Rhoda Scott à l’Espace Malraux
Des pieds et des mains

Rhoda Scott et son ensemble "Ladies and Gentlemen" à l'Espace Malraux de Joué-lès-Tours. (Photo Alexandre Lacombe)

Elle joue les pieds nus mais elle a des mains d’or.

Rhoda Scott, vraie star du jazz, grande artiste, éminente organiste et féministe musicale sera à l’Espace Malraux de Joué-lès-Tours le 29 avril 2026 avec ses « ladies » et quelques « gentlemen ».

Quand elle est apparue sur scène en France, en plein 68, on s’est bêtement passionné pour ses pieds, ce qui n’était pas du fétichisme mais était un peu couillon, il faut bien le dire. C’était le « buzz » de l’époque et, si ça a permis de la rendre célèbre, c’est tant mieux. Nous y reviendrons.

Reste qu’on aurait pu – avec plus de pertinence – regarder ses mains. Parce que Rhoda Scott est une prodigieuse bouffeuse de claviers, que ce soit ceux de l’orgue Hammond, qu’elle pratique depuis longtemps, ou du piano, qu’elle travaillé avec Nadia Boulanger, excusez du peu.

Rhoda Scott peu après sa « découverte » en France. Les mains, regardez les mains…

Certes, on ne peut pas dire que la rencontre entre la grande dame de Fontainebleau et la jeune américaine venue chatouiller Bach et consorts se soit passée au mieux. Rigueur de l’une, intimidation de l’autre, ça coince mais ce n’est pas inutile pour autant. D’ailleurs Rhoda Scott le répète à l’envi : « Tout peut être du jazz ! Il n’y a qu’à entendre le « Carnaval Jazz des Animaux » d’après Saint-Saëns par The Amazing Keystone Big Band pour en être convaincu » (Le Mans-Maville)

Et puis, Nadia Boulanger avait aussi refusé de prendre comme élève un certain George Gershwin, au prétexte qu’elle ne pouvait rien lui apprendre de plus… On est en droit de penser que c’était aussi le cas pour Rhoda Scott !

On était en 1967. Rhoda Scott n’était plus une débutante. La gamine qui avait découvert l’orgue sur les genoux de sa mère dans les églises où officiait son père pasteur avait déjà fait un séjour à la Manhattan School of Music, après le Westminster Choir College de Princeton.

Le Count est bon

À vingt ans, pour boucler ses fins de mois, elle fait de la comptabilité. Mais elle a aussi un groupe et un certain Count Basie l’invite à jouer dans son club et à faire ses premières parties. Pas mal, comme parrainage.

Pour en finir avec le sujet, confirmons qu’elle joue déjà pieds nus à l’époque. Elle dit que c’est pour ne pas abîmer les pédales ! Ce qui lui vaudra le surnom de Barefoot Lady (La Dame aux pieds nus), un surnom que Mankiewicz aurait volontiers adoubé.

Elle continue aujourd’hui. Parce qu’à l’heure ou d’autres se mettent au macramé en charentaises, Rhoda Scott est toujours aux claviers et aux pédales. Son swing est toujours aussi bon, ses mains encore aussi agiles, son enthousiasme intact et son engagement, lors des concerts, communicatif.

Parce qu’elle est aussi modeste, il faut voir comme elle laisse la place sur scène aux membres de son groupe ou à ses invités. On a vu Anne Pacéo tenir les baguettes, par exemple. Un ensemble nommé Rhoda Scott Lady Quartet (certains ajoutent « All Stars », et ce n’est pas volé), et pour cause : Rhoda Scott, il y a vingt ans, a réuni autour d’elle, au Festival Jazz à Vienne, un sacré groupe de filles qui en remontrent allègrement à bien des messieurs.

Rhoda Scott choisit bien ses invitées !

Un – heureux – hasard, provoqué par Jean-Pierre Vignola, directeur artistique du festival, pour remplacer une annulation ! Groupe féminin et, sans doute, féministe, mais pas sectaire pour autant. Lors de son passage à l’Espace Malraux de Joué-lès-Tours, le Lady Quartet augmentera ses effectifs pour devenir Ladies and Gentlemen : « David Linx complice de longue date, insuffle son jazz raffiné; Hugh Coltman, en passeur d’émotions, apporte une touche de blues envoûtante; tandis qu’Emmanuel Pi Djob, avec sa voix puissante, incarne le gospel, la soul et la world music.» annonce l’Espace Malraux, à l’unisson avec France-Musique, à l’occasion de la sortie de leur album.

Et maintenant, mesdames et messieurs…

Car l’assemblage mixte se connaît bien et a déjà gravé un album, au nom original, Ladies et gentlemenRhoda Scott y a invité David Linx, Hugh Coltman et Emmanuel Pi Djob, qui sont venus rejoindre les titulaires, Sophie Alour (saxophone ténor), Lisa Cat-Berro (saxo, entre autres…) et Julie Saury (batterie). Sophie Alour et Julie Saury se sont déjà croisées au sein de Rumbananas (sic), un groupe féminin, lui aussi, plus orienté vers la musique latine.

 

Ces messieurs sont arrivés !

Précisons que Lisa Cat-Berro est aussi compositrice, ce qui a permis au Rhoda Scott Lady All Stars de récolter une nomination aux Victoires du Jazz 2022.

Rhoda Scott se rappelle les débuts du groupe, ce fameux jour de 2004 à Vienne (Isère), après quelques coups de fils de Jean-Pierre Vignola et une rencontre autour d’un piano : « On s’est fixé un répertoire et puis on est allées en face au bistrot pour boire un coup et discuter. Et on a fait ce concert. On était présentées par Dee Dee Brigewater qui venait de perdre tous ses cheveux. Je me souviens, elle avait un bob sur la tête. » (La Gazette bleue du jazz)

L’improvisation, en jazz, c’est une habitude et ça donne souvent de bons résultats, la preuve. Confirmation garantie à l’Espace Malraux, lorsque Rhoda Scott et ses ami-e-s, comme on écrit aujourd’hui, viendra en voisine. C’est au Mans que la Française d’adoption, est venue s’installer après avoir quitté Coulonges-les-Sablons, dans le Perche. Un choix de villégiature familial, mais pas seulement  : « Manu, qui voulait toujours lancer des passerelles entre les musiques d’Afrique, d’Amérique et européennes, me parlait souvent de sa région à l’époque où nous nous fréquentions beaucoup. La Sarthe lui tenait à cœur. » (Ouest-France)

Manu ? Manu Dibango, le saxophoniste, grand ami de l’organiste. Un homme de bon conseil. 

À l’Espace Malraux de Joué-lès-Tours, le mercredi 29 avril 2026 à 20h30.

Pour essayer d’avoir des places,
il faudra demander directement au guichet ! (1)

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D’autres possibilités existent, évidemment.
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