Classique Jazz Spectacles

Concert étoilé
pour l’Orchestre Symphonique de Tours

America, America, concert de l'Orchestre Symphonique de Tours, 4 mai 2023.

On va jouer Il était trois fois en Amérique le 4 mai 2023 à l’Opéra de Tours. L’orchestre symphonique du lieu (et de la région) affichera la bannière étoilée au fronton du bâtiment. Au programme, Sousa, Gershwin et Dvořák. Rien que du beau (nouveau) monde.

Ce n’est pas la fête nationale, il faudra attendre un peu plus de deux mois pour ça, mais le 4 mai 2023 sera américain à l’Opéra de Tours. Un concert unique (au sens premier du terme : pas d’autre représentation prévue et c’est presque complet au moment où nous écrivons) et original, puisqu’entièrement consacré au monde du hamburger et du Coca-Cola. Identifiée America, America, la soirée explore les USA en trois voyages, aussi différents que complémentaires.

America, America, concert de l'Orchestre Symphonique de Tours, 4 mai 2023.
En avant, marche (de Sousa) !

Démarrage en fanfare avec le célébrissime The Stars and Stripes Forever que seuls les allergiques au cinéma américain ignorent. Pas de pom-pom girls sur la scène, peut-on supposer, ni de bâton voltigeur au-dessus du chef, mais certainement pas mal de fourmis dans les jambes du public. On n’entend pas Sousa sans taper du pied et avoir envie de défiler au pas. « C’est assez émouvant pour réveiller l’aigle américain sur son rocher et l’inciter à pousser des cris d’allégresse tout en lançant ses flèches sur l’aurore boréale » dit sobrement un journal, à l’époque de la composition du morceau.

À défaut d’imiter le cri de l’aigle, on pourra toujours taper dans les mains, à la manière du concert du Nouvel an de Vienne, lorsque retentit la traditionnelle Marche de Radetzky. Pas vraiment dans les habitudes de la maison de la rue de la Scellerie, mais plutôt sympa.

Coup de blues

Après un tel échauffement, le jazz avait sa place. Un jazz très classique puisque c’est Gershwin himself qui entrera en scène avec la fameuse et magnifique Rhapsody in blue. Une œuvre écrite à un rythme ferroviaire, comme le rappelle Gershwin : « C’était dans le train, avec ses rythmes d’acier, ses cliquetis et ses fracas réguliers, très stimulants pour un compositeur. Et là, soudain, j’ai entendu — j’ai même clairement vu sur le papier — la construction complète de la rhapsodie, du début à la fin. »

https://youtu.be/eFHdRkeEnpM

Étonnant, mais pas si simple. D’autant que le compositeur, on est en novembre 1923, est déjà en train (sic) d’écrire une comédie musicale et que le chef d’orchestre Paul Whiteman lui demande un « concerto-jazz » pour un concert intitulé « Une expérience de Musique moderne » et programmé le 12 février 1924.

Gershwin va livrer les feuillets d’une partition à deux pianos au fur et à mesure qu’il les écrit, l’arrangeur de Whiteman fera l’orchestration, et lorsque le compositeur montera en scène, les parties pour piano, qu’il joue lui-même, seront en blanc sur la partition du chef avec comme seule indication : « Attendre le signe de tête » ! On peut supposer que celle du chef d’orchestre de la soirée America, America, Frédéric Chaslin, sera plus complète. Cela dit, comme il sera aussi au piano, il pourra toujours s’arranger avec lui-même…

L’air de New-York

Il eût été inimaginable de célébrer l’Amérique en musique sans programmer la sublime Symphonie N°9 de Dvořák. Cette fois, on est en plein classique : adagio, largo, scherzo, allegro. Mais c’est entre les portées que l’on respire l’air du pays où il ne passera, finalement, que trois ans. Cela dit, il faudra avoir l’oreille bien affûtée. Pas de reprises de negro-spirituals ou de chants indiens, comme on l’a dit. Pas non plus de « naissance d’une nouvelle musique américaine » dont il serait le « père fondateur », ce qui le faisait hurler. D’ailleurs, le nom de la symphonie, « du nouveau monde » n’était pas prévu.

America, America, concert de l'Orchestre Symphonique de Tours, 4 mai 2023.
Non, pas de Dvořák pour Hiawatha. (DR)

Dvořák reconnaît que le pays l’a inspiré, mais qu’il n’a fait que distiller les sons qu’il entendait. Il faut y intégrer les bruits de New-York dont il a été, de 1892 à 1895, directeur du conservatoire, les trains (tiens donc…), les vapeurs et les chants irlandais : « Je n’ai utilisé aucune de ces mélodies […]. J’ai incorporé des particularités de la musique indienne et j’ai fait en sorte que ces thèmes s’épanouissent avec les rythmes, l’harmonisation, le contrepoint et l’orchestre moderne.»

Avec l’oreille d’un Sioux sur le sentier de la guerre, on pourra sans doute deviner quelques sons caractéristiques ici ou là mais les spécialistes trouvent aussi du Beethoven et, surtout, de la musique tchèque au fil des pages. Pour l’anecdote, notons que Dvořák avait été sollicité pour écrire une symphonie sur… Hiawatha. Il a refusé, ce qui est dommage pour Walt Disney, mais il en reste quelques traces dans le troisième mouvement.

Un bien beau voyage que celui-là. Le programme ne parle pas des rappels qui ne manqueront pas de saluer la fanfare symphonique de l’Opéra de Tours. Qui sait si tout cela ne va pas finir la main sur le cœur au son du Star-Spangled Banner. Why not ?

À l’Opéra de Tours, le jeudi 4 mai 2023 à 20 heures.

Les billets pour l’America sont ICI (1)

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