Éva Queen
Sur un air de Jazz…

Partie en se baladant sur la Croisette, Éva Queen est devenue la coqueluche (rien à voir avec le Covid) de l’adolescence rappeuse. Elle quittera YouTube et son nom pour partir en tournée à l’automne 2020. Éva – tout court – sera au Parc Expo de Tours le 23 octobre.

Fallait en avoir envie. Quand on s’appelle Le Monde, journal sérieux s’il en fut, plus habitué aux arrière-cours de la politique mondiale qu’aux coulisses des éphémères stars dites « people », aller se perdre au fin fond de la Touraine, dans un village opportunément nommé Villeperdue, pour entendre une nymphette pailletée et son public en transes avait tout d’une expédition en terrain hostile.

Eva Queen tournée Tours
Pour sa première grande tournée, Eva Queen est devenue Eva, tout… simplement. (Photo DR)

Cela dit, si le journaliste s’est aventuré dans la nuit tourangelle, c’est sûrement parce que la gamine ondulante, Éva Queen, donc, qui se produisait ce soir-là est un phénomène particulièrement représentatif d’une période où la notoriété commence par YouTube avant de conduire dans les salles. (à lire ICI)

Qui veut gagner des millions ?

Elle n’a pas encore dix-huit ans quand Éva Queen enregistre ses premiers clips, copies à l’économie des productions clinquantes des rappeurs US, avec balade sur une Rolls-Royce de location, danse improvisée en bord de mer entre copines. Sympa, mais on se croirait dans une vidéo réalisée par des amateurs confinés.

Du jardinage dans un jet privé ? La classe…

Oui, mais ça marche. La « star » ressemble à ses groupies comme Lenny-Kim à son public. Les préoccupations sont les mêmes (les garçons, avant tout, généralement pas sympas, le maquillage) et les chorégraphies, simplistes (donc reproductibles), où le rap rejoint la danse orientale avec mouvements de tête assortis, peuvent être entraînantes.

Résultat, en quelques semaines, les clips d’Éva Queen sont vus des millions de fois (près de 60 millions de vues pour Mood à l’heure où nous écrivons) et, plus traditionnellement, son album Queen est vite fait disque d’or. Bingo, voilà une star toute neuve…

Le commerce de l’art

Une belle histoire, en apparence, mais, surtout, une opération très professionnelle. D’abord parce que la famille est du métier (père musicien, grand-mère propriétaire d’un label, mère championne de la calculette), le contexte idéal pour une opération marketing dans le genre grosse artillerie. Désolé pour le côté conte de fée.

Eva Queen tournée Tours
L’influenceuse et sa petite sœur : un air de Jazz… (photo DR)

Mais le plus grand support d’Éva (on oublie le nom pour monter sur scène), c’est sa « célèbre » sœur Jazz. Vous ne connaissez pas ? Pourtant, Jazz est une « célébrité », si l’on en croit une flopée de titres hautement littéraires, en tout cas pour qui a pateaugé dans l’intellectualisme débridé de la télé-réalité. Au palmarès de ladite sœur, des œuvres aussi culturelles que Qui veut épouser mon fils ?, Les Anges de la télé-réalité ou encore le somptueux La Villa des cœurs brisés. Mais attention, tout ça, c’est fini. Jazz est désormais « influenceuse » (version française de la référence absolue, l’ineffable famille Kardashian).

Et quelles influences ! «  Début 2017, Jazz décide de partir en Tunisie afin de subir plusieurs interventions de chirurgie esthétique. […] À l’occasion, elle convie Jeremstar, célèbre bloggeur et youtubeur qui va filmer sa liposuccion, son augmentation mammaire et son lipofiling des fesses. » (Fandom) On en redemande.

Voilà qui permet de mieux comprendre la description de la jeune Éva dans son dossier de presse, où l’on découvre que «  Eva Queen c’est un état d’esprit, des valeurs, un message rempli de force, d’indépendance et de féminisme, véhiculé et revendiqué par les codes de sa génération. » Ce qu’elle confirme : « J’ai très envie que les filles comprennent que dans la vie il y a des principes et des valeurs. » (Nice-Matin) La liposuccion des fesses ou l’implant mammaire ?

Si Éva n’a pas encore (apparemment) eu besoin du bistouri, elle a déjà compris quelques trucs artistiques bien assimilés par sa grande sœur. Car Éva le chante, pas question de ressembler à une cagole (« Accro à la mode, j’tombe pas dans les codes/Une Litavis, diva – ouais, ouais)/Make up de cagole, faire la grosse folle/Ça c’est trop peu pour moi »- Mood).

Pas question de ressembler à une cagole, dit-elle…

Non, elle, c’est plutôt sa grande sœur qui l’inspire, un air de Jazz, donc, pour ceux qui parviendront à faire la différence avec les cagoles précitées, et, par voie de conséquence, une ligne de vêtements à son nom. Si vous cherchez le site « officiel » de la chanteuse, vous tombez sur une galerie marchande. Parents, sortez vos portefeuilles, les cochons-tirelires de vos groupies maison ne vont pas suffire.

Une grande sœur admirative

Allez, on est méchants. D’ailleurs, Jazz elle-même est en admiration devant sa cadette. La preuve ci-dessous, orthographe d’origine incluse : « Ma petite sœur chérie aujourd’hui tu as était une vraie guerrière |…] tu est devenu la jeune femme que tu es aujourd’hui un pur rayon de soleil avec un sale caractère mais un cœur énorme. J’ai toujours entendu dire qu’après la pluie vient le beau temps, les jours à venir ne seront pas facile mais le futur qui t’attend promet d’être merveilleux . Comme tu dit toujours tu est On Fleek 😂 , […] À l’heure où je t’écris je suis assise dans un couloir parterre et je remercie dieu de t’avoir faciliter aujourd’hui. » C’est beau comme de l’antique.

Bon, cette fois, on arrête, pour ne pas être voués aux gémonies des réseaux sociaux par les groupies de la jeune star. D’ailleurs, il faut être franc, si les textes d’Éva Queen attendront un peu pour être adoubées par l’Académie française (« Si tu crois que j’suis aveugle/Tes petits jeux, c’est du braille/Même les meufs les plus pétées/Tu voudrais bien toutes les grailler – Alibi ») ce ne sont pas les pires de l’univers « urban pop ».

Sortie de Villeperdue pour partir en flèche sur le chemin de la gloire, Éva passera à Tours le 23 octobre 2020. On ne sait pas si Jazz viendra avec elle chanter sur scène le titre qu’elle lui a consacré. L’influenceuse aînée a fui la France avec son époux (le vrai, pas ceux de la télé) après une agression. Elle vit désormais à Dubaï où, comme chacun sait, les femmes sont mieux traitées.

Vendredi 23 octobre 2020 (20 heures) au Parc Expo de Tours.
Réserver en Touraine avec Entrée du Public ICI
…et pour réserver ailleurs en France, c’est LÀ