Damien Saez à Tours
La révolution permanente

Il se revendique de Ferré et de Brel, héritier de Rimbaud et de Voltaire, sème le bordel dans les festivals mais s’y affiche régulièrement, crache à la figure des institutions ou dans la soupe, selon les points de vue, bref, Damien Saez est un sacré fouteur de merde.

Damien Saez, des concerts comme autant de meetings. (Photo DR)

Un contestataire à l’ancienne, un « imprécateur en pull de ski » (La Dépêche), le bonhomme séduit ou agace mais fait sans aucun doute du ménage dans un univers de showbiz souvent standardisé. À moins que sa révolte à lui soit aussi un standard ? Question insoluble, surtout pour un personnage qui suscite la passion ou les passions.

Un peu court de philo

Damien Saez n’est pas avare de contradictions et de paradoxes. Le jeune homme propre sur lui de ses débuts a troqué le pull sage et la coiffure maîtrisée pour le tricot à grosses côtes et la tignasse d’un éleveur de chèvres au Larzac. Déguisement ? Il dénonce à tour de refrain la civilisation du 2.0 mais doit sa notoriété à YouTube et manipule Facebook comme un pro. Incohérence ? Contestataire, contesté, contestable, Ferré aussi a connu ce double regard en son temps (oui, c’est d’accord, faut relativiser la comparaison, n’en déplaise à Saez…). Le succès interdit-il la révolte ? Vous me ferez dix pages. Vous avez quatre heures.

Damien Saez se voit aussi philosophe. Sur son site, il affiche la formule « n’est maÏtre de son art que celui qui le crée ». Nouvel exercice : est-ce une lapalissade ou bien une pensée profonde ? Les deux, mon colonel, selon que l’on s’attarde au premier niveau ou que l’on creuse un peu. En 2014, ce fut le sujet du bac de philo ! Comme dirait l’autre, ça se discute. Vous avez – encore – quatre heures…

Pour qui n’est pas fan absolu du révolté permanent, il est difficile de se faire une idée de son talent. Il en va de même des critiques qui vont de l’admiration absolue (« Un ensemble dense, fort et émouvant où il continue de mettre des mots sur les maux de la société pour combattre les haines et le repli sur soi » [L’Humanité] ) à une ironie aussi mordante que celle de l’artiste : « Quand il affirme :  » L’homme ne descend pas du singe mais plutôt du mouton « , il devrait penser aux 5 000 fans qui réagissent comme un seul homme, fascinés par un gourou dont le principal signe extérieur de révolte est de fumer sur scène en buvant un verre de bière » (La Dépêche).

Mille-feuille de styles

Côté musique, Saez (quand on l’aime, on oublie le prénom) est aussi complexe que sa personnalité. Un mille-feuille d’étranges ballades lénifiantes (À nos amours, j’veux qu’on baise sur ma tombe…), voire copiant Barbara (S’ils ont eu raison de nous), à des morceaux mâtinés de symphoniques ou coulés dans le rock dur (voir sa prestation aux Victoires de la Musique 2009; ben oui, on n’aime pas le système mais tout de même, parfois, on se fait violence…), en passant par de la pop plutôt facile, même si le texte cogne fort la société de consommation. (J’accuse). C’est vrai qu’il est passé par le Conservatoire de Dijon, dans la classe d’un certain Boris Nedeltchev, un monsieur qui fréquente plus Duparc et Chopin que Noir Désir.

Au bout du compte, le chanteur qui refuse d’emprunter les chemins battus par ses confrères (c’est vrai qu’il y a peu de chance de le retrouver à Danse avec les stars), s’est fait un sacré public. C’est dans les grandes salles qu’on le retrouve désormais, comme le Grand Hall du Parc Expo de Tours ou l’Accorhotels Arena de Paris.

Preuve ultime de son succès, les réservations pour ses concerts (on peut parler aussi de meetings…) sont ouvertes un an à l’avance. Même si son dernier album joue sur les mots avec à Dieu, il est peu probable que Damien Saez confirme ce qu’il chante :

Après tant d’années à se dire
Après tant d’années à s’aimer
Tu sais j’ai le cœur qui chavire
Ce soir à devoir vous quitter

Vendredi 13 décembre 2019 à 20h30 au Parc Expo de Tours

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