Au Château de Tours :
André Kertész, photographe multiple

L’accord qui unit le Musée du Jeu de Paume et le Château de Tours continue à faire des merveilles. Lieu de rendez-vous des plus grands photographes, il accueille André Kertész après Koen Weissing.

Andre Kertesz Tours
Sous l’objectif d’André Kertész, même la Touraine de 1930 devient oeuvre d’avant-garde. (Photo Musée du Jeu de Paume)

Il est des noms qui éveillent des souvenirs, un peu flous, ce qui est un comble quand il s’agit de photographie, mais toujours vivaces. Des signatures qui font renaître devant nos yeux fermés des images gravées et pourtant englouties par notre mémoire. La photographie a construit notre présent devenu passé, tout particulièrement si l’on est d’une génération où les clichés de Life et de Paris-Match (avant qu’il ne vire « people ») inscrivaient l’Histoire sur la gélatine.

Le château de Tours a reçu Frank Capa, qui changea notre regard sur la guerre, Nadar, qui ouvrit nos yeux, mais aussi Jacques-Henri Lartigue, le magicien poète, Vivian Maier, l’inconnue magnifique, ou encore Gilles Caron, le témoin héroïque. On en passe.

Le constructeur d’images

Avec André Kertész, pas question d’une estampille unique. Si l’appareil photo lie tout ce monde, il crée des groupes, entre « photographes de guerre » et « portraitistes », entre instinct et pose. Kertész est relié à tous parce qu’il ne fut jamais « un ». Photographe multiple, il observera ses compagnons de guerre mais sans entrer sur le champ de bataille comme un Gilles Caron. Parisien, il est artiste proche des dadaïstes, ami de Brassaï, Colette, Chagall, Mondrian, dont on ne sait pas qui inspire qui.

Andre Kertesz Tours
Des « Distorsions » qui sont à l’avant-garde… et ont choqué le puritanisme américain. (Photo Musée du Jeu de Paume)

Le petit Andor qui regardait les illustrations de magazines avec passion, devenu André le photographe, est reporter, sans doute, mais surtout inventeur d’images construites ou reconstruites. Il élabore chacune de ses vues et l’on est fasciné devant des chaises de jardin devenues abstractions, des « distorsions » où le corps nu se liquéfie, des portraits toujours cadrés avec un instinct (ou un travail) de créateur raffiné.

Andre Kertesz Tours
André Kertész en 1929 (Photo Musée du Jeu de Paume)

Mal compris aux États-Unis, où la guerre l’a emprisonné, il ne saura jamais s’adapter aux exigences du marché local de la photographie, sauf pour faire bouillir la marmite en trahissant sa passion dans quelques magazines de luxe.

C’est à Paris qu’il s’exprime et c’est en France, notamment aux Rencontre d’Arles, qu’il est enfin reconnu. Kertész, l’homme des distorsions, est un dompteur du trait comme ses amis Mondrian ou Calder.

Sur la fin de sa vie, il découvre le Polaroïd qui, paradoxalement, alors qu’il avait été l’un des premiers à utiliser le Leica, objet libérateur s’il en fut, lui permettra peut-être ses créations les plus absolues. Pourtant peu familier de la couleur, il invente grâce à lui, un univers qui plonge dans l’abstraction et le surréalisme avec un maîtrise sidérante.

L’exposition qualifie le photographe d’équilibriste. Sans doute parce que Kertész marche sur un fil dont la rupture briserait l’harmonie d’une image où le plus petit détail contribue à l’évidence d’une œuvre.

Andre Kertesz Tours
Lé découverte du Polaroïd ouvre à Kertész un horizon coloré et abstrait. (Photo Musée du Jeu de Paume)

Au Château de Tours, du mardi au dimanche inclus de 14 heures à 18 heures, jusqu’au 27 octobre 2019.
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