Festival Blagues [à part]
Blagues à tabacs, c’est sûr

Sept rendez-vous pour se fendre la pêche, ça ne se refuse pas, même si la rigolade doit avancer masquée. Avec son festival Blagues [à part], l’Espace Malraux invite quelques professionnels de la musculation zygomatique dont on peut supposer, si l’on se réfère au sérieux (sic) des programmateurs du lieu, qu’ils trancheront sur la masse d’amuseurs auto-proclamés qui squattent les scènes hexagonales.

Tabacs à prévoir, donc, et petit survol au-dessus d’un nid de tordeurs de boyaux, à voir et entendre à l’automne 2020, pour le première édition de Blagues [à part].

Si l’on se penche sur les programmes des salles de spectacle de notre beau pays, glorieux inventeur du pétomane et de l’humour paysan, force est de constater depuis quelques années que les comiques occupent en force les affiches. À Entrée du Public, nous estimons que les planches recrutent entre un tiers et la moitié de leurs occupants chez les dilatateurs de rate professionnels.

Signe des temps, sans doute, qu’un Bergson analyserait beaucoup mieux que nous, c’est évident, et qu’un Desproges verrait probablement comme un contre-feu face au sinistre Covid (« Rions un peu en attendant la mort », disait-il, ce que la Camarde ne lui a pas pardonné, pratiquant un peu trop tôt son invention, « l’Interruption volontaire de vieillesse »).

Signe des temps, peut-être, mais ce n’est pas une excuse pour que n’importe quel rigolo de fin de banquet occupe un espace déserté par les Devos, Bedos et autres Coluche. Franchement, même s’il en va de l’humour comme du goût ou des couleurs, on ne se tape pas toujours sur les cuisses devant les pourvoyeurs de cachinnation (celle-là, fallait aller la chercher : « En psychiatrie : rire forcé, parfois convulsif, qui ne dépend pas de l’humeur de la personne », bref, des crampes des maxillaires qui ne doivent rien au talent de l’interlocuteur) à la mode. Franchement, pour citer encore Desproges, « il m’arrive de renâcler à l’idée d’inciter mes zygomatiques à la tétanisation crispée » et il y a bien des cas où nous restons de marbre et quelques cas rares (oui, elle est facile) où nous entrons dans le je.

Merci, donc, à l’Espace Malraux d’avoir fait un travail de recherche à notre place, ce qui suppose s’être infusé quantité de rigolos pas marrants pour sélectionner ceux qui méritent de passer la porte du lieu jocondien. Passage en revue de l’affiche festivalière.

Le Cabaret de l’Oiseau bleu (jeudi 15 octobre 2020 à 21 heures)

Un super-héros que l’on pourrait prendre pour un super zéro tant son look à grand bec et cape taillée dans le ridicule rendent peu probable la réussite de sa quête : « Sauver le monde » Mais le drôle d’oiseau manie l’absurde comme Superman la kryptonite, ce qui évidemment fait des dégâts. Édouard Baer (1) a pu le constater dans le spectacle dont nous vous offrons un extrait ici.

Issu du spectacle de rue, que Arnaud Aymard, identité civile de l’Oiseau bleu, pratique depuis longtemps, le personnage est joliment défini ainsi par Télérama : « Un type qui a la prétention de faire rire dans un costume aussi navrant ne peut pas se permettre d’être simplement drôle. »

Cie Raoul Lambert, Titre Définitif*(*Titre Provisoire), vendredi 16 octobre 2020 à 19 heures.

Compagnie Raoul Lambert à Joué-lès-Tours
Compagnie Raoul Lambert – Titre définitif* (*titre provisoire)
Musique et magie, c’est la Compagnie Raoul Lambert (photo DR)

Ils s’annoncent comme »spécialistes en magie chantée & déchantée, spectacle de mentalisme musical ». Ce qui laisse imaginer un brin de délire, une dose de folie et une quantité de talents, soir un « spectacle ébouriffant », si l’on en croit La Dépêche : « La compagnie Raoul Lambert, avec ses deux escogriffes sur scène (Mathieu Pasero et Kevin Laval), a offert un rare moment où nos yeux d’enfants ont toqué à la vitre de nos verres progressifs. »

Raoul Lambert fait vraiment de la magie, vraiment de la musique, vraiment de la poésie, bref, « le diabolique crooner s’infiltre dans les pensées des spectateurs » (Télérama).

Pierre-Emmanuel Barré, Pfff, vendredi 16 octobre 2020 à 21 heures.

Pierre-Emmanuel Barré, mine de rien. (Photo DR)

Il a fait des chroniques à France-Inter et s’est aussi fait virer (il a démissionné, en fait) de France-Inter pour avoir fait une rubrique… qui n’a pas plu à tout le monde. Normal, quand on sait que Pierre-Emmanuel Barré laisse son bon goût au vestiaire avant de passer derrière le micro.

Peut-être parce qu’il a dit « France Inter, c’est Michaël Schumacher, il y a un joli palmarès mais ça ne bouge plus beaucoup ». Illustration de ce que nous avons écrit plus haut et qui servira d’avertissement à ceux qui préfèrent un peu plus de nuances dans la gaudriole. Mais non, bizarrement, c’est parce que sa rubrique n’était pas très macroniste et félicitait les abstentionnistes…

Cécile Djunga, Presque célèbre, samedi 17 octobre 2020 à 19 heures.

Elle a été miss météo (en Belgique), elle a présenté C’est pas sorcier, elle joue sur le fait qu’elle est noire, elle raconte des choses amusantes sur sa vie. Ancienne élève du Cours Florent et du Jamel Comedy Club, Cécile Djunga est aussi passée par l’émission (belge aussi) des Frères Taloche.

DIASPORA : Émouvants adieux de Cécile Djunga qui quitte la ...Cécile Djunga lors de sa dernière prestation météorologique belge… (Photo DR)

Sur scène, elle fait « une psychothérapie mais c’est vous qui payez », dit-elle. Et quand elle lit La Belle et la Bête, elle voit l’histoire d’une zoophile. Bref, Cécile parle gentiment de la vie de tout le monde, quoi.

Pablo Mira Dit des choses contre de l’argent, samedi 17 octobre 2020 à 21 heures

Il a eu sa rubrique à Quotidien, ce qui est en passe de devenir une référence aussi prisée que le passage au Jamel Comedy Club. Comme Cécile Djunba, il reconnaît être intéressé puisqu’il est là pour « dire des choses contre de l’argent ».

Pablo Mira a aussi eu sa rubrique sur France-Inter, ce qui se fait beaucoup dans l’univers des comiques. « Prince de la satire pour le Gorafi » selon le Journal du Dimanche, il joue sur les mots. Son spectacle sera sans doute plus drôle que ses interventions chez Yann Barthès, souvent laborieuses. Un avant-goût ?

Audrey Vernon, Billion Dollar Baby, dimanche 18 octobre 2020 à 15 heures.

On l’a connue cherchant à épouser un milliardaire, ce qu’elle a dû réussir (billion dollars) puisqu’elle va bientôt être maman (baby). De là à être enthousiaste devant le monde qu’elle va offrir à sa progéniture, ce n’est pas gagné.

Audrey Vernon (qui a aussi sévi sur France-Inter et a vu une de ses chroniques censurée, décidément), fait découvrir le monde réel à son enfant. Avec un optimisme béat : elle annonce la sixième extinction à lui qui va naître « sous Emmanuel Macron ». Même si elle est programmée à 15 heures, pas sûr qu’il faille amener les enfants pour découvrir avec elle les joies du capitalisme.

Bun Hay Mean, Le monde appartient à ceux qui le fabriquent, le dimanche 18 octobre 2020 à 17 heures.

Passé par le Jamel Comedy Club, surnommé Le Chinois marrant, surnom qu’il a conservé, Bun Hay Mean est apprécié : « Mêlant sketches, blagues bien senties sur l’actualité, digressions loufoques et grands moments d’improvisation avec le public, ce deuxième show de Bun Hay Mean s’annonce clairement comme l’un des événements humour […] à ne pas rater » dit Télérama. Pourtant, il a fait un bide retentissant dans un festival vendéen où l’on avait eu l’idée étrange de le programmer entre deux groupes de rock.

Bun Hay Mean" - FORGES-LES-EAUX : Normandie TourismeLe Chinois marrant qui rit des Chinois. (Photo DR)

Pas de panique, l’artiste s’en est remis et se produit seul, ce qui est plus sûr. « Je voulais montrer, justement, que je ne suis pas qu’un Chinois marrant, et revenir sur les a priori que les gens ont sur tous ceux qui ne leur ressemblent pas. De manière générale, j’en ai marre de la haine ambiante, de l’homophobie, de la censure, de la bêtise… Alors que la conclusion de tout ça, c’est que… le Chinois est l’avenir de l’homme ! » dit-il à Télé 7 jours.

Le Chinois ne fait pas toujours dans la délicatesse, mais c’est la mode. Les enfants peuvent rester à la maison, le spectacle de Bun Hay Mean ne prend pas de baguettes.

(1) Édouard Baer sera à l’Espace Malraux le 5 novembre 2020 pour son spectacle Les élucubrations d’un homme soudain frappé par la grâce.

Date et lieu : à l’Espace Malraux de Joué-lès-Tours, plusieurs dates et horaires durant le mois d’octobre 2020.

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