Dans les murs à La Pléiade :
devine qui vient squatter ce soir ?

C’est une réalité : de plus en plus de travailleurs n’ont plus les moyens de se loger. Quand un squatter rencontre un autre squatter, qu’est-ce qu’ils se disent ? La compagnie Jabberwock donne la réponse, dans un style qui allie Hitchcock et Beckett. Première de Dans les murs à la Pléiade de La Riche-sur-Loire le 17 septembre 2020.

C’est dramatique mais c’est aussi absurde. Comment des personnes ayant un emploi, donc un salaire, peuvent-elles être incapables de se loger, faute de moyens ? « Gouvernement et patronat répètent que s’il y a du chômage, c’est parce que les salaires seraient trop élevés. Pour avoir un emploi, il faudrait que l’on accepte de travailler pour moins. Comme si le fait d’avoir un travail était en soi suffisant, et que le salaire était une chose accessoire » constate tristement l’auteur de Dans les murs, Vincent Farasse.

On en parle, un peu, dans la presse. On en parle, très peu, dans les couloirs des ministères. On en parlera donc, fort et bien, sur la scène de la Pléiade, salle de La Riche (Indre & Loire), en septembre 2020 avant de reprendre le spectacle à Paris puis en France.

Didier Gurauldon, metteur en scène (Photo Compagnie Jabberwock)

La pièce s’appelle Dans les murs, et peut s’inscrire dans le chapitre Fenêtres sur cour, clin d’œil appuyé vers Alfred Hitchcock et son célébrissime film avec James Stewart et Grace Kelly. C’est dire que, si le sujet est sérieux, le traitement sera aussi un brin noir, avec, en prime, une bonne dose d’absurde que le metteur en scène, Didier Girauldon, emprunte sans sourciller à Beckett, même si les deux malheureux héros de la pièce ne logent pas – encore ? – dans des poubelles, comme Nell et Nagg dans Fin de partie.

Des têtes de castor contre les murs

Que fait-on quand on n’a pas les moyens de se loger ? On dort dans sa voiture, dans la rue, chez ses parents… Ou on squatte. Ce qui explique (peut-être) qu’un locataire se trouve soudain nez-à-nez avec un inconnu, chacun des deux convaincu de se trouver chez lui. Et le dialogue commence : « Crevant l’austérité et la noirceur du propos, les longs monologues des deux personnages sont autant de plongées dans un monde intérieur où le surnaturel affleure, peuplé d’hommes à tête de castor et de mystérieux voleurs d’herbes aromatiques en pot. » dit le metteur en scène, Didier Girauldon.

Dans les murs à La Pléiade de La Riche-sur-Loire
Guillaume Clausse et Jocelyn Lagarrigue (Photo Compagnie Jabberwock)

Double sujet, donc, puisque la vision d’un univers armé de béton, la vie dans un immeuble (avec ses fenêtres sur cour ou sur parking) sont aussi dans le texte de Vincent Farasse : « L’immeuble, personnage à part entière de l’histoire, est un univers concentrique régi par des règles de copropriété aliénantes n’accordant aucun refuge à celui ou celle qui s’écarte du droit chemin. » analyse Didier Girauldon.

Un XXIe siècle napoléonien

Dans les murs à La Pléiade de La Riche-sur-Loire (Photo Compagnie Jabberwock)
Vincent Farasse, auteur (Photo Compagnie Jabberwock)

Pour l’auteur, la découverte de ce phénomène, écoeurant suintement de la société néo-libérale, renvoie à un passé lointain, démontrant encore l’inacceptable absurde de la situation : « Ce phénomène s’est produit massivement, en France, au Second Empire, période de capitalisme débridé sur fond de spéculation immobilière. On ne cessait de comprimer les salaires tandis que les loyers, dans le même temps, ne cessaient d’augmenter. Beaucoup d’ouvriers se retrouvèrent ainsi forcés de dormir dans la rue ou dans des baraquements. […] Notre époque entretient beaucoup de points communs avec cette époque-là » dit Vincent Farasse.

Un contexte social digne de Louis-Napoléon Bonaparte au début du XXIe siècle ? Absurde, sans doute, mais ô combien inacceptable. Et, si les gouvernants ne s’en préoccupent pas, il faut que les artistes s’en emparent. La culture comme lanceuse d’alerte ? Oui, c’est aussi son rôle.

Mais une alerte que l’on entendra mieux qu’un discours tricolore empêtré grâce aux deux complices, Farasse et Girauldon, appuyés par la Compagnie Jabberwock avec Guillaume Clausse et Jocelyn Lagarrigue sur scène.

Dans les murs à La Pléiade de La Riche-sur-Loire (Photo Compagnie Jabberwock)
Un écrin stylisé et précis. (Photo Compagnie Jabberwock)

Quant à la mise en scène : « Le dispositif scénique adaptable empruntera aux codes du film noir, rappelant les grandes heures de Hitchcock dans le magistral Fenêtre sur Cour pour créer un écrin stylisé et précis résonnant avec une direction d’acteur rythmique et musicale. L’univers sonore immersif permettra de distordre la réalité, donnant vie à l’immeuble et faisant surgir les démons intérieurs d’Eddy. »

Quand on crie à l’injustice, ça fait du bruit !

Jeudi 17 septembre (19 heures) à La Pléiade de La Riche.
Réserver gratuitement ICI
Et pour tout savoir sur la compagnie, c’est LÀ (et ça vaut le détour)