Les durs de la feuille  :
quand les libraires luttent contre le Covid

C’est sûrement l’unique avantage du confinement : on lit plus quand on est enfermé. Le livre ouvre l’imagination et repousse les murs. Mais il ne faudrait pas laisser tomber un bouquin sur le pied des libraires. Voici comment acheter des livres à distance en évitant le monstre Amazon et ses affreux copains, tout en utilisant leurs armes. L’art de la guerre, ça s’apprend, comme dirait Tzu Sun (620 pages, 6€60 en livre de poche).

Premier constat : les Français (et les autres) savent encore lire, toutes générations confondues. C’est bien. Deuxième constat : ils achètent encore des livres. C’est mieux. Bizarrement, il aura fallu s’offrir une épidémie mondiale pour en prendre conscience, convaincus que l’on était d’avoir vécu la dernière époque d’un support ringard parce que non électronique, au moins dans sa version originale.

Eh bien non. On est peut-être tous plus ou moins accros de la tablette ou de l’écran, greffés à nos téléphones et à nos claviers, on lit encore et, ô surprise, on lit aussi des mots qui sont imprimés sur du papier. C’est dingue, non ?

Demain sera un autre jour

Eugenio Mazzone-Unsplash
Bon, c’est un peu exagéré. Mais quand on aime… (Eugenio Mazzone-Unsplash)

C’est le premier confinement anti-bestiole qui l’a démontré. D’accord, pris par surprise, les lecteurs ont été interdits de librairies du jour au lendemain dans un printemps qui déchantait. Mais, à peine les portes ré-ouvertes, le foule s’est précipitée sur les étagères.

Si la chute des ventes, et pour cause, est descendue en-dessous des 50 % pendant la séquestration nationale, parfois même jusqu’à 80 % (soit 18,5 % en chiffre d’affaires et 19 % en volume pour le deuxième trimestre 2020, selon le baromètre de Livres Hebdo), elle est remontée – pas assez, mais tout de même, ça fait plaisir – dès le 11 mai, date du déconfinement.

Et pas qu’un peu : durant la semaine qui a suivi, le volume des… volumes vendus a explosé. Du coup, par rapport à l’année précédente, on a enregistré 2,7 % de plus en valeur et 6,8 % en volume, rapportés à 2019. Pas suffisant pour compenser, mais c’est bien tout de même.

Parenthèse à destination des chères têtes blondes : désolés pour vous, mais vos parents ne se sont pas laissé avoir. Les livres éducatifs ont continué à se vendre presque normalement. Faudrait pas prendre le confinement pour des vacances, non mais. Comme dirait Blanquer, ministre de son état (et du nôtre) qui sait ce que sabir technocratique veut dire, le confinement est resté « apprenant ». Traduction, faut bosser à la maison, les mômes.

La proximité à distance

La lecture, ça ouvre des horizons et ça repousse les murs. (Photo John Mark Smith-Unsplash)

Tout aussi rassurant que le rush post-confinement, la bousculade, avec distanciation tout de même, provoquée par l’annonce du confinement, épisode 2, dans les librairies, le vendredi 30 novembre. On a rempli les cabas, entre rouleaux de PQ et paquets de farine.

À ce propos, notons la bonne idée d’un disquaire de Rennes qui offre un rouleau de PQ pour chaque vinyle vendu, idée suivie par un restaurateur, ce qui semble plus logique… Un truc à étudier pour les libraires, d’autant qu’un quart des livres finit en papier du même nom quand ils n’ont pas été vendus. Une manière de boucler la boucle, en somme.

Revenons à nos confinés, puisque le Gouvernement, sollicité par les détaillants devant la concurrence déloyale que la fermeture de leurs échoppes créait face aux grandes surfaces, a eu l’idée d’interdire à ces dernières de vendre des bouquins. Bravo, fallait y penser. C’est l’édition qui y perd, mais le nivellement par le bas est une démarche politique bien connue.

En attendant que le même gouvernement revienne sur sa décision et considère le livre comme un produit « essentiel », il est important de rappeler que les libraires ne sont pas seulement des rats de bibliothèque mais savent ce qu’Internet veut dire. Au risque d’être accusés de dicrimination culturelle, rappelons que l’on peut acheter des bouquins, sous une forme ou sous une autre, chez NOS libraires sans se déplacer. Pas besoin d’aller chez les bouffeurs de marges US (suivez notre regard), il suffit de connaître la bonne adresse. Que nous allons nous faire un plaisir et un devoir de vous donner.

La solitude du lecteur confiné, ça n’existe pas

D’abord, pour ratisser large, sachez qu’il existe un regroupement de libraires indépendants qui rassemble des centaines de librairies hexagonales et par l’intermédiaire duquel on peut commander. C’est Librairiesindependantes.com et, pour y aller, on passe par ICI 

C’est le Graal, non seulement parce que vingt millions de bouquins vous attendent au bout de la souris, mais aussi parce que vous y trouverez l’adresse des libraires de votre quartier. Ils sont un bon millier à être référencés sur le site.

Les feuilles mortes se ramassent à l’appel. Bref, on peut commander en ligne ou par téléphone. (Photo Stanislav Kondratiev – Unsplash)

Cela dit, vous pouvez aussi vérifier directement si votre fournisseur de rêves imprimés a son propre système. Exemple qui nous concerne, La Boîte à livres de Tours offre depuis longtemps la possibilité de commander en ligne. Comme pour le site national, il est possible de se faire livrer à domicile. C’est Mme Bachelot qui va être contente puisqu’elle a annoncé, à l’heure où nous écrivions, qu’elle a obtenu des tarifs postaux « cassés » pour les libraires. Merci madame.

Vérifiez aussi si votre libraire ne propose pas de venir chercher vos commandes à sa porte, c’est peut-être jouable, comme dans notre Boîte préférée. Sur l’autorisation de sortie, indiquez « fourniture de produits de première nécessité ».

Et ça, c’est important aussi !

Pour les indécrottables de l’écran, ne pas oublier non plus que le livre se vend sous forme électronique, à destination de nos « liseuses », ce que les libraires peuvent fournir aussi.

Ultime option, pour ceux qui ont peur de la solitude ou ont la flemme chevillée au corps, la version « parlée ». Se faire raconter Guerre et paix par un comédien, c’est sûr que ça permet de passer le temps pendant le confinement, même s’il est prolongé.

Et de ne pas se sentir tout seul.

Le site des Librairies indépendantes, c’est ICI.
Celui de la Boîte à livres, c’est LÀ.