18 mai 2026
Son et lumière Tours 2019

Le son et lumière Tours 2019 emporte vers la Renaissance. (Photo Supersoniks/Cookies Production)

LA LOI DU SILENCE

C’était chouette, ça ne durait pas très longtemps, ce n’était affiché que pendant quelques semaines et ça avait un sacré succès. Pourtant, le Son et lumière du Musée des Beaux-Arts de Tours n’aura duré que l’espace de trois étés.

La faute au bruit, dit-on. Vingt minutes de commentaires et de musique, au pire jusqu’à 23 heures et quelques bananes, à un moment – surtout en 2022… – où pas mal de monde se balade tranquillement à la fraîche (on n’est pas Place Plumereau) c’est vrai que ça devait déranger beaucoup les fanas du petit écran et de l’oreiller vespéral.

Ce sont apparemment pourtant eux qui ont eu la peau de ce joli spectacle, idéal pour satisfaire le touriste et combler le local nostalgique du passé. Les mêmes, sans doute, qui l’avaient déjà fait migrer de la cathédrale vers le musée, justement (voir notre article, désormais à lire au passé).

Pour info, comme on dit, lorsque Nantes (juste avant Angers) a projeté sur la façade de sa cathédrale les images du peintre Alain Thomas, ils ont été plusieurs dizaines de milliers à se retrouver chaque soir. Un spectacle de douze minutes seulement… mais qui se répétait plusieurs fois dans la soirée. On appelle ça un succès, ou même un triomphe, et tout le monde a applaudi, même les riverains de la place accoudés aux fenêtres. Il se dit même qu’on en redemande et qu’on en parle partout en France…

À Tours, on n’accueillait à chaque séance, pendant vingt minutes, donc, qu’un maximum de quelques centaines de personnes, derrière le cèdre magistral. Mais les habitants (« des » habitants) du quartier, sans doute très influents, n’aimaient pas. Et le spectacle est passé à la trappe, ou plutôt dans les oubliettes.

Ce qui pose évidemment la question de l’individu face à la collectivité (débat complexe et éminemment respectable) mais aussi des choix d’une municipalité pour faire vivre la cité.

Ou, plus prosaïquement, les vingt minutes de tranquillité revendiquée de quelques-uns valent-elle de priver de bonheur (intelligent et poétique) quelques centaines d’autres ?

 

Vingt minutes pour remonter le temps. Le Musée des Beaux-Arts de Tours redevient un écran où la Renaissance se raconte. Balade nocturne au fil du temps.

Il y a presque un demi-siècle, dans une petite pièce aveugle du Musée des Beaux-Arts de Tours, un vieux monsieur très tranquille regardait tourner une bande magnétique tout en poussant précautionneusement de gros potentiomètres.

Dans les jardins, d’énormes gamelles crachaient des faisceaux lumineux incertains sur la façade du monument. Dans les haut-parleurs, une voix douce racontait l’histoire de la ville, avec ce gimmick, qui ne s’appelait pas comme cela alors : « Pour avoir de jolies bouches, les jeunes tourangelles répétaient devant leur miroir cette formule : les petits pruneaux de Tours ». Le public était ébloui. On appelait ça un son et lumière, c’était tout nouveau et c’était bien beau.

Renaissance du son et de la lumière

Son et lumière Tours 2019
Le son et lumière Tours, créé en 2019, emporte vers la Renaissance. (Photo Supersoniks/Cookies Production)

Cinquante ans plus tard, l’histoire des petits pruneaux de Tours est un peu oubliée (mais pas les pruneaux, heureusement, ni les jolies Tourangelles). Les potentiomètres ont trouvé leur musée pour fuir devant l’informatique, les gamelles du jardin ont été remplacées par des ampoules à leds (et sans doute quelques lasers), le son est numérique et la « lumière » a fait place à des images. C’est beau comme un clip, ça bouge et ça s’appelle… un son et lumière.

Pendant trois ans, le son et lumière estival tourangeau s’est accroché aux gargouilles de la cathédrale. Pas mal et assez logique. Mais quelques voisins au sommeil léger n’ayant pas apprécié, le spectacle a déménagé vers le jardin du musée. Le seul locataire connu étant l’éléphant Fritz, peu de récriminations à attendre (quoique le film La nuit au musée puisse laisser craindre une réaction pachydermique, peu probable néanmoins).

Le nouveau spectacle ne remonte pas jusqu’aux Turons et aux Romains. Il démarre à la guerre de Cent ans pour en arriver à la Renaissance, thème de la soirée. Lors du lancement, en 2019, on était en plein dans l’anniversaire de celle-ci, porté par la Région et un brin snobé par la ville de Tours, dont la municipalité d’alors manquait d’atomes crochus avec une région et qui lui avait bizarrement mis Balzac dans les pattes.

Nuits Renaissance, donc, dans les pas d’un page qui va de châteaux en châteaux et de roi en roi, qui croise Léonard de Vinci (grand ordonnateur de fêtes pour François 1er, comme on sait… si l’on est passé par le Clos Lucé d’Amboise), qui danse (grâce à la troupe Doulce Mémoire mais aussi à quelques groupes plus électroniques) et découvre la peinture new-look de l’époque.

Onze tableaux que l’on pourra apprécier assis sur les pelouses (protégées, tout de même, comme le séant des spectateurs,  et à distance respectueuse, période virale oblige).

En prime, si la façade du Musée a pris des couleurs, le jardin et son fameux cèdre ne sont pas en reste et ont droit aussi à leur mise en lumière.

Nos confrères d’Info Tours ont réalisé un très beau diaporama du spectacle. Retrouvez-le ICI
Et le teaser du spectacle, c’est…

Ouverture des portes à 22 heures pour un début du spectacle à 22h45 et fermeture des portes à la même heure (jusqu’au 31 juillet), puis ouverture à 21h30 pour une projection à 22h15 à partir du 1er août.
Attention : l’évocation du fameux « quart d’heure tourangeau » n’étant pas prévue au programme, il faut impérativement être à l’heure pour être autorisé à franchir la porte, faute de quoi on se cassera le nez, masqué ou pas…
À la date du 7 juillet (tout change si vite en la matière qu’il vaut mieux être précis…), les mesures sanitaires ayant été allégées, les réservations ne sont plus nécessaires et le nombre de spectateurs a été porté à 900.