles, c’est LÀ (1)

