La Flûte enchantée à l’Opéra de Tours
La maçonnerie pour les nuls

La Flûte Enchantée sera proposée à l’Opéra de Tours en mars prochain. Derrière un « opéra léger, naïf et féérique » se cachent – à peine – un éloge de la franc-maçonnerie, une critique politique et… la naissance du féminisme.

C’est une histoire sympa, avec des fées, des magiciens, des gens rigolos et des amoureux. Un conte, quoi, une histoire que l’on peut raconter aux enfants avant de dormir. Une aventure bonne pour des marionnettes, auxquelles elle était initialement destinée. Pas de chance, l’histoire (Lulu, à ce stade-là) était piquée par un autre théâtre que celui d’Emanuel Schikaneder, copain de Wolfgang et librettiste.

Frère de Mozart, aussi, au sens maçonnique du terme, Mozart étant entré en loge depuis sept ans. Un choix philosophique sincère mais aussi intéressé et mondain. L’occasion pour lui de rencontrer du beau monde, notamment des membres de la cour susceptible de remplir sa bourse.

Pamina, ancêtre des Pussy Riots

Marie Perbost sera Pamina © Christophe Pelé.

Sept ans plus tard, les francs-maçons (qui n’étaient pas encore une société secrète mais plutôt des clubs ou des « think tanks », pour reprendre la terminologie contemporaine) sont mal vus de Marie-Thérèse d’Autriche, qui leur fait des misères (son fils, Joseph II, sera plus tolérant).

Les deux frères y voient l’occasion de lancer une contre-offensive en intégrant à leur opéra la symbolique maçonnique et en vantant sa sagesse. Tout en conservant l’intrigue d’origine, ce qui permet à chacun d’y trouver ce qu’il veut. La Flûte Enchantée reste une belle histoire.

Pour celui qui veut aller au-delà des entourloupes de Papageno et des roublardises de la Reine de la Nuit, la Flûte est une mine. D’abord parce que l’opéra est un véritable guide de « Franc-maçonnerie pour les nuls ». Tout y est décrypté, même les rituels d’intronisation. Le chiffre 3, très présent dans les loges puisque rappelant la trinité d’Osiris, Isis et Horus, se glisse jusque dans la partition. Avec ce trio, on comprend que la maçonnerie est supposée venir d’Égypte et c’est là que Mozart installe son opéra. Un principe géographique que l’on oublie généralement aujourd’hui.

Mais il y a d’autres niveaux de lecture possible. Une critique politique, notamment, où certains ont vu en Tamino un Joseph opposé à sa maman Marie-Thérèse, cachée sous le voile de la Reine de la Nuit. Critique qui a des échos aussi de nos jours avec un regard porté sur la femme qui ravira les féministes. Pamina se révèle à elle-même en rejetant tout assujettissement. Un metteur en scène audacieux pourrait presque en faire une Pussy Riot…

À l’assaut du contre-fa

Marie-Bénédicte Souquet aura la lourde tâche de faire s’envoler la Reine de la Nuit. (Photo DR)

Pour un directeur d’opéra, monter La Flûte Enchantée, c’est, avec Traviata, la garantie de refuser du monde. Normal, il y a monsieur Mozart, du grand spectacle et l’air de la Reine de la Nuit. Wolfgang Amadeus voulait faire un spectacle grand public et il a réussi (on peut amener les enfants). Nul doute qu’il sera difficile d’aller frapper à la porte du temple lyrique de la rue de la Scellerie lors des représentations du mois de mars 2019.

Une des particularités de La Flûte est que le public attend avidement un air chanté par un personnage que l’on ne voit que très peu durant l’opéra. C’est à Marie-Bénédicte Souquet que ce morceau de bravoure sera réservé. À elle de tenter l’ascension des hauteurs du contre-fa avec l’air fameux de La Reine de la Nuit.

Tamino sera chanté par Florian Laconi, Pamina par Marie Perbost, Sarastro par Jérome Varnier et Papagena par Marion Tassou. Benjamin Pionnier tiendra la baguette.

Vendredi 8 mars à 20 heures, dimanche 10 mars à 15 heures, mardi 12 mars et jeudi 14 mars à 20 heures à l’Opéra de Tours.

Renseignements et réservations ICI