Expositions

Au château de Tours
Les noirs dessins de Jean-Pierre Conin

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On l’a croisé sur scène et dans les coulisses, on a vu ses dessins et admiré ses marionnettes, on le connaît, ou plutôt on « les » connaît bien, ce qui n’enlève rien à son (ses) talent(s) : Jean-Pierre Conin est multiforme et, si le mot n’était pas aussi outrageusement et insupportablement galvaudé, on pourrait dire est « pluriel ». Tant mieux, cela montre que l’on peut refuser la peinture (« parce que la peinture c’est sale, ça pue, et ça coûte cher ! » dit-il en plaisantant) pour s’obstiner dans le dessin sans avoir peur de quitter son atelier pour jouer René de Obaldia ou Michel de Ghelderode (la Comédie de la Loire de Guy Suares, se rappelleront les plus anciens…) ou manipuler les éclairages de la salle Thélème.

Jean-Pierre Conin sera de nouveau (il y a déjà exposé en 2010) au Château de Tours à partir du 26 octobre. Il accrochera ses dessins (évidemment, quoi d’autre ?) aux cimaises. Ce sera l’occasion pour le visiteur de s’arrêter (« Rien de plus déprimant que de voir un visiteur faire une halte de deux secondes devant chaque œuvre, puis passer à la suivante. Qu’a-t’il ressenti ? Qu’a-t’il retenu de sa propre émotion et de l’émotion de l’artiste ? ») pour plonger dans un univers où la précision du trait ne contraint pas le sujet et le laisse s’estomper dans une brume qui est sans doute celle de l’imaginaire, comme crevant le papier pour s’en échapper.

Le dessin, rien que le dessin

À nous de le suivre, de s’envoler avec ces oiseaux qui ont peut-être pris un peu à Jérôme Bosch, de dialoguer avec ces portraits qui sont peut-être le reflet de nos sentiments, ou de ne pas rire avec ces clowns qui hésitent à ne pas faire peur.

En tout cas, il y a gros à parier que personne, en parcourant les salles du Château de Tours, ne pourra nier que les dessins de Jean-Pierre Conin griffent la pensée, fascinent l’œil, trouvent un écho en chacun de nous, révèlent des impressions oubliées, bref, jouent leur rôle d’œuvre d’art.

Et si l’on peut s’étonner de voir Jean-Pierre Conin placer son travail auprès de très grands noms (« Pourquoi le dessin ? Tout d’abord, précisons que le dessin n’est ni une ébauche, ni un brouillon, ni un croquis, mais une œuvre aboutie et qui, à ce titre, a droit à la même considération qu’une peinture. Victor Hugo, Goya, Odilon Redon et tant d’autres ont fait de superbes dessins qui valent largement certaines peintures dans la puissance d’évocation. »), ce n’est aucunement par prétention mais parce que, derrière la folie de l’artiste, se cache la discipline du métier et que, sous cet angle-là aussi, Jean-Pierre Conin est irréprochable.

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Inclassable ?

Et en plus, il écrit bien, le bougre. Alors, citons-le encore :

« A ceux qui me disent que je les déroute parce que je suis inclassable je réponds qu’ils ont raison ! que c’est ma nature…et ma chance.

Contemporain, je ne le suis que parce que je suis vivant, mais je ne suis adepte ni de la tache, ni de la coulure, ni de l’installation, ni de la vidéo…donc pas moderne, pas tendance… (malgré mon attachement à Opalka ou Fred Deux, et tant d’autres) Et je dois avouer sans fausse modestie que j’en suis fier, et certainement plus libre !

On me demande aussi quelle est ma technique.

Je sais que je déçois à chaque fois quand je réponds : craie noire, pastel blanc, mes doigts (parfois indisciplinés) et mes yeux.

En effet, pour peindre ou dessiner, il faut surtout savoir regarder.

[…] Aujourd’hui, on a pris l’habitude de discourir sur la création. « Avoir le discours » est plus important que la création elle-même, alors que si le peintre…peint, c’est parce que c’est son mode d’expression. On ne demande pas à l’écrivain de savoir peindre ; pourquoi demande-t’on au peintre d’ « avoir le discours » sur son œuvre ?…Est-elle donc si inintelligible ?

Pour chaque dessin, je pense être allé au maximum de la forme et du fond.
Ensuite, libre à chacun d’avoir son niveau de lecture, d’émotion, d’imagination, d’interrogations… »

Du vendredi 26 octobre 2018 au dimanche 20 janvier 2019 au Château de Tours
Le site de Jean-Pierre Conin
Et l’accès au château de Tours