Pour le réveillon, on a l’habitude de se se taper sur les cuisses et de se payer une bonne tranche de rigolade avant la dinde. C’est en tout cas une tradition (plus élégante que présentée ici, tout de même), à l’Opéra de Tours.
De tout temps, rue de la Scellerie, la fin de l’année se termine lyriquement avec bouffe ou opérette au menu. Pour fêter l’arrivée de 2027 – si l’on ose dire vu le contexte – l’Opéra de Tours a choisi de servir deux plats pour le prix d’un mais dans un régime plus léger qu’à l’accoutumée.
On aura donc, en entrée, Pygmalion de Jean-Philippe Rameau et, à suivre, Le Cadi dupé de Gluck, Christoph Willibald de son prénom.
Menu découverte, donc, comme on dit dans les bons restaurants.
L’histoire de Pygmalion (ou Pigmalion, dans la version époque Rameau), on connaît depuis belle lurette. C’est Ovide qui l’a racontée dans ses Métamorphoses, comme tous les latinistes et les héllenistes s’en souviennent, après l’avoir allègrement piquée aux Grecs, plus précisément à Philostéphanos de Cyrène, que seul Wikipédia fréquente encore en notre inculte époque.
Soit un sculpteur, Pygmalion, tellement talentueux qu’il tombe amoureux de la jolie damoiselle qu’il vient de réaliser à coups de ciseaux. Pas de chance, la belle reste un peu froide, comme le marbre dirait-on, ou l’ivoire, si l’on se réfère à l’original.

C’est sans compter avec Vénus, qui n’a rien à refuser à l’auteur de L’art d’aimer (Ovide, voir plus haut ; c’est vrai, ça se complique) et transforme l’œuvre en une vraie jeune femme, Galatée, qui donnera d’ailleurs deux enfants à l’artiste, mais c’est une autre histoire…
Rameau s’est donc emparé du sujet (il est loin d’être le seul, que ce soit par écrit ou à coups de pinceaux, voir notre photo) pour en faire un opéra-ballet en un acte dont on s’accorde à dire qu’il fut le plus réussi de sa production. L’ouverture, où la musique évoque les coups de marteau du sculpteur, est une curiosité. Les veinards qui savent lire la musique peuvent vérifier ici, sans nous hélas. Les autres attendront la représentation et verront que Rameau était capable de sortir avec talent de sa production tragique habituelle.
Mon Turc en plumes…
C’est – un peu – moins surprenant de la part de Gluck, capable de s’amuser entre Antigone et Iphigénie et va pondre une jolie série d’opéras-comiques, dont le Cadi dupé programmé à Tours pour le prouver.
Une programmation passée auparavant par Versailles, puisque c’est son Opéra Royal qui l’a inaugurée. Le Cadi a souvent été poussé à travers le monde depuis sa naissance en 1762 (quelques années après Pygmalion, présenté pour la première fois en 1748), notamment à Genève où il était annoncé ainsi : « un vaudeville classique, doublé d’une turquerie, genre dont les spectateurs viennois du XVIIIe siècle étaient friands ».

Il y a donc du Molière dans cette aimable galère (profitons de l’occasion pour sortir du sujet et dire que la fameuse réplique des Fourberies de Scapin a été volée à Cyrano de Bergerac, le vrai, ce que Rostand n’a pas manqué de relever dans sa pièce). Il s’agit donc d’un Cadi (équivalent du Pacha de Mozart dans L’enlèvement au sérail, autre turquerie fameuse), bien évidemment intéressé par une belle qui ne veut pas de lui. Quelques roueries et autres travestissements plus tard, les amoureux légitimes seront bien entendu réunis par un Cadi confus et soudain magnanime.
Opéra comique, œuvre légère, sans doute, mais qui ne doit pas faire oublier ce que le lyrique doit à Gluck. C’est lui qui a donné un grand coup de balais (et de ballets, par la même occasion) au genre en s’inspirant des opéras italiens qu’il a eu l’occasion de découvrir lors de ses voyages. Avec lui, plus de récitatifs. On ne lui en voudra pas.
Rameau et Gluck à la sauce comique, la carte tourangelle a de quoi faire saliver…
À l’Opéra de Tours, le jeudi 31 décembre 2026 à 19 heures et le dimanche 3 janvier 2027 à 15 heures.
Réserver pour le jeudi 31 décembre ICI (1)
…et pour le dimanche 3 janvier, c’est LÀ (1)


