Sortie entre hommes
chez les Dutronc

Dernière mise à jour le 30 janvier 2022

Le père, le fils et un sain esprit. Jacques et Thomas Dutronc sortent entre hommes pour se payer une tournée qui devrait faire date. À Tours, ce sera le 4 février 2023.

Thomas et Jacques Dutronc en tournée à Tours (Photo  Yann Orhan)
Un certain air (et pas mal d’autres) de famille. (Photo DR)

Ça va sentir le cigare dans les coulisses. Si Thomas ne quitte pas souvent sa guitare, Jacques ne laisse jamais son havane (ni ses lunettes noires). C’est comme ça, c’est une tradition, et c’est plutôt marrant, sauf pour ceux qui sont à côté.

Mais, ce qui est formidable, c’est que papa et fiston Dutronc s’entendent suffisamment bien pour se payer une tournée entre mecs, et en faire profiter leurs publics. On met au pluriel parce que, si les deux se retrouvent finalement à peu près dans les mêmes eaux, Thomas a surtout fait une carrière de jazzman, qu’il continue, plutôt que de chanteur de variétés, au moins dans les débuts.

D’ailleurs, on l’a déjà raconté ici, les habitants de la région tourangelle ont pu s’en apercevoir lorsqu’il participait au festival Jazz en Touraine. C’était il y a pas mal d’années, dans l’ensemble de jazz manouche de Biréli Lagrène. Thomas est revenu plusieurs fois, notamment lors de la session pré-Covid de 2019, avec moins de trac et autant de talent. En prime, il chante de plus en plus, fort bien aussi, et c’est sans doute pour cela que les deux Dutronc ont décidé de se montrer ensemble.

C’est le temps de l’amour

Ce qu’il y a de bien avec Dutronc père, c’est que l’on n’a pas besoin de le présenter. Tout le monde sait tout de lui, depuis Et moi, et moi, et moi…, J’aime les filles et ses fins de nuits à cinq heures dans les rues parisiennes, jusqu’à ses amours avec Françoise Hardy, génératrices de Thomas.

Rappelons cependant que Jacques a commencé sa carrière avec un groupe nommé, allez savoir pourquoi, El Toro et les Cyclones, qui connut un relatif succès largement oublié aujourd’hui, si ce n’est que l’un de ses titres, Fort Chabrol, réapparaîtra avec d’autres paroles signées d’un certain Dutronc Jacques, sous le nom de C’est le temps de l’amour et chantée par… Françoise Hardy. Et revoilà l’arrivée de Thomas, un peu plus tard mais pas trop.

Thomas et Jacques Dutronc en tournée à Tours (Photo  Yann Orhan)
Les Dutronc et leurs musiciens en répétition. (Photo DR page Facebook de Thomas Dutronc)

Pour la petite histoire, racontée par Thomas soi-même, les jeunes parents n’avaient pas compris que la fumée de cigare n’est pas bonne pour les nourrissons. Fiston Dutronc-Hardy toussait comme un perdu dans son berceau, ce qui lui a valu d’avoir les fesses perforées comme un vacciné anti-Covid, jusqu’à ce que l’enfumeur paternel comprenne le rapport de cause à effet. Ce qui ne l’a pas empêché de continuer, à distance néanmoins.

Des copains de cinquante ans

Peu auparavant, papa a traîné au Golf Drouot, pépinière rockallistique des années soixante, ce qui lui a permis de rencontrer pas mal de potes, dont un certain Johnny Hallyday. Dutronc devenu militaire, c’est Eddy Mitchell qui sera spn copain de chambrée. Il sera un temps guitariste de ses tournées. Dutronc + Hallyday + Mitchell, le trio de ce qui sera, un demi-siècle plus tard, Les Vieilles canailles, est constitué.

Thomas et Jacques Dutronc en tournée à Tours (Photo Yann Orhan)
Père et fils au boulot (Photo DR page Facebook de Thomas Dutronc)

Toujours décontracté au-delà du raisonnable, avec un air de j’m’en-foutisme assumé, Dutronc va faire une carrière canon qu’il doublera, avec autant de détachement affiché, au cinéma. Van Gogh (Pialat), lui vaudra un césar, Spielberg regrettera de ne pas l’avoir embauché pour jouer le méchant dans Les Aventuriers de l’Arche perdue (si, si !), il jouera avec les plus grands (Piccoli, Trintignant, Auteuil, Marielle, etc.).

« J’me-foutiste », Jacques Dutronc est aussi iconoclaste, à l’image de son complice Serge Gainsbourg. Radio Nostalgie rappelle « L’album brûlot Guerre et pets, co-écrit avec son grand ami Serge Gainsbourg, », un peu oublié, et « L’hymne à l’amour (moi l’noeud) |qui] a toujours la faculté d’irriter les bien-pensants. Le chanteur enfonce le clou en 1982 avec C’est pas du bronze. Quant au titre Merde in France, en 1984, il déchaîne une violente polémique. »

Et le fiston, dans tout ça ?

Thomas et Jacques Dutronc en tournée à Tours (Photo  Yann Orhan)
Thomas Dutronc, un habitué de Jazz en Touraine. (Photo DR)

Si Thomas, né en 1973, baigne dans la fumée et la musique toute sa jeunesse, il attend d’avoir dix-huit ans pour découvrir Django Reinhardt et le jazz manouche. Il récupère une guitare (ce qui ne devait pas être trop difficile) et se met la corde au doigt. Il prend ses cours au marché aux puces de Saint-Ouen, se découvre du talent, et se retrouve dans l’ensemble de Biréli Lagrène, déjà évoqué.

Mais, en bon héritier de Jacques, Thomas va aussi se balader chez Matthieu Chédid pour écrire des musiques de films et avec papa pour un album. Il fait la jonction en créant son Quartet Thomas Dutronc et les esprits manouches, mis en scène par… Matthieu Chédid, ce qui lui vaut une Victoire de la musique en 2009 avec son album, Comme un manouche sans guitare. Il attendra 2011 pour sortir le deuxième, Silence on tourne, on tourne en rond. D’autres suivront, mais le titre de celui-ci permet de signaler qu’on l’a vu aussi sur les écrans, moins glorieusement que papa, tout de même.

En famille, dans la salle aussi

Petit avant-goût… de cactus.

Les deux Dutronc seront donc ensemble en tournée en 2023 pour la première fois. Leurs autres apparitions communes ont été ponctuelles, comme lorsque Thomas est venu jouer en gamin au milieu des Vielles canailles.

À l’heure où nous écrivons, on ignore précisément ce que sera le programme mais il n’est pas difficile d’imaginer que le répertoire de Jacques sera à l’honneur, que celui de Thomas sera à la hauteur (et si on chantait un peu celui de maman, ce sera sympa, non ?), qu’il y aura, comme le dit le communiqué de presse, « deux monstres sacrés » sur la scène, mais aussi « du partage de la complicité ». D’autant plus que cela semble être la dernière date de la tournée, mais ça peut encore changer.

Gageons aussi que le public réunira – au minimum – deux générations. Pour une fois que tout le monde sera d’accord autour de la table familiale, autant en profiter et laisser les cactus au vestiaire.

Samedi 4 février 2023 à 20 heures au Parc Expo de Tours.

Réserver à Tours ICI (1)

Pour réserver ailleurs, c’est LÀ (1)

(1) Les suggestions de réservations données par Entrée du public ne sont que des informations destinées à aider nos lecteurs en les dirigeant vers des points de vente susceptibles de fournir les places correspondant à l’article publié.
D’autres possibilités existent, évidemment.
Entrée du public n’effectue aucune vente de billets par lui-même. Pour toute information concernant les places réservées (modifications, annulations…) vous devez vous retourner vers le vendeur auprès duquel vous avez pris vos places.