Après avoir tout dit sur Gengis Khan, le Château de Nantes s’intéresse aux Chevaliers. Une exposition magnifique venue d’Italie où l’on apprend plein de choses. Jusqu’au 20 avril 2025.
Les collections, ça ne se discute pas. On peut passer sa vie à ramasser les porte-clefs, à écumer les bars pour piquer les sous-verres ou à aligner des chars d’assaut dans son jardin, pourquoi pas ? Pour Frederick Stibbert, fils de son papa anglais et de sa maman italienne, mais, surtout, héritier de grand-papa, c’est dans sa villa de Florence que l’amour de la Renaissance s’est développé. Influence du lieu sans doute, et de l’époque, quand la chose était à la mode, c’est-à-dire au milieu du XIXe siècle.

Comme tout bon bourgeois fortuné, Frederick accrochera quelques toiles de maîtres à ses murs. Mais le Florentin a une autre passion, à une époque où les héros ne s’appellent pas Superman ou Super Mario mais Du Guesclin, Godefroy de Bouillon, Rodrigo Diaz de Vivar, alias « Le Cid », voire Jeanne d’Arc.
Grand enfant, Frederick va collectionner les armes d’époque et les armures, et même s’en faire fabriquer une sur mesure, sans doute pour jouer avec ses petits camarades. Il en résulte une collection unique, certainement l’une des plus belles du monde (50 000 pièces, tout de même), dont les vedettes caracolent toujours dans la villa italienne, quand elles ne tentent pas une sortie en direction de la Loire-Atlantique, pour y prendre – pacifiquement – d’assaut le Château des Ducs de Bretagne.
Pour la guerre et pour le plaisir
C’est donc là que l’on peut, jusqu’au 20 avril 2025, tout savoir sur le cuissot, le plastron, la tassette ou la ventaille, entre autres parties de l’armure au XVe et XVIe siècles, le tout présenté avec panache, comme il se doit.

Parce que c’est beau. Et, si l’armure était avant tout destinée à protéger les chevaliers au combat (ou au tournoi, on y reviendra), elle était aussi une œuvre d’art et de technique. C’est ainsi que la moindre genouillère, le heaume ou le plastron, étaient gravés comme des bijoux. De quoi en jeter plein la vue lorsque l’armure était destinée (suivant une fabrication différente de celle de la guerre) aux tournois, devant des dames parfois sensibles au charme, caché, des combattants.
Grâce à l’exposition, on découvre différentes techniques de gravures, les lieux les plus réputés pour la fabrication des armures ou de leurs ornements. On en trouve vers Milan, bien sûr, mais aussi en Allemagne. C’est d’ailleurs là que l’on inventera une armure étrangement affublée d’une bedaine. L’histoire ne dit pas si la bière a quelque chose à voir…
Les Tourangeaux – qui nous lisent, évidemment – découvriront fièrement que Tours était réputée pour son travail. Comme quoi, on ne faisait pas que de la soie sur les bords de Loire…

Mais l’armure était aussi un outil extrêmement sophistiqué techniquement. Une petite vidéo, à ne pas louper, démontre que, malgré ses vingt ou trente kilos, elle pouvait être utilisée aussi facilement qu’un survêtement de jogger. On y voit deux combattants, harnachés de reproductions d’armures à l’identique, grimper des échelles et se battre comme des catcheurs malgré leur habit de ferraille. C’est que le poids de la chose est réparti sur tout le corps, et que les multiples pièces sont parfaitement adaptées aux mouvements.
Les dames aussi
L’exposition invite aussi les chevaliers les plus réputés, raconte leur histoire et démêle la légende de la réalité. C’est ainsi que l’on croise le Du Guesclin de nos manuels scolaire, Le Cid cher à Corneille et, bien entendu, Jeanne d’Arc. L’occasion de découvrir que, contrairement à ce que l’on pourrait penser, les dames prenaient aussi les armes et pouvaient partir à l’assaut de fiefs concurrents, avec succès parfois.

Outre les armures, pièces spectaculaires, une collection d’armes, épées, lances, masses, arbalètes, toutes plus magnifiques les unes que les autres, conclut l’exposition. On y voit apparaitre les premiers pistolets, signes du crépuscule des armures. Les balles percent les tôles, même devenues plus épaisses et, du coup, trop lourdes. L’esprit des chevaliers demeurera, mais pas leur costume.

La chanson de geste perpétuera la légende des chevaliers. Mais, et c’est une bonne idée de l’avoir rappelé, ils réapparaitront de manière inattendue de nos jours. Car on va les retrouver dans des films qui leur sont consacrés, sérieux ou pas (on pense aux Visiteurs ou à Sacré Graal) mais aussi à La Guerre des étoiles. Sans les armures, néanmoins, chez Monsieur Lucas.

