Au milieu de quelques étoiles filant mollement comme autant de pétards mouillés, Benjamin Biolay et Melvil Poupaud se sont solidement installés, entre musique et cinéma.
Deux noms qui méritent le détour vers l’Espace Malraux le 19 décembre.
Pas facile d’échapper à Closer et autres Gala quand on veut en savoir plus sur Benjamin Biolay et Melvil Poupaud. Car les deux amis ont une femme en commun, et pas n’importe laquelle. Chiara Mastroianni fut l’épouse de l’un et la passion de l’autre. Fin de la rubrique « people », sinon pour souligner que Benjamin Biolay admire son ex-belle-mère, Catherine Deneuve et lui a fait dire un texte dans son hommage à Jean Ferrat, sur C’est beau la vie, et que Melvil Poupaud a joué avec Le père de Chiara, Marcello Mastroianni, dans Trois vies et une seule mort de Raoul Ruiz, pour lequel il a tourné une douzaine de films.
Inclassables
Les deux complices, qui proposeront leur « Songbook » sur la scène de l’Espace Malraux le 19 décembre, ont d’autres points communs. Futiles : ils sont nés à quelques jours d’intervalle en janvier 1973, mais pas au même endroit : Biolay à Villefranche-sur-Saône, Poupaud à Paris. Professionnels : tous deux sont multi-talents. Biolay passe allègrement du cinéma à la chanson et Poupaud fait de même, avec en prime un sacré don de dessinateur… au stylo bille (il n’est pas le seul, en 2015, le Château de Tours avait exposé le travail de Cécile Bisciglia, qui utilise la même technique). Inclassables ?
On peut aussi conclure que les deux amis se retrouvent sur la volonté de ne pas sacrifier à la facilité. Si la filmographie de Melvil Poupaud est longue comme une semaine sans cinéma, on y trouvera difficilement des noms de réalisateurs « alimentaires » : Raoul Ruiz (bien sûr), François Ozon, Benoît Jacquot, Jacques Doillon, etc. Sauf, peut-être, ce jour de dèche où il promet à sa fille : « Le prochain scénario qu’on trouve dans la boîte aux lettres, je te le promets, je dis oui. Depuis, c’est devenu un gag entre nous, car ce scénario, c’était celui d’un film inepte, dans lequel le rôle était vraiment impossible. » (Télérama).
Franc mais pudique
Musicalement, c’est avec son frère, Yarol (le guitariste et le directeur musical de Johnny Hallyday) qu’il a commencé. Pas la chanson, la basse. C’est d’ailleurs de la basse qu’il joue sur un disque de… Benjamin Biolay.
Ce sera peut-être le cas lors de sa venue à l’Espace Malraux, car on sait peu de chose sur le spectacle que les deux complices donneront. « C’est ce goût pour les rencontres et les expériences extraordinaires, entre musique et cinéma, qui a fondé leur amitié et qui les conduit aujourd’hui à partir ensemble sur les routes, avec l’envie de vous faire partager leur passion pour la musique, les textes et le spectacle » dit le dossier de presse, ce qui ne nous avance pas beaucoup. Biolay vient de sortir Volver (pas de rapport, apparemment, avec le film de Pedro Almodovar, mais où l’on retrouve les voix de Catherine Deneuve et Chiara Mastroianni), reflet d’une personnalité qui ne veut pas tricher, même quand elle a été secouée par une rupture : « J’avais besoin d’écrire des textes plus intenses, plus noirs, plus ressentis. Ce n’est pas impudique pour autant. » (Elle).
En 2000, Benjamin Biolay débutait en écrivant Jardin d’hiver pour Henri Salvador, alors presque hors-circuit. Succès, résurrection du monsieur au caractère de cochon, et règlement de compte frontal entre l’ancêtre et le jeunot : « J’ai beau être timide devant la voisine de mes parents, si je rencontrais le pape, je pourrais lui sortir une grosse connerie » dit-il. En mouchant Henri Salvador, Benjamin Biolay en avait fait la démonstration dès ses débuts.



