« Marnie » au Metropolitan… et à Amboise
Alfred Hitchcock entre à l’opéra

Dernière mise à jour le 1 avril 2020

Photo Metropolitan Opera

Le 10 novembre, le Ciné A d’Amboise permettra de découvrir en direct Marnie, une toute fraîche création du Metropolitan, inspirée du roman qui fut adapté à l’écran par Alfred Hitchcock. Une (presque) première à New-York sans prendre l’avion, ça ne se refuse pas !

On connaît tous Pas de printemps pour Marnie, l’un des derniers films d’Alfred Hitchcock. On connaît beaucoup moins le roman de Winston Graham qui l’a inspiré. Et on ne connaît pas du tout Marnie, l’opéra, qui se nourrit des deux. Normal : c’est la création de l’année pour le Metropolitan de New-York, avec musique écrite pour l’occasion et mise en scène itou.

Alfred Hitchcock lors du tournage de Marnie. (Photo DR)

Une création que seuls les habitués du Ciné A d’Amboise auront la chance de découvrir, puisque c’est uniquement là que les représentations du Metropolitan de New-York sont régulièrement retransmises en direct, par le biais de Pathé Live (voir ici pour en savoir plus).

Si vous ne connaissez pas, c’est l’occasion ou jamais de faire le déplacement et de découvrir que l’on peut applaudir – au sens premier du terme – les plus grandes voix de la scène lyrique, même à quelques milliers de kilomètres de la scène.

Psychanalyse en musique

Les habitués des arguments lyriques souvent basiques (en gros, « Je t’aime, moi aussi mais mon papa ne veut pas ou mon voisin est jaloux  », ce qui n’enlève rien à la qualité, voire à la grandeur des œuvres) qui seront devant l’écran, vont devoir s’accrocher à leur divan pour décrypter la psychologie de la Marnie en question. Pas étonnant qu’elle ait séduit l’oncle Alfred, dont les circonvolutions cérébrales faisaient parfois de sérieux détours.

Pour résumer : Marnie traîne un solide traumatisme (dont on ne sait rien), qui la conduit à escroquer ses différents employeurs après s’être vertement fâchée avec eux, surtout lorsqu’ils ont le regard baladeur. Marnie est un peu une préfiguration de MeToo, avec quelques décennies d’avance.

Là où ça se complique, c’est lorsque qu’un certain Mark Rutland, qui l’a démasquée, associe la passion, la compassion et la perversion. Il embauche la jeune femme en toute connaissance de cause, la prend sur le fait (et la caisse sous le bras) et lui donne le choix entre l’épouser et la dénoncer. Non sans demander à papa Freud un coup de main pour arranger les choses chez la perturbée du bulbe. Mais le héros au grand cœur n’est pas forcément celui que l’on imagine. Vous suivez ? Ne vous en faites pas, c’est pire quand on entre dans le détail. Mais c’est passionnant.

Une Marnie magnifique

Chez Hitchcock, Marnie était jouée par Tippi Hedren (une blonde comme Alfred les aimait) et James Bond, ou plutôt Sean Connery, qui venait tout juste de recevoir son permis de tuer. Au Metropolitan, c’est la très belle et très talentueuse Isabel Leonard qui coiffera la perruque blonde (et ne sera pas la seule d’ailleurs, vous verrez) dans une mise en scène et des costumes qui empruntent beaucoup au film. Une artiste qui reviendra cette saison pour Pelléas et Mélisande (non retransmis au cinéma) et Le Dialogue des Carmélites (le 11 mai 2019 sur les écrans) et une habituée des opéras de Mozart où elle a fréquenté Figaro, Dom Juan ou encore le Barbier de Séville, entre autres.

Tippi Hedren, héroïne du film d’Alfred Hitchcock, rencontre les interprètes de la version lyrique. (Photo Vincent Tullo, New-York Times)

La musique a été composée spécialement par Nico Muhly, un monsieur qui navigue entre les partitions pour piano solo et la musique sacrée, en passant par le symphonique et… la musique de film. Voilà qui rassurera les réfractaires à la musique contemporaine. Nico Muhly ne devrait pas arracher les tympans. Peut-être même pas assez, si l’on en croit l’Observer, qui aurait aimé un peu plus de nuances dans la partition. Globalement, on sera plus du côté de Bernstein que de Stockhausen, révérence gardée, évidemment.

La dernière représentation du Metropolitan à Amboise emmenait Jonas Kaufmann sur les pistes avec La Fille du Far-West de Puccini. Un western, suivi d’un remake de film noir, retransmis au cinéma ? Il y a une certaine logique. Le Ciné A pourrait peut-être programmer Pas de printemps pour Marnie dans son ciné-club ?

Samedi 10 novembre 2018 au Ciné A d’Amboise

Pour en savoir plus :
Tippi Hedren, l’héroïne d’Hitchcock, rencontre Marnie, héroïne lyrique. (en anglais)
Le programme des retransmissions du Metropolitan au Ciné A d’Amboise.
Petite visite avec Marnie au Metropolitan de New-York