25 mai 2026
SW FR SHOW-34
Photos Hajo Mueller
Rock progressif (son étiquette), ballades, métal, symphonique : la musique de Steven Wilson est exigeante et parfaite. Mais pourquoi celui que les plus grands plébiscitent reste-t-il « inconnu » tout en remplissant les salles ?

Ne pas aller voir Steven Wilson, c’est comme snober les Stones à Hyde Parc le 5 juillet 1969, lors de l’hommage à Brian Jones. Inconcevable. Plus qu’une erreur, une faute. Louper le rockeur au look de collégien à lunettes, c’est manquer l’un des grands de la scène d’aujourd’hui. La prestation donnée à Tours le 29 janvier l’a démontré. Excellent chanteur, remarquable guitariste, Steven Wilson délivre une musique affûtée comme un éclat de verre. La perfection, soutenue par des musiciens exceptionnels. On parle des Floyd ? C’est plutôt les Rolling Stones que l’on entend. Une rigueur rythmique impeccable, une force implacable qui évite la violence, même si le groupe ne craint pas d’aller flirter parfois avec le metal. Génial.

Le show est à l’unisson. Projections intelligentes (on ne vous donnera pas le truc pour vous laisser la surprise), vidéos inspirées à la hauteur des textes, superbe. Pas d’esbroufe mais un spectacle dont tous les éléments se fondent logiquement, efficacement.

Alors, pourquoi Steven Wilson ne remplit-il pas toujours les salles ?  Pourquoi n’est-il pas reconnu par le public comme il l’est par les plus grands du rock (voir pus loin) ? Une seule réponse : il est né trop tard. À l’époque des Beatles, des Stones et des Floyd, il aurait atteint le firmament.

Nous disions de lui (avant le concert de Tours)…

Tous sont d’accord pour admirer la qualité de son travail. Les plus grands noms du rock lui rendent systématiquement hommage, autant comme producteur-arrangeur (il a remixé King Crimson et Jethro Tull) que comme interprète. Pourtant, Steven Wilson – et il s’en plaint – reste « inconnu » du grand public. Pratiquement pas de passages radio, peu d’articles de presse (au moins chez les anglo-saxons, à commencer par la Grande-Bretagne, son pays d’origine) et pourtant, paradoxe absolu, il remplit de plus en plus les salles, au fil de ses tournées. Il a chanté devant 8 000 personnes à Berlin, a joué à guichets fermés à Paris et il y a gros à parier que le Vinci refusera du monde lors de sa venue en janvier 2019.

Le monsieur qui joue pieds nus pour mieux manipuler ses pédales d’effets à coups d’orteils est sans doute le seul vrai descendant du rock dit « progressif », celui des années 70 flamboyantes, avec, en tête, les Pink Floyd. Un rock ouvert qui s’appuie sur les grands principes du genre et qui, pourtant n’est ni une copie, ni une caricature. Wilson est un grand auteur, capable de se renouveler tout en restant fidèle à ses racines, plongées, sans complexe, dans Donna Summer, Saturday Night Fever, Radiohead et, bien sûr, les Floyd : « Il faut sans cesse alimenter les gens, n’oubliez pas que Bowie en 1972-1973 sort un album tous les six mois ! » (Paris-Match).

Un guitariste génial

Fondateur du groupe Porcupine Tree, Steven Wilson roule désormais en solo. Son dernier album, To the bone (dont le titre est repris pour la tournée), frôle la perfection. Inspiré par « le chaos paranoïaque de l’époque actuelle où la vérité peut apparemment être une notion flexible, les observations de la vie quotidienne des réfugiés, des terroristes et des fondamentalistes religieux, et une photo bienvenue de certaines des évasions les plus joyeuses que j’ai créées dans ma carrière jusqu’à présent. Quelque chose pour toute la famille ! » (sic), ce qui est en soi un sacré mélange, son disque reste fidèle au rock progressif, sait y intégrer sans abus quelques couleurs symphoniques, rend hommage à son talent d’exceptionnel guitariste (« Virtuose de l’instrument, il aligne des chorus qui disent beaucoup de son admiration pour David Gilmour, soliste de Pink Floyd, dont l’album Dark Side of the Moon a été un des premiers albums en sa possession » [Le Figaro]) et à ses idoles d’enfance : « un rock pop progressif hyper ambitieux, inspiré par So de Peter Gabriel, Hounds of Love de Kate bush, Colour of Spring de Talk Talk et Seeds of Love de Tears For Fears » dit-il.

Steven Wilson, en héritier des meilleurs du rock progressif, a aussi l’avantage de réunir dans un même enthousiasme les générations de ceux qui n’ont pas connu les seventies et de ceux qui en ont la nostalgie. C’est sans doute en cela qu’il parle d’une musique « pour toute la famille ».

Mardi 29 janvier 2019 au Centre de congrès Vinci

Et pour réserver sur toute la tournée, c’est LÀ