Jazz Spectacles

Petit Faucheux de Tours :
Jean-Luc Cappozzo improvise à domicile

Jean-Luc Cappozzo invite au Petit Faucheux de Tours

C’est une carte blanche sacrément bien remplie que Jean-Luc Cappozzo, trompettiste émérite et Tourangeau d’adoption, déroulera le 10 octobre au Petit Faucheux. Quand le – presque – Tourangeau invite, il y a du beau monde autour de la table.

Il est né à Vaudoie, dans le territoire de Belfort (ce qui lui permet d’aller sur ses terres d’origine se produire au festival du coin tout en allant faire la bise à sa maman), il habite dans le Lochois et fifille à Tours. C’est donc, comme on dit, en local de l’étape que le trompettiste Jean-Luc Cappozzo sera sur la scène du Petit Faucheux le 10 octobre 2022. Et pas tout seul, carte blanche oblige.

Jean-Luc Cappozzo invite au Petit Faucheux de Tours
Jean-Luc Cappozzo, la liberté en bouche. (Photo DR)

Cette fois, pas de réunion familiale avec Cécile, sa fille, comme disait… Parce que la demoiselle, danseuse et professeur de flamenco à Tours, fait dans l’éclectisme musical. Pianiste de jazz, elle a enregistré avec papa un Soul Eyes qui sonnait fort bien.

Mais c’est une autre histoire. Ce qui n’empêchera pas quelques complices d’enregistrement de répondre à l’invitation, à savoir : Christine Wodrascka (piano) et Gerry Hemingway (batterie), pour le première partie, qui seront rejoints pour la seconde par Géraldine Keller (chant), Alexandra Grimal (saxophone) et Jean-Sébastien Mariage (guitare).

Ce soir, on improvise…

Selon les habitudes de la puissance invitante, la carte blanche sera sérieusement nourrie d’improvisation (même si Jean-Luc Cappozzo est aussi capable du meilleur avec les classiques, comme le verrons plus loin). Avec Christine Wodrascka, on sera en plein dedans. Si la pianiste a démarré en étudiant le classique elle a vite dérapé – pour la bonne cause – vers la composition, puis l’improvisation. Et, là, tout devient possible. Car, si la musicologue est une virtuose de la touche, qu’elle ne ménage pas, elle prend aussi d’assaut son piano, le transforme en instrument de percussion et n’hésite pas à le faire sonner avec… des fourchettes ou des coquilles Saint-Jacques.

Jean-Luc Cappozzo invite au Petit Faucheux de Tours
Gerry Hemingway, un autre as de l’improvisation. (Photo DR)

Côté percussion, justement, le deuxième invité, Gerry Hemingway, est à la hauteur. Considéré comme l’un des meilleurs percussionnistes de jazz actuels, il a sévi chez Anthony Braxton ou Cecil Taylor, entre autres. Il a rapporté un Guggenheim Fellowship au bout de ses baguettes et compose autant qu’il interprète. Il se produit aussi en solo, ce qui exige tout de même une sacrée maîtrise.

En deuxième partie, le trio doublera la mise. D’abord avec une chanteuse, Géraldine Keller, soprano de son état, et tout aussi virtuose de l’improvisation, tout en y ajoutant plusieurs dimensions, dont la danse et les arts plastiques. On la retrouve donc dans des créations contemporaines, parfois liées à des performances complexes. On s’étonne presque de l’entendre « dire » des textes d’Éric Satie, compositeur d’une autre époque…

Elle chante, elle compose et joue du saxophone. Elle s’appelle Alexandra Grimal, elle improvise (oui, on se répète) et fait partie d’une famille où l’on aime la musique même si le père est égyptologue et la mère angliciste. Le frère, David, est violoniste… classique. En 2009 elle a récolté une bourse qui lui a permis d’enregistrer avec Lee Konitz, Paul Motian et Gary Peacok, ce qui fait un joli début de carnet d’adresses. Passons sur ses études (plus que solides, La Haye, Helsinki, Paris…).

Jean-Luc Cappozzo invite au Petit Faucheux de Tours
La saxophoniste s’est réfugiée un jour sur les marches de l’escalier de Chambord pour enregistrer… Refuge. (Photo © Antonia Fritche)

À Orléans, elle composera un « opéra clandestin » et signera des partitions pour la Philharmonie de Paris et le Paris Mozart Orchestra. « Le son d’Alexandra Grimal a quelque chose d’affectueux, de singulier, d’authentique, qui donne pour elle beaucoup d’espoirs » a dit Télérama.

Dernier « invité » de la soirée, Jean-Sébastien Mariage aborde sa guitare comme Christine Wodrascka son piano. C’est dire que son respect ne s’embarrasse pas de trop de réserves : « Jean-Sébastien Mariage fait partie de cette famille de musiciens qui perpétuent le défrichage et qui d’une manière ou d’une autre, au travers de nouvelles techniques ou de nouveaux matériaux font évoluer l’instrument, le transcendent, l’ouvrent à des sonorités inattendues, à des musiques insoupçonnées. » dit Inversus-doxa.

Le jazz en fanfare

Et Jean-Luc Cappozzo, donc. Le trompettiste français « incontournable » comme on dit (trop) aujourd’hui. Un monsieur qui se trouve aussi à l’aise dans le classique que dans le jazz traditionnel et, surtout, dans l’impro, sujet du jour. Il a travaillé avec le quatuor Johannes, dont le nom indique qu’il penche plus du côté de Brahms que de Big Bill Broonzy. Il lui a enseigné… l’improvisation. On ne se refait pas !

Côté scène, la première heure de gloire jazzistique de Jean-Luc Cappozzo sera l‘invitation de Dizzy Gillespie à jouer dans son orchestre en 1984, ce qui est un bon début et, déjà, une reconnaissance. Faire partie du Globe Unity Orchestraz, la référence européenne, en sera une autre.

Ensuite, Jean-Luc Cappozzo va traverser pas mal de frontières musicales, d’aucuns diraient « va défoncer », avec l’aide de plusieurs de ses invités notamment. Free, totalement free, il va reconstruire des univers, tranquillement installé sur sa chaise, avec trompette et bugle. Modestement, apparemment, puisque Le Monde dira de lui, sous la plume de Sylvain Siclier « un homme discret qui rougirait d’être qualifié de l’un des solistes les plus pertinents, les plus complets du jazz en France. Qu’il rougisse. », comme le rappelle le site du TedxBelfort, qui voit en lui « un trompettiste puissant et mélodique »

Jean-Luc Cappozzo invite au Petit Faucheux de Tours
Amoureux de la liberté, Jean-Luc Cappozzo est aussi capable de marcher au pas… des fanfares. (Photo DR)

En invitant toute cette bande à se retrouver, Le Petit Faucheux construit une sacrée fanfare. Ce qui a sa logique. C’est comme ça que Jean-Luc Cappozzo a démarré : « S’il n’y avait pas eu d’harmonie municipale dans ma bourgade natale, je n’aurais sans doute pas eu accès à la musique. Ce fut pour moi le premier d’une longue suite de cadeaux. » (musique.française.net) D’ailleurs il continue. Si vous ne pouvez pas aller l’entendre au Petit Faucheux, vous pourrez peut-être le croiser dans les rues de Luzillé : « J’assume la totalité de mon histoire, je joue quand je peux avec l’harmonie de mon village, avec les Papys du Swing, aussi bien que du jazz conventionnel avec mon quartette. » En avant la zizique !

Au Petit Faucheux, lundi 10 octobre 2022 à 20 heures.

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