René-Jacques au Château de Tours
La photo en équilibre stable

On peut avoir réalisé des photos mythiques et rester inconnu du grand public. Redécouvrir René-Jacques au Château de Tours, c’est explorer un univers ou la rigueur de la technique n’entre jamais en contradiction avec l’inspiration. Un équilibre parfait.

René-Jacques exposition Tours
Michèle Morgan et Jean Gabin sur le tournage du film Remorques de Jean Grémillon
Brest, 1939 – René-Jacques © ministère de la Culture / Médiathèque de l’architecture et du patrimoine / Donation René-Jacques

Gabin et Morgan dans les bras l’un de l’autre, face au vent du destin qui va les emporter, Gabin et Morgan (qui avait déjà de beaux yeux, tu sais, dans Quai des brumes), sans doute jamais aussi magnifiques, aussi tragiques, aussi lumineux, c’est lui. Une photo mythique mais un photographe dont le nom reste discret, même pour les amateurs. Il s’appelle René-Jacques et a immortalisé le couple lors du tournage de Remorques, un mélo de Jean Grémillon que Jacques Prévert avait dialogué.

René-Jacques, l’élégance des formes, c’est l’intitulé de l’exposition. Et c’est vrai que chaque cliché semble parfaitement polissé, calculé, travaillé. Mais ce serait réducteur de ne voir dans l’œuvre de René-Jacques qu’une simple maîtrise de la technique. Pas une image qui ne provoque une émotion, pas une qui ne projette le spectateur au-delà de la gélatine, même lorsqu’il saisit un couple en promenade sur une plage de Royan. Simple et superbe.

René-Jacques exposition Tours
Couple sur la plage, Royan
1932 – René-Jacques © ministère de la Culture /Médiathèque de l’architecture et du patrimoine / Donation René-Jacques

Un paradoxe, finalement, tant l’équilibre entre l’expression de l’artiste et la maîtrise du technicien apporte à la photographie, dans un noir et blanc impeccable, une stabilité et une force qui lui donnent une vie incontestable.

L’équilibre des lignes

René-Jacques exposition Tours
Usines Renault à Boulogne-Billancourt, 1951 – René-Jacques © ministère de la Culture / Médiathèque de l’architecture et du patrimoine / Donation René-Jacques

René-Jacques est un touche-à-tout. Des photos de plateau aux photos de « réclame  » (on est dans les années 30/40 et on ne parle pas encore de « pub ») en passant par le reportage industriel et la presse, il réussit le miracle de préserver son style quel que soit le sujet. Il faut voir comment il construit ses images alors qu’il travaille pour Renault ou pour vanter des bouteilles de lait ! Il faut voir aussi comment il réussit à maintenir cet équilibre des lignes quand il entre dans un bar dont le comptoir, les verres, les miroirs, le simple journal tenu par un consommateur participent de cette construction parfaite.

René-Jacques exposition Tours
Rue de Varenne-Boulevard des Invalides
Paris, 1942 – René-Jacques © ministère de la Culture / Médiathèque de l’architecture et du patrimoine / Donation René-Jacques

Photographe militant, René-Jacques (1908-2003) a fréquenté les cercles des grands de l’époque où il a croisé Willy Ronis, Robert Doisneau et Marcel Bovis. Prenant fait et cause pour un métier pas encore admis comme artistique, il militera pour le faire reconnaître comme tel et défendre les droits des photographes.

L’exposition présentée au Château de Tours avec le Jeu de paume est la première depuis un quart de siècle consacrée à René-Jacques. Elle présente quelque cent-vingt clichés dont beaucoup sont inédits, issus de la donation faite par l’artiste à l’État et qui comporte rien moins que 20 000 tirages et encore plus de négatifs.

René-Jacques exposition Tours
Cirque Médrano Paris, 1946 – René-Jacques© ministère de la Culture / Médiathèque de l’architecture et du patrimoine / Donation René-Jacques

Il serait normal de lui accorder un succès à la hauteur de la qualité de l’artiste, revanche posthume sur une notoriété injustement réticente en son temps.

Au Château de Tours, du 15 novembre 2019
au 24 mai 2020
Le Château de Tours, c’est ICI
En savoir plus sur le site du Jeu de Paume, c’est LÀ