Les Ballets de Monte-Carlo
déboulent sur le Web

Il dirige, anime, propulse l’une des compagnies de danse les plus réputées au monde. Jean-Christophe Maillot, Tourangeau de naissance et de formation, est à la tête des Ballets de Monte-Carlo. Et, pour que l’on puisse profiter de son travail sans faire le voyage, il ouvre un site internet, BMC Stream.

Jean-Christophe Maillot-Ballets de Monte-Carlo
« Core Meu », le dernière création des Ballets de Monte-Carlo, signée Jean-Christophe Maillot (Photo BMC)

Ceux qui ont la chance d’être Tourangeaux (si, si, c’est une chance), voire même vieux Tourangeaux (ça l’est moins) ont connu les débuts de Jean-Christophe Maillot comme chorégraphe. Et peuvent s’en vanter (1). C’était au théâtre local, devenu « opéra » depuis, en un temps où l’on entretenait encore un groupe de danseurs pour intervenir dans Traviata ou Carmen, selon les besoins lyriques. Une pratique déjà légèrement archaïque à l’époque mais qui tend à réapparaître sur certaines scènes… à gros moyens.

Surannée ou pas, la présence d’un ballet sur les planches tourangelles en 1983 permet à Jean-Christophe Maillot, aujourd’hui chorégraphe-directeur des Ballets de Monte-Carlo, de faire ses premières armes dans une salle (devenue dès lors « Centre lyrique et chorégraphique ») où son père, peintre, officie comme décorateur. Et c’est un sacré bon début, parfois en décalage avec les mises en scènes, mais prometteur, comme on devait rapidement s’en apercevoir.

Jean-Christophe Maillot-Ballets de Monte-Carlo
Un jeune danseur, lauréat du Prix de Lausanne. (Photo Prix de Lausanne)

 Si vous avez la chance d’être Allemand (ce qui nous éloigne un peu du Val de Loire), vous avez peut-être vu Jean-Christophe Maillot danseur. Parce que le futur chorégraphe sait ce qu’un entrechat veut dire. Élève d’Alain Davesne à Tours (pour dépenser son énergie parce qu’il est un enfant plus que turbulent) à sept ans, Jean-Christophe sera ensuite celui de Rosella Hightower à Cannes, ce qui lui vaudra de récolter le Prix de Lausanne en 1977. L’écolier agité est devenu premier de la classe.

Tellement qu’il atterrit bientôt chez John Neumeier au Ballet de Hambourg, où il est soliste pendant cinq ans. Jusqu’à ce qu’un genou traître le lâche et l’oblige à laisser son collant au vestiaire. Retour à la case départ, en la circonstance le théâtre de Tours, comme on l’a dit plus haut.

Le cirque de M. Maillot

Jean-Christophe Maillot-Ballets de Monte-Carlo
Un casse-noisette, sans le circus des débuts, mais toujours aussi séduisant. (Photo BMC)

Bon danseur, bon chorégraphe, Jean-Christophe Maillot est aussi fin diplomate. Il faut avoir connu le maire de l’époque, Jean Royer, alias « père la pudeur », sourire rarissime et sensibilité artistique surgelée, pour s’étonner que Maillot parvienne à le convaincre de créer un Centre chorégraphique en extrayant sa troupe de la rue de la Scellerie (fief du théâtre local, pour ceux qui ne connaissent pas les lieux).

C’est pourtant le cas : « Je voulais diriger une compagnie. Ce qui me plaisait, c’était de fédérer des gens venus d’horizons différents et de leur donner envie. Dans un groupe, il y a toujours celui qui décide où on va manger au restaurant. Je me suis rendu compte que j’étais celui-là. » (L’Observateur de Monaco) On est en 1983 et l’enfant prodigue (et déjà prodige) met au point son écriture à travers une vingtaine de créations. Il se paye même le luxe de monter un festival qui se déroule dans divers endroits de la ville.

Mais son plus bel exploit sera de racheter le chapiteau d’un cirque en faillite et d’y créer Casse-Noisette Circus. Un spectacle, avec Tchaïkovski en piste, qu’il donnera, en vrai saltimbanque qu’il est, jusque sur des places de villages où la culture passe plus par le tracteur que par le chausson. Magnifique, à tous points de vue.

Jean-Christophe Maillot-Ballets de Monte-Carlo Core Meu.
Un travail moderne (ici Core Meu) où les origines classiques de Jean-Christophe Maillot font office de racines. Mais la floraison est toute autre… (Photo BMC)

Maillot écrit avec une plume sergent-major des histoires contemporaines. Autrement dit, ses connaissances classiques lui servent à créer un ballet contemporain – il dit « néo-classique » – qui lui va bien et convient au public. Pas de panique des amateurs de tutus amidonnés devant une chorégraphie déroutante. On n’est pas chez Pina Bausch. Quoique, parfois…

La force de Jean-Christophe Maillot, c’est de vous faire entrer dans son univers par le terrier d’un lapin blanc (toujours pressé, comme on sait) qui va ouvrir sur un monde plus original qu’on ne l’imagine. M. Jourdain faisait de la prose sans le savoir, Maillot fait du contemporain sans que vous le sachiez. Et c’est très beau.

Et Internet, dans tout ça ?

Les Ballets de Monte-Carlo viennent donc de mettre en ligne, outre leur site Internet traditionnel, BMC Stream, un site entièrement consacré aux vidéos de la compagnie.

On peut évidemment y voir des ballets mais aussi des leçons, des répétitions, des documentaires et des interviews. Banal ? Pas vraiment.

Car la particularité de BMC Stream, c’est d’être « interactif ». En clair, à la manière d’un match de foot ou d’une course Formule 1 (deux activités bien connues sur le rocher), le « spectateur » peut choisir la caméra qu’il veut suivre (en ce qui concerne un spectacle) ou la position qui l’intéresse au Forum Grimaldi, fief de Maillot and Co.

Autrement dit, vous pouvez assister à l’échauffement des danseurs sur la scène, sous un angle ou sous un autre, avant le lever du rideau, ou préférer voir un artiste se maquiller dans sa loge. En gros, vous faites presque partie de la famille.


Jean-Christophe Maillot-Ballets de Monte-Carlo
Core Meu, la dernière création de Jean-Christophe Maillot : spectaculaire et enlevée. (Photo BMC)

Seul regret, tout est payant. On peut entrer au Grimaldi Forum une seule fois ou pendant un an, avec un abonnement. Dommage qu’il n’y ait pas ici ou là un petit bout gratos pour rendre la visite encore plus alléchante, comme le fait le Metropolitan de New-York, par exemple. D’autant plus que certains des ballets de la troupe sont retransmis sur Mezzo ou l’ont été pendant le confinement par France 3.

Bon, on ne boudera pas pour autant. Un privilège, ça se mérite. Et c’est tellement beau…

En attendant, vous trouverez ci-dessous un clin d’œil très drôle signé de Maillot et de ses danseurs (et danseuses) à propos du confinement… et de leurs dernières créations, Core Meu et Dov’e la Luna.

 

En 1986, Ghislaine Thesmar et Pierre Lacotte, qui dirigent les ballets de la principauté, relancés en 1985 par la princesse Caroline, invitent Maillot. Mais c’est en 1992 que l’ex-Titoyo rencontre le Prince Rainier à Biarritz. C’est la future princesse de Hanovre qui est à l’origine du rendez-vous (les ballets n’ont plus de direction depuis plusieurs mois).

L’entretien est suivi par un autre, plus formel, à Monaco. Maillot n’y croit pas. Il a été déçu par l’échec parisien de son Romeo et Juliette (voir plus loin) et n’a plus foi en lui. Alors, il se lâche, dans le style Maillot, dit tout ce qu’il pense et… est retenu. Panique à bord, mais c’est parti pour une aventure qui dure depuis plus de trente ans.

Reste à faire de ce ballet, aux danseurs excellents mais au répertoire un peu poussiéreux, du Maillot dans le texte. Devant ceux qui l’ont choisi, il joue franc-jeu : « Je leur ai dit que, dans un premier temps, vu la programmation que je souhaitais mettre en place, on allait sans doute vider les salles. » Il n’a pas tort. Parfois on ne vend qu’une vingtaine de places par soir, quand on n’est pas obligé d’annuler. On se découragerait pour moins que ça.

Vengé par Shakespeare

Jean-Christophe Maillot-Ballets de Monte-CarloJean-Christophe Maillot-Ballets de Monte-Carlo - Mat Ek.
Les Ballets de Monte-Carlo ont accueilli beaucoup de grands chorégraphes étrangers. Ici, Mat Ek. (Photo BMC)

Pourtant, le jeune directeur est parti en douceur. Balanchine et Les Ballets russes (Diaghilev s’est installé à Monaco pendant vingt ans) sont au programme et le nouveau régional de l’étape n’apparaît qu’en second plan. Peu à peu, la recette change. On invite des chorégraphes extérieurs réputés, comme son ami William Forsythe. Mais c’est Shakespeare qui va faire sauter le verrou monégasque. Jean-Christophe Maillot ressort son Roméo et Juliette en 1996 . Un spectacle qui avait connu le succès à Tours mais que les Parisiens avaient descendu en flamme lors de sa présentation au Théâtre de la ville. Vingt ans après (avec la musique de Prokofiev, cette fois), c’est un succès, et ça l’est toujours, à Monaco et dans le monde.

Depuis, Jean-Christophe Maillot a créé plusieurs dizaines de ballets avec sa troupe de cinquante danseurs, sa famille : « Une relation avec une compagnie, c’est très fusionnel. Et oui, le chorégraphe a une relation amoureuse avec ses danseurs. Il y a une dimension de partage et de séduction. Parce qu’un chorégraphe a besoin d’être séduit par les danseurs avec qui il travaille. » (L’Obs de Monaco).

Jean-Christophe Maillot-Ballets de Monte-Carlo - Romeo et Juliette
L’injustement mal-aimé « Roméo et Juliette », devenu un succès, vengera Maillot d’un accueil parisien décevant. Mais c’était vingt ans plus tôt. (Photo BMC)

Maillot-chorégraphe est dansé au Bolchoï de Moscou, au Canada et ailleurs (mais pas beaucoup à Tours). En 2018, il a reçu le Lifetime Achievement Award du Prix de Lausanne, un peu plus de quarante ans après en avoir été le lauréat comme danseur. Boucle bouclée, jolie récompense mais qui ne signifie pas, contrairement à ce que son nom indique, que sa carrière est terminée. On s’en serait douté.

Le petit Jean-Christophe est toujours un grand agité.

(1) Ils se rappellent aussi que Jean-Christophe Maillot, né à Tours et âgé de douze ans, a joué dans le film de Michel Boisrond, Le Petit Poucet, aux côtés de Jean-Pierre Marielle, Marie Laforêt et Jean-Luc Bideau, en 1972. Son personnage s’appelait Titoyo et il n’est pas exclu, même si ça l’agace gentiment, qu’on l’appelle toujours comme ça du côté de Monaco… Pour les aficionados de Maillot, le film est ressorti en DVD il y a quelques années.

Le site des Ballets de Monte-Carlo, c’est ICI.
Celui de BMC Stream, c’est LÀ